J'OFFRE CE LIVRE
J'écris pour les enfants et les tout jeunes gens. Si je contentais les grandes personnes, j*en aurais de la çanité, mais il nest guère utile qu elles me lisent. Elles ont fait d" elles-mêmes les expériences que je i^ais noter, elles ont systématisé leur {>ie, ou bien elles ne sont pas nées pour m'entendre. Dans Vun et Vautre cas, cette lecture leur sera superflue.
Les collégiens sont à peu près les seuls êtres quon puisse plaindre. Encore la moitié d^ entre eux sont-ils des petits goujats qui empoisonnent la vie de leurs camarades. Nous autres adultes, nous nous isolons, nous nous distrayons selon le système qui nous paraît convenable. Au collège, ils sont soumis à une discipline quHls
xviii DEDICACE
n^ont pas choisie : cela est abominable. Tai relei^é avec piété, depuis six à sept ans, les noms des enfants qui se sont suicidés. C'est une longue liste que je nose pas publier. J'aurais aimé dédier à leur mémoire ce petit livre, mais il rrCa paru que f irais contre leurs intentions, en répandant leurs noms dans la çie.
S'ils m'aidaient lu, je crois qu'ils n auraient pas pris une résolution aussi extrême. Ces âmes délicates et paresseuses étaient éç^idemment mal renseignées. Elles crurent qu^il y a du sérieux au monde. Elles attachaient de l'importance à cinq ou six choses : en ayant éprouvé du désagrément, elles reculèrent hors de la vie. L'essentiel est de se convaincre qu'il n'y a que des manières de voir, que chacune d'elles' contredit l'autre, et que nous pouvons, avec un peu d'habileté, les avoir toutes sur un même objet. Ainsi nous amoindrissons nos mortifications à penser qu'elles sont causées par rien du tout, et nous arrivons à souffrir très peu.
Parce qu'il détaille ces principes et les illustre de petits exemples empruntés à l'ordinaire de l'existence, mon livre, je crois, est appelé à rendre service.
Quelques amis que j'ai dans la politique m'ont affirmé qu'aux siècles derniers les esprits