‹ Un homme libre (volume 2)Chapitre 25 sur 52 · POP PORN RIT PO TE · texte numérisé non relu

POP PORN RIT PO TE

UN HIGUME LIDRT 161

Nancy, oublieuse du passé, m'avait choqué, mais dans ces campagnes, où tout est souvenir de nos aïeux et qui, repliées sur elles-mêmes, n’ont pas remplacé la grande morte qui les animait, je me sentis avec une netteté singulière l’héritier d’une race injustement vaincue. De rares paysans, — mes frères, car nos aïeux communs combattaient auprès de nos ducs, — passaient, me saluant comme un ami d’un geste grave dans ce crépuscule. Tristement je les aimais.

A cause de l'humidité je revins jusqu’à l’auberge. Avec le soir, la voiture du chemin de fer arriva ; et j’eus le cœur serré que personne n’en descendit pour me presser dans ses bras.

Je dînai mal, et impatient d’en finir, à la lueur du pétrole. Ensuite, quand je voulus, malgré l'obscurité profonde, faire quelques pas à l'air, car j'étais congestionné, des chiens hurlants m’intimidèrent. Je rentrai dans l’auberge, disant : «Je suis là perdu,

isolé, et pourtant des forces sommeillent en

propre affaissement.

sauvait en frissonnant de ces rudes toiles, —

moi; et pas plus que ma race, je ne saurai les épanouir. »

Dans cette vieille salle, Le silence me pénétrait d'angoisse ; je sentais bien que ce n’était que de l’inaccoutumé, que tout ce décor était en somme de bonté ; dans la nuit répandue, la Lorraine m’apparaissait comme un grand animal inoffensif qui, toute énergie épuisée, ne vit plus que d’une vie végétative; mais je compris que nous nous gênions éga-

lement, étant l’un à l’autre le miroir de notre

Pour rendre un peu sien un endroit qu’on ignore, où l’on n’a pas sa chaise familière, son coin de table, et où la lampe découpe des ombres inaccoutumées, le meilleur expédient est de se mettre au lit. Ce sans-gêne réchauffe la situation. Mais je n’osais appuyer ma joue sur ces draps bis; tout mon corps se

où, solide et confiant en moi, je me serais brutalement enfoui au chaud.

LR

oder

Alors je rentrai dans mon univers. Par un effort vigoureux que facilitaient ma détresse morale et la solitude nue de cette chambre, je projetai hors de moi-même ma conscience, son atmosphère et les principales idées qui s'y meuvent. Je matérialisai les formes habituelles de ma sensibilité. J’avais là, campés devant moi comme une carte de géographie, tous les points que, grâce à mon analyse, j'ai relevés et décrits en mon âme :

D’abord un vaste territoire, mon tempérament, produisant avec abondance une belle variété de phénomènes, rebelle à certaines cultures, stérile sur plusieurs points; et des parties en sont encore à découvrir, pâles, indécises et flottantes.

Par-dessus ce premier moi, je vis dessinées des figures frémissantes qui semblaient parler. Ce sont les maîtres que nous interrogions à Saint-Germain; et ils sont devenus une partie importante de mon âme.

Je vis aussi de grands travaux accomplis

par des générations d’inconnus; etje reconnus que c'était le labeur de mes ancètreslorrains.

Or, tous ces morts qui m'ont bâti ma sensibilité, bientôt rompirent le silence. Vous comprenez comment cela se fit : c’est une conversation intérieure que j'avais avec moimême; les vertus diverses dont je suis le son total me donnaient le conseil de chacun de ceux qui m'ont créé à travers les âges.

Je leur disais :

— « Vous êtes l’Église souffrante, l'esprit en train de mériter le triomphe; ne pourraije pas m’élever plus haut, jusqu’à l’Église triomphante ? Comme le veut l’Imitation, qui guide mon eflort spirituel, je me suis reposé dans vos plaies ; j'ai vécu la passion de l’esprit que vous avez soufferte. Quand mériterai-je le bonheur ? L'espoir de m'élever enfin auprès de Dieu me serait-il interdit? Pourquoi, mes amis, ne fütes-vous pas heureux? »

Alors tous ceux que j’ai été un instant me répondirent. |

D'abord LES JEUNES GENS (épars dans lesgrandes villes, au coucher du soleil) : — « 1 nest d'autre remède que la mort, et nous nous délivrons résolüment ou par des excès désespérés. »

Mot (avec dégoût pour une pareille infirmité de philosophe) : — « Mes frères, votre solution ne m'intéresse pas, puisqu'elle m’est toujours offerte, puisque j'ai la certitude qu’elle me sera imposée un jour, et qu’enfin, si à l’usage elle m’apparaît insuffisante, elle ne me laisse pas la ressource de recourir à un autre procédé. D'ailleurs vous me proposez tout le contraire de mon désir, car j’aspire non pas à mourir, mais à vivre dans ce corpsci, et à vivre le plus possible. »

Alors BEensamIN ConsTANT : — « J'aurais dû ne pas demander mon bonheur aux autres. »

SainTe-BEUVE : — « J’eus tort de chercher à leur plaire. »

… Ainsi parlèrent-ils, et Moi je leur &-

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