SCÈNE III
m’arrive en plein sur la nuque!... Qu’était-ce?... merci!... je ne m’en suis pas informé... car, le lendemain de ce pilon, je quittai Paris et me mis à flanoter par la province.., avec une bosse au crâne, ma guitare au dos et ma jeune fille dans le cœur!... hélas!... Pourquoi l’ai-je revue?...
* THÈCLE, paraissant sur la seuil de la porte à droite.
Monsieur Fumadel, y a là trois messieurs qui viennent pour acheter.
FUMADEL, préoccupé.
Qu’on leur donne des chaises !... (Thècte sort. — Reprenant.) Hélas !... pourquoi l’ai-je revue ?... (il prend une chaise et s’assied sur le deTam à gauche.) C’était ici à Issoudun... par un beau soir d’été... pour ceux qui aiment la pluie... Il tombait ce qu’on appelle des hallebardes... (poétiquement et se levant.) Voyez-vous, abrité sous un auvent, dans sa pose mélancolique, le jeune artiste aux longs cheveux... il fredonne sa petite machine près d’une diligence en train de changer de cheval... Il espère qu’on lui jettera quelques liards !... (avec feu.) Des liards!... non! c’est un cri qui part de la rotonde!... je lève le nez... c’est elle !... l’ange du Grand-Hurleur! Elle m’a reconnu, et, troublée, palpitante... a laissé tomber par la portière un barbet qu’elle tenait dans ses bras!... (vivement.) En galant troubadour, je fonds sur l’objet perdu, je l’empoigne par la peau du cou, je m’élance après la voiture qui déjà roulait à cent pas devant moi... je gigotte, j’arpente, je beugle : « Postillon, arrêtez !... » vains beuglements!... Enfin j’arrive, hurlant, galopant , transpirant et trempé par la pluie jusqu’au prochain relais... trois petites lieues !... La voiture reprenait sa course... je n’eus que le temps de lancer au hasard le quadrupède dans la rotonde enyjoignantun cri d’amour!... ah !... (accablé.) Ce fut le chant du cygne !... J’avais pris un chaud et froid... (n remet sa chaise en place.) Quand le blond troubadour, rentré à Issoudun, voulut essayer son gosier, il n’y trouva plus que ceci: (n pousse un «on rauque.JHeue !...
CRI DU VEAU, dans la coulisse.
Beuel...
FUMADEL.
Absolument la même note que mon frère de lait!... Alors, voyant ma carrière brisée, j’ai suspendu ma lyre, j’ai tondu mes cheveux... et... vous voyez... je quincaille aujourd’hui dans cette boutique, à raison de quinze francs par mois... fatalité !... dégradation !... moi, né avec le fa de Lablache et le do de Rubini !!!... (soupirant.) O mon do !... ô mes amours... (changeant de ton.) Ah ! sapristi !... et mes chenets qui ne sont pas récurés!... (Il va s'asseoir près du comptoir et frotte ses chenets.)
* Fumadel, Thècie.