MÉDITATION SUR L’ANECDOTE D'AMOUR
Ine faut pas que je me plaigne de cette déchéance subie durant quelques jours. L’humiliation m’est bonne, c’est la seule forme de douleur qui me pénètre et me baigne profondément. Le danger de mon machinisme, parfait à tant d’égards, est qu’il me dessèche.
Cette anecdote d'amour me sera pour plusieurs mois une source de sensibilité; elle me rappellera combien il est urgent que je me bâtisse un refuge. Et puis cette belle expérience que je viens de créer, je pourrai à mon loisir larépéter. Désormais je connais la voie pour être émoustillé, attendri, voire
libidineux, comme sont la plupart des
hommes et des femmes.
Mon rève fut toujours d'assimiler mon âme aux orgues mécaniques, et qu’elle me chantât les airs les plus variés à chaque fois qu'il me plairait de presser sur tel bouton. J'ai enrichi mon répertoire du chant. de amour. Je ne pouvais guère m’en passer.
La chose se fit très lestement. La période *E grossière, où l’on souffre vraiment, où l’on | jouit vraiment (et je ne sais, pour un esprit
soucieux de voirelair, quel est de ces égarementsle plus pénible!),je ne permis pas qu’elle durât plus de deux mois. Le plaisir ne com- # mence que dans la mélancolie dese souvenir, quand Les sourires, toujours si grossiers, sont épurés par La nuit qui déjà Les remplit. Pour présenter quelques douceurs, il faut qu'un acte soit transformé en matière de pensée.
J’ai activé les phénomènes ordinaires de la … sensibilité. En trois semaines, d’une vulgaire anecdote je me suis fait un souvenir délicieux que je puis presser dans mes bras,
“ pa Sa
N HOMME EIBRE
goût de mélancolique, craignant la vie, l'in stinct, tout le péché originel qui s’agite en. moi, et fortifiant l'univers personnel que je #1 me suis construit pour y trouver la paix. .
7 ais