‹ Un homme libre (volume 2)Chapitre 38 sur 52 · PR PT RU · texte numérisé non relu

PR PT RU

VOST

fondé ma méthode de vie, qui est de sentir

rimente, j'ai trouvé cinq à six traits d'un -

rable que ma fièvre cherche à Paris, tandis.

que je veux me remettre tout entier entre :

des mains ornées de trop de bagues!

Je sais pourtant que je suis une somme infinie d'énergies en puissance, et que pour moi il n'est mème pas de stabilité possible. 4 Je le sais au point que sur cet axiome j'ai

et d'analyser sans lrève.

Pour aiguillonner ma sensibilité et la.

pousser dans cette voie d'amour que j'expé-

effet sûr. s

1° Se représenter l’Objet, de chair délieate c et de gestes caressants, aux bras d'un homm e brutal, et pàmée de selte brutalité mème, embellissant ses yeux de misérabies larmes ”

et honorant Dieu à mes eûtés. | Cette trahison des sens, cette défaite d

“femme, si faible contre les exigences de ses vingt ans, fournissait un thème abondant et - monotone à mes entretiens du soir avec l’Objet. L’Objet surpris, choqué, puis fatigué par mon insistance, m'avoua diverses circonstances où elle avait goûté violemment ces affreux entrainements. Je l’écoutais en silence, rempli d’amertume et de trouble, tandis que s’animant elle mettait à ses aveux un vilain amour-propre. Cependant, vierge . et intimidée, elle ne m’eût inspiré qu'une sorte de pitié, ennemie de toute passion.

2° Se représenter qu'ayant fait le bonheur

de beaucoup d’indifférents qui tous l’abime-

ront un peu, elle deviendra vieille et dédai- . gnée, sans revanche possible.

M'abandonnant à une bonté triste et sen- suelle, je souffrais de cette fatalité où son . beau corpsengrenéétait chaque jour froissé, et m'appuyant contre cette pauvre amie, je me faisais ainsi une mélancolie facile qu m'énervait délicieusement, mais où elle ne

ee. TA.

voyait durant nos soirs d'automne que de

longs silences insupportables.

Une singulière contradiction de sentiment «

sans trêve tournoie en moi comme une

double prière.

Je m'irritaitoujours du mépris qu'affectent : les âmes vulgaires pour les créatures qui consacrent leur jeune beauté et leur fantaisie à servir la volupté. Leur corps si souple, leur sourire de petit animal et toutes | leurs fossettes, quand elles les livrent au passant ému, c’est qu’elles sont agitées du . même dieu, dieu d’orgueil et de générosité, qui fait les analystes. Les analystes prient l'inconnu qu'il veuille être leur ami; et reje= tant toute pudeur ils le provoquent à connaître leur âme et à en jouir. 4 Les uns et les autres sont victimes d’une fatalité, car 1ls naquirent chargés d’attraits singuliers. J’aime l’orgueil qui les pousse à révéler publiquement leur beauté. J'aime

TIRANT] " e f

leur désintéressement qui leur fait dédaigner toutes ces petites préoccupations, groupées par le vulgaire sous le nom de dignité, et auxquelles Simon prêtait de l’importance.

J'aime leurs emportements qui m’aident à comprendre la mort; ils se hâtent de faire leur tâche, et d’épanouir leurs vertus, car ils n'auront pas de fils selon le sang à qui les : transmettre. Il faut qu'ils se gagnent des fils spirituels où déposer le secret de leurs émotions. La frénésie des monographistes sin-

cères, et celle de Cléopâtre abandonnée dans

- les bras de César, d'Antoine et de tant de

soldats, n’éveillent aucune raillerie facile

chezles esprits réfléchis : detelles impudeurs

. transmettent de génération en génération les

vertus d'exception. Ces femmes et ces penseurs ont sacrifié leur part de bonheur at de dignité vulgaires pour propager l’étincelle qui met une crise dans des âmes élues et les sauve de l’assoupissement.

Cependant, et voilà ma contradiction, je

me désespérais que l’Objet fût telle. Seule son

infâme ingéniosité n'intéressäit à elle, et

je la lui reprochais, me plaisant à lui détail-. ler tout haut combien elle violait les lois ordinaires de la nature et de la bienséance. : Amoureuse d'absurde, autant que je le suis, et vaniteuse, elle prenait un goût très vif à. mesirritations. Nous en plaisantions l’un et | l’autre, mais parfois j’étais presque brutal, ct parfois encore jélais près de regretter.

qu’elle fût un objet irréparablement gâté.

Mais sans trêve, au fond de moi, quelqu'un.

riait disant : Alt linsignifiante parade ! Ah! que ces choses me seraient indifférentes,

sil me plaisait d’en détourner mon regard!

De telles expériences, menées avectrop de zèle, présentent quelque danger. C’est le jeu. un peu fébrile du pauvre enfant qui, par un jour de pluie, assis daris uñ coin de la chain. bre, examine son jouet au risque de le cas-

ser, — non loin des grandes personnes qui

PR 2 2 Cd > ai *- : ñ ATEN, o f 1

Ce QE

sont en toutes circonstances un châtiment

imminent.

Elle avait de la générosité de cœur, et, malgré sa vanité, un convenable bohémianisme. Autrement son sourire m’aurait-il arrêté? Deux ou trois fois dans notre jeu sentimeñital, nous nous sommes touchés à fond, et soudain presque sincères, nous cessions notre intrigue pour vouloir nous aimer bonnement. Nous aurions pu goûter à l’écart quelques semaines de vraie satisfaction.

Mais quoi! tant de sentiments délicats, que

j'ai acquis par de longs efforts méthodiques,

dès lors me devenaient inutiles! Pouvais-je

accepter de me réduire à la petite sensibilité

sensuelle de la vingtième année! Renier, pour la première fois, la journée de Jersey

Quelque irraisonnable que cela fût, tels

étaient ses yeux cerclés defatigue charmante

quand elle se soulevait d’entre mesbras, que je cédais à mon goût pour cet objet, plus qu’il n’était marqué dans mon programme.

Ce genre d'émotions est assez connu pour

que je n’en fournisse pas la description.

Dans ce désarroi de mon système, à défaut

de ma volonté, quelques gestes dont j'avais

pris l'habitude toute machinale me sauvèrent. Cela est louable, mais je ne puis m'en glorifier : en réalité j'étais désarmé ; ses mains fiévreuses avaient forcé le tabernacle de mon vrai Moi. Tandis qu'intérieurement j'étais profané, je parus encore servir avec orgueil mon Dieu. Ce fut une suprème journée. Comme moi, elle était à limite ; de découragement, soudain, elle abandonnala partie; elle m'avait vaincu, et ne le sut jamais.

Mais n'est-ce pas aussi que jela fatiguais par la monotonie de mes propos ? Mon égotisme,

outre qu’il est peu séduisant, ne se renouvelle

guère. — Ou bien fut-elle décidée par des

PPT PET RE

PPT

PPT PONS PT ETS

roll

choses de la vulgaire réalité ? J'ai peut-être

un dédain excessif des nécessités de la vie...

Toutes les inductions sont permises, mais hasardeuseÿ, sur ces rapports d'homme à femme. Fréquemment, pour me procurer de l’amertume, j'ai réfléchi sur mon cas, et les

hypothèses les plus diverses m'ont tour à

tour satisfait, selon les heures de la journée :

j'ai le réveil dégoûté, l’après-diner indulsent et un peu brutal, la soirée fiévreuse et qui grossit tout.

Le fait, c’est qu’elle fut inexacte jusqu’à lPimpolitesse pendant cinq jours, toujours gracieuse d’ailleurs, puis s’en alla n'importe où, avec une personne de mon sexe. Les femmes oscillent étrangement d’une complaisance maladive à la méchanceté. J’en coneus du dégoût, et, jugeant l'expérience terminée, je parlis pour le littorai méditerra-

néen.

Page 1