‹ Un homme d'autrefois;Chapitre 5 sur 56 · GN SAVOIE AVANT LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

GN SAVOIE AVANT LA RÉVOLUTION

Le château da Vîllard et ses habitants. — Henry Costa dans sa première

enfance. — Poitraits de femille.

Le château du Villard, où naquît, en Tannée 1752, le marquis Henry- Joseph Costa, est abandonné depuis quatre-vingts ans. Cest une vieille demeure perdue au milieu des montagnes. Deux tours bordées de mâchicoulis devaient donner autrefois au manoir une tournure assez féodale, mais aujourd'hui tout cela croule et< s'efiTondre, depuis les toitures qui gémissent quand vient la bise, jusqu'à la maçonnerie, d^où émergent de gros moellons disjoints.

Quelques-unes des fenêtres ont conservé leurs croisillons sculptés; d^autres laissent pendre tristement à leurs chambranles les grilles forgées qui les protégeaient, tandis que les grandes portes à demi pourries sont veuves de leurs serrures massives et des clous à tête de diamant

qui jadis les cuirassaient

Par les- croisées défoncées du rez-de-chaussée, on voit les salles nues et dévastées. Au mobilier brisé, vendu ou dispersé, survit seulement un buste de marbre, incrusté dans la muraille et tout criblé de balles. En 1793, les patriotes l'ont fusillé comme un aristocrate. Ces ruines s'encadrent dans un paysage ravagé et lamçntable à Tavenant.

Un tilleul, Tarbre seigneurial peut-être, accote la porte et répand dans toutes les directions ses branches desséchées; quelques buis devenus des arbres indiquent vaguement les bordures du parterre; le perron n'est qu'un amas de mousses et de pierres brisées. La cour se fauche comme un pré, la chapelle sert de hangar à bois; enfin, la girouette armoriée est remplacée par je ne sais quelle triviale image découpée dans du fer blanc.

Les ruines sont souvent pittoresques, mais ici tout est triste et serre le cœur. La révolution a passé là.

Cependant, pour habiter cette solitude aux jours mêmes de sa splendeur, il fallait avoir une force d'âme que nous n'avons plus aujourd'hui, nous qui ne saurions vivre sans émotions violentes et à qui le bruit est nécessaire comme Pair que nous respirons. Nos parents vivaient fort heureux oîi nous ne pourrions passer quelques heures sans ennui ; la maison paternelle était adorable alors pour les enfants. « On ne vit ^u'au Villard, et Ton végète ici », écrivait le petit Henry .auquel deux jours d'absence donnaient le mal du pays, il avait alors sept ans,

(( Quelle différence des joies 4e notre adorable maison

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