‹ Un hiver en LaponieChapitre 89 sur 228 · MOEURS PRIMITIVES · texte numérisé non relu

MOEURS PRIMITIVES

de danger à marcher pendant une courte distance quand la transpiration n'est ni subitement ni entièrement arrêtée.

Une fois rentré on ne s'habille pas tout de suite ; il faut se refroidir graduellement et éponger les gouttes de sueur. Je n'étais pas depuis cinq minutes dans ma chambre lorsque, soudain, je vis ma porte s'ouvrir (ici, comme dans presque toute la Suède, les gens ne frappent pas pour entrer), et une femme, qui s'était habillée, entra sans paraître aucunement intimidée de mon aspect in natwralibus; elle me parla comme si j'avais été couvert de ma robe de chambre. La porte se rouvrit et une grande fille entra, puis une autre et encore une autre. Tout le voisinage allait-il venir comme à une réception ? Quoiqu'elles ne parussent aucunement troublées, moi, je l'étais; je m'assis sur une chaise et pendant un moment nous causâmes ; elles me quittèrent ensuite et je m'habillai pour me rendre à la stuga, ou chambre de famille.

Au premier moment, je pus à peine garder mon sérieux, tant ce que je vis était risible. Il y avait là une foule de visiteurs, voisins de différents âges, et, parmi eus, trois vieux barbons, un grand-père, un père et un oncle assis sur un banc, les jambes croisées , sans une particule de vêtement et se rasant sans miroir. Personne ne paraissait s'inquiéter d'eux et les femmes restaient là tricotant, tissant et bavardant. La scène me parut certainement assez primitive. Quand les hommes eurent fini de se raser, on leur apporta des chemises propres et ils s'habillèrent , tout en demeurant assis. Habituellement les hommes se rasent une fois par semaine, plus souvent quand ils font la cour, et toujours après le bain parce que la barbe est plus douce.

Ces gens-là sont les seuls paysans en Europe qui prennent un bain toutes les semaines et ils se portent à merveille. Jamais je n'ai manqué de me baigner le samedi. Cette coutume provient des anciens temps; les Norses appelaient le samedi langadax (jour des ablutions); aujourd'hui, on l'appelle lordag; mais il n'est guère observé que clans les régions de la Scandinavie que nous avons traversées pendant l'hiver. De telles habitudes ne peuvent prévaloir que dans les centres éloignés des villes, où la simplicité des mœurs n'a été ni affaiblie ni modifiée parce que l'on nomme les raffinements, de la civilisation, cl

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