II
où une vie dissolue est entièrement inconnue. Dès l'enfance, ce peuple se baigne en commun et les enfants sont élevés de cette manière ; innocents de toute perfidie, ils n'imaginent pas plus de mal de ce qu'ils font au bain que s'ils assistaient à un dîner ; bien plus, les statistiques prouvent qu'aucun peuple n'est plus moral qu'eux. Après le bain, les femmes portent des robes fermées jusqu'au cou et sont très modestes en leur maintien; une femme avilie ne serait pas tolérée dans un hameau de cette partie du pays.
La coutume du bain en commun est très ancienne en Europe, et régnait chez nos ancêtres. Dans ses Commentaires, César parle ainsi des Germains de son temps : « Ceux qui demeurent chastes le plus longtemps jouissent chez eux de la plus haute considération ; ils pensent que cela leur assure la force, la vigueur et l'énergie. Ils se baignent en commun dans les rivières, sans distinction de sexe, et portent des peaux ou de légères couvertures en cuir de daim, une grande partie du corps demeurant nue. » Tacite, Pomponius et d'autres écrivains latins témoignent aussi de la chasteté et de la pureté de ce peuple.
Ici, comme dans beaucoup de districts de Norvège et de Suède,
la famille, y compris les domestiques mâles, dorment dans la même
chambre, les femmes conservent leurs vêtements et reposent ainsi,
tandis que les hommes n'en gardent qu'une partie. Un domestique se
croirait gravement insulté et penserait que les gens de la ferme le
regardent comme indigne, si on le mettait dans une chambre séparée
et personne ne voudrait servir un tel maître. Les domestiques, surtout
les filles, s'attendent à être traités comme des membres de la famille.
Pas un fermier dans ces régions ne se risquerait de rompre avec cette
coutume depuis longtemps établie : il ferait crier contre lui; il
paraîtrait orgueilleux et hautain aux yeux de ses voisins. Je demandai
un jour à une femme pourquoi elle n'avait point de chambre spéciale
pour son homme de peine. lime répondit lui-même: « Pensez-vous
donc que je demeurerais dans une famille où je serais traité comme un
chien et où l'on m'enverrait coucher dans une chambre tout seul,
comme si j'étais un coquin? Non, non! Je ne veux coucher qu'avec la famille. »
Ne nous hâtons pas de condamner ce que nous avons dépassé ou ce que nous n'avons jamais connu. Tous les jours nous sommes