SCÈNE XVII
PHROSINE, PIMARD.
PIMARD, à Phrosine.
Fifille !...
PHROSINE, avec impatience, ee levant.
Mais, papa, vous ne me comprenez pas...
PIMARD.
Elle parle ! O merci, mon Dieu !
PHROSINE
Il ne s’agit que du jeune homme...
PIMARD.
D’un seul?...
PHROSINE
Que j’avais vu...
PIMARD.
Au vasistas de la rotonde.
PHROSINB.
Je l’avais déjà vu à Paris... .
PIMABD.
Quelle révélation!...
PHROSINE
Dans notre cour...
PIMARD.
Du Grand-Hurleur!...
PHROSINE
Il y venait tous les jours... à quatre heures et demie, chanter avec sa guitare...
PIMARD.
Chanter?...
PHROSINE
La romance des Fouilles jaunes.
PIMARD.
Hein! quoi! ce guitariste!... cet odieux troubadour?... Misère !... misère !...
PHROSINE
Oh ! c’est un noble cœur !
PIMARD.
Comment juger un cœur, si tu ne l’as vu que de notre quatrième en raccourci?
PHROSINE
N’a-t-il pas, un jour, devant notre porte , versé dans les
mains d’un petit enfant, traîné sur un orgue de barbarie, la moitié de sa pauvre recette ?
PIMARD.
S’il a fait cela, c’est un noble cœur... mais il n’en est pas moins troubadour vagabond.
PHROSiNB.
Il ne l’est plus, papa... puisqu’il est aujourd’hui dans le commerce.
PIMARD.
C’est juste!... le commerce est le bien des nations 1... la circumnavigation naturelle des peuples !... Et tu l’as retrouvé ici ?...
PHROSINB.
Sans le reconnaître, d’abord...
PIMARD.
Alors... comment sais-tu que c’est lui?... Illumine-moi.
PHROSINB.
Il me l’a dit!...
PIMARD, éclatant.
Il te l’a dit !... et voilà tout !... infortunée !...
PHROSINB.
Comment!
PIMARD.
Mais tu ignores donc ce qui se passe ici depuis une couple d’heures?... tu ne sais donc pas qu’ils disent tous : C’est moil dans ce pays-ci?... C’est la mode!... c’est la vogue... Tiens ! prends mon bras... sortons... Nous n’aurons pas fait quinze pas... que nous en aurons déjà une cinquantaine à nos trousses...
PHROSINB.
Mon Dieu I vous me feriez douter...
PIMARD.
Sans doute... doute... flotte... balance, ma Allé... c’est ce que tu as de mieux à faire !...
PUROSINE, à elle-même.
Mais il me semble, pourtant... que si j’entendais sa vpix...
PIMARD , frappé d’une idée.
Sa voix !... tu m’illumines!...
PHROSINB.
Sa romance plaintive.
PIMARD.
Tu achèves de m’illuminer... Rentre au bureau...
PBROSIRB.
Que voulez-vous faire?...
SCfcNE XVIII.
. PIMARD.
Ne m’embrouille pas... rentre au bureau... Berce-toi de plus en plus de quelque vague espoir... et je te dirai comme tantôt....
A ir final de la scène septième.
De tes pieds avec prudence.
Entretiens bien la chaleur.
Et d’une douce espérance Berce, enfant, berce ton cœur !
(Phrosine sort par la première porte à droite. — Pimard la conduit, pendant le chant, jusqu’à la porte.)