‹ Un homme libre (volume 2)Chapitre 13 sur 52 · DES · texte numérisé non relu

DES

abstraite : «J'ai manqué d'amour dans mes

méditations, c’est pourquoi j'ai été hwrmilié», … votre esprit dissipé n’arrive pas à l'émotion. - Mais allumez un cigare vers les dix heurcs - - du soir, seul dans votre chambre où rien ne vous distrait, et dites :

R: Comyosition de lieu,

Un homme est accroupi sur son lit, dans la nuït, levant sa face versie ciel, de déges. poire ot d'impuissance, car il souffre de lan-

- cinalions sans trêve que la morphine ne mai- ‘triso plus. Il saït sa mort assurée, doulou-

des hommes grossiers qui ont lhabitudo de rire avec bruit; mêmeil en ost arrivé à rougir de soi-même, et pour plaire à ces gens da voalu parafire leur semblable.

Dans cet abaissement, qu'il allume £a lampe, qu'il prenne les lettres des rois qui Je traitent en ais, au’il célèbre. le culte dont

S1 vous essayez de songer à cette phrase

4 reuse et lente. il sit loin de ses pairs, parmi

l’entoura sa maîtresse, jeune et de qui les

beaux yeux furent par lui remplis jusqu’au

soir où elle mourut en le désirant, qu'il

oublie son infirmité et les gestes dont on

4 l'entoure! voici que amour, celui qu'ilaime,

l'amour frère de lorgueil, rentre en lui, et

ses pensées anoblies redeviennent dignes

des grands qui l’honorent, tendues et dédai-

gneuses.

Ainsi s’achevait cette nuit. Silencieux et désabusés, nous appuyions nos fronts aux

vitres fraîches. Sur la vaste cuvette des

terres endormies, parmi les vapeurs qui s’éürent, l’aube commençait ; alors, nous entreprimes , dans le malaise de ce matia

glacé, l'exercice de la mort

Exercice de la mort.

Nous serons un jour (mais qui de nous

L L ? if À deux le premier?) meurtris par notre cer-

LS ee.

cueil, nos mains jointes seront opprimées

par des planches clouées à grand bruit ; nos visages d’humoristes n'auront plus que les marques pémibles de cette lutte dernière que chacun s’efforce de taire, mais qui, dans la plupart des cas, est atroce. Ce sera fini, sans que ce moment suprême prenne la moindre grandeur tragique, car l’accident ne paraît singulier qu'à l’agonisant lui-même.

Ce sera terminé. Tout ce que j'aurai emmagasiné d'idées, d'émotions, et mes conceptions si variées de l’univers s’effaceront. Il convient donc qu’au milieu même de ces enthousiasmes si désirés mous n’oublions pas d'en faire tout au fond peu de cas, et il convient en même temps que nous en jouissions sans trêvo. Jouissons de tout et hâtivement, et ne nous disons jamais :

« Ceci, des milliers d'hommes l’ont fait avant moi »; car à n’exécuter que la petite danse que la Providence nous a réservée dans le

cotillon général, nous ferions une trop longuc tapisserie. 2

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Jouissons et dansons, mais voyons clair.

E faut traiter toutes choses au monde comme

les gens d’esprit traitent les jeunes filles. Les

jeunes filles, au moins en désir, se sont

données à tous les imbéciles, et.lors même

qu'elles sont vierges de désir, croyez-vous

"à qu'il n'existe pas un imbécile qui puisse leur plaire? 11 faut donc faire peu de cas des Fi jeunes filles, mais nous émouvoir à lesregarnr ler, et nous admirer de ressentir pour de si petites choses un sentiment aussi agréable.

Colloque.

* Ame humaine, somme des perfections, a cette haine du péché et cette ardeur vers les a | ‘choses divines que je viens de traverser, ce LL sont des instants furtifs de mon âme, mais | jeles ai analysés; j'ai démonté ces sentiments héroïques, je saurai à volonté les recomposer. Une centaine de petites anecdotes grossières | inscrites sur mon carnet me donnent sûre:

ment les rêves les plus exquis que l’humanité puisse concevoir. Ce sont les clochers qui guident le fidèle jusqu’à la chapelle où 1] s’agenouille; mais jy trouverai Dieu luimême, visible à mon âme, et non seulement son autelet les dalles où s’agenouiller. Mon

- âme mécanisée sera toute en ma main, prête

à me fournir les plus rares émotions. Ains) serai-je vraiment un homme libre.

Pourquoi, mon âme, t’humilier, si de toi, pauvre désorientée, je fais une admirable mécanique? Simon m'a dit qu’enfant il savait se faire pleurer d’amour pour sa famille,

‘en songeant à la douleur qu’il causerait s’il

se suicidait. Il voyait son corps abîmé, Vimprévu de cette nouvelle tombant au milieu du souper, apportée par un parent qui peut à peine se contenir,cesgrands cris, cessanglots qui coupent toutes les voix pendant trois jours. Et, précisant ce tableau matériel avec minutie, ils’élevait en pleurant sur soi-méme jusqu'à Le plus noble émotion amour

filial : le désespoir de peiner les siens.

Pourquoi les philosophes s’indigneraientils contre ce machinisme de Loyola ? Grâce à des associations d'idées devenues chez tous instinctives, l'univers n’est plus qu'une vaste machine qui fait jouer à volonté les ressorts de la mécanique humaine. Prononcez tel nom devant les hommes les plus ignorants, vous verrez chacun d’eux éprouver des sensations identiques. À tout ce qui est épars dans le monde, l’opinion a attaché une facon de sentir déterminée, et ne permet pas qu’on la modifie. On a fait une religion de la métaphysique, de la science, de l’histoire, de l’art... ; et cela revient à prescrire que nous éprouverons des sentiments de respectueuse émotion devant une centaine d’anecdotes, ou devant de simples mots tout à fait vides pour le commun. Voilà la mécanique à laquelle se soumet l'humanité, sans même savoir a ‘elle est dupe ; et moi qui, par une

SL

methode analogue, aussi artificielle, mais que je sais telle, m'ingénie à me procurer des émotions perfectionnées, vous viendriez me blâmer! Misérable humanité qui passe les siècles à s’émouvoir au hasard, et souvent à son dommage, tant elle y porte une déplorable conviction! Pour moi, sachant que je fais un jeu, je m'arrêterai presque

toujours avant de me nuire.

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Le

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