CARACTÈRE DES DALÉCARL1ENS
point parler chez eux de substitution de domaines ; le torpare du sud de la Suède et le husmand de la Norvège leur sont inconnus. Chaque paroisse a sou église et chacune a son costume qui distingue ses paroissiens des autres; une de leurs particularités qui me frappa fort, c'est que les gens d'une paroisse se marient très rarement avec ceux d'une autre. Ils sont imbus de sentiments profondément religieux et, dès leur plus tendre enfance, on leur enseigne à faire le bien parce que c'est bien, et à haïr le mal parce que c'est mal; et, comme dans leur pays pauvre ne se présentent pas de grandes tentations pour poursuivre la richesse, ils mènent une vie simple et vertueuse. Quoique déliants envers les étrangers, une fois que l'on a gagné leur confiance ils sont bons et serviables. Si l'on veut acquérir leur affection, il faut mettre de côté tout orgueil et toute présomption ; en un mot , il faut être comme l'un d'eux. Prompts à apprécier une obligeance, ils se montrent reconnaissants môme pour la plus petite marque d'amitié. Quand il est admis dans leur intimité et qu'il a leur estime, l'étranger est cordialement accueilli à leurs foyers; à peine est-il entré que la femme ou les filles s'empressent de mettre la table pour lui servir un repas, composé de ce qu'elles ont de mieux, et le supplient de manger tant et plus. J'entendais constamment ces phrases : « Paul, il faut manger plus que cela; buvez encore; ne soyez pas timide. » La meilleure chambre et le meilleur lit étaient invariablement pour moi. Us ne sont pas riches, car les fermes sont petites et pauvres dans la plupart des districts et les familles nombreuses; mais ils paraissent prospères et heureux dans leur vie simple, et joyeux quand les heures du travail sont [tassées. Souvent, les soirs d'été, on entend au loin le son de la musique (un accordéon ou un violon); ce sont les jeunes gens qui vont de ferme eu ferme donner des sérénades aux demoiselles. Le dimanche malin, la foule se porte, en voiture ou à pied, aux grandes églises des paroisses; dans l'après-midi, on fait des visites, et, le soir, les jeunes gens jouent aux jeux innocents ou se livrent à la. danse.
Il faut visiter le pays entre le milieu de mai et la, Saint-Jean, parce que, après cette époque, les hameaux et les fermes sont, déserts; il faut surtout y passer un dimanche. Pour le touriste, les quatre paroisses les [dus intéressantes sont celles de Leksand, Râttvik, Mora et Orsa, le peuple a conservé une simplicité plus arcadienne que
partout ailleurs ; je ne connais point d'autre province en Scandinavie qui m'ait laissé une plus délicieuse impression. Le paysage en Dalécarlie est doux et sylvestre; maintes collines sont revêtues de bois, les cours d'eau et les lacs y abondent; on y voit aussi de vastes espaces marécageux couverts de forêts. En parcourant le pays, qui est charmant et varié, on est arrêté tout à coup par une barrière qui traverse la route pour empêcher le bétail de s'introduire dans les champs et les prairies éloignées ; en approchant, on voit accourir des enfants qui ouvrent la barrière et se rangent sur une ligne avec des regards qui semblent dire : « Nous avons été ici toute la journée ; vous n'étiez pas obligé d'y passer, et vous auriez dû ouvrir la barrière vous-même. » Si on leur donne une rémunération quelconque, ils se bousculent pour s'en emparer, mais ils ne se querellent pas et partagent honnêtement entre eux.
Trois jours avant la Saint-Jean, je me trouvais dans la jolie petite ville de Falun, avec sa population de 7,000 âmes; c'est le chef-lieu de la Dalécarlie , célèbre par ses mines de cuivre qui ont fait donner à la province le nom de Stora Kopparberg (grosses collines de cuivre). Ces mines comptent parmi les plus anciennes de l'Europe et l'on sait qu'elles sont exploitées depuis plus de six cents ans. Dans un document du roi Magnus Smek, daté de 1347, que l'on voit au musée de Stockholm, et qui commence par ces mots : « Magnus, roi de Norvège, de Suède et de Skane (Scanie), » — ces mines sont mentionnées comme très anciennes et le roi accorde certains privilèges aux mineurs. Aux temps anciens, les maîtres mineurs se considéraient comme égaux aux plus grands du pays ; on les appelait bergsadel (mineurs nobles) ; une grande partie de leurs propriétés étaient exemptes de taxes, excepté en hommes et en chevaux pour l'armée du roi. A cette époque, les mineurs sortaient de bonne heure le samedi, se baignaient, et le dimanche suivaient leurs bergsman à l'église. On dit qu'aux mariages et aux fêtes chaque noble venait avec sa suite de mineurs. Quelques maîtres mineurs étaient très riches, et l'on prétend même que leurs chevaux avaient des fers d'argent.
La ville de Falun est comparativement moderne ; elle a été fondée par la reine Christine en 1641. Charles XI s'intéressa fort au bien-être des mineurs et à leur bonheur spirituel. Il composa une prière expressément pour la population minière. Après sa mort, Charles XII envoya
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