‹ Un homme libre (volume 2)Chapitre 24 sur 52 · CONCLUSION, == LA SOIRÉE D'HAROTÉ · texte numérisé non relu

CONCLUSION, == LA SOIRÉE D'HAROTÉ

Simon un peu gâté, selon moi, par l’éducation de la rue Saint-Guillaume, ne goûtait qu’à demi mes intuitions. C’est un historien d’une réserve extrême. Il collectionne et cote les petits faits, sans consentir à! recevoir d'eux cette abondante émotion qui pour moi cst toute l’histoire. Or, les vieilles choses de Lorraine, en huit jours, avaient réveillé des belles-aux-bois qui sommeillent en mon âme; Simon me laissatoutàles caresser tristement.

Il me précéda à Saint-Germain; d’ailleurs des repas médiocres toujours lindisposèrent.

Je n’ai pas oublié cette soirée silencieuse,

vers les cinq heures, dans la petite ville

d'Haroué, où la vieille place est abritée de noyers malades. Le soleil de février, en s'inclinant, avait laissé dans l’air quelque douceur. J’allai, désœuvré, jusqu’à l’étang que forment les fossés écroulés d’un château pompeux, bâti sous Stanislas, et dont la froide impériosité contrarie le paysage. Je m'ennuyais d’un ennui mol, et toujours les plaines d’eau me disposèrent à la mélancolie. Il me sembla que l’eau elle-même, sous ce climat, désormais vivait avec médiocrité. Je sentais bien que des parcelles de l’ancienne âme de Lorraine, éparses encore dans ce paysage malingre d'hiver, faisaient effort pour me distraire; mais la ruine de ma nation m'avait trop lassé pour que sa douceur posthume me consolàt de sa vigueur abolie; et une triste migraine me venait du plein air.

Le pâle soleil couchant offensait mes yeux.

striés de fibrilles par la lampe tard allumée

sur les actes et les pensées de Lorraine.

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