RÉSUMÉ HISTORIQUE
Les civilisations anciennes ne connaissaient pas les hôpitaux, non point qu'elles ignorassent complètement la bienfaisance, mais elles la pratiquaient d’une façon très restreinte.
Les Egypliens, d'après Plutarque, sont tous regardés comme médecins, c’est-à-dire qu'ils traitaient toutes les maladies suivant leurs observations et sous la direction des prêtres. Ceux-ci rendaient des oracles quand le malade consultait le Dieu Horus instruit par sa mère Isis dans l’art de la médecine.
Les Babyloniens portaient les malades dans les carrefours pour y demander l'avis des passanl(s.
La loi de Moïse se montre d’une extrême rigueur envers les malades contagieux ou réputés tels par les prêtres : « Commande aux enfants d'Israël qu'ils mettent hors du camp tout lépreux, tout homme découlant ou tout homme souillé par un mort (Nompres ich. v, 2)»
Les malades riches pouvaient se faire installer une tente où ils devaient demeurer le temps fixé par les sacrificateurs. Quant aux pauvres, ils erraient chassés par tous.
Les Grecs n'admettaient pas en principe les individus inutiles et Platon s'exprime ainsi dans le livre III de sa République :
« Lorsqu'un artisan est atteint d’une de ces maladies qui ne peuvent guérir que lentement par un régime approprié, comme il ne lui est plus possible de travailler, il lui est plus avantageux de mourir, » Cependant, en pratique, ils étaient assez charitables, A Athènes, les pauvres recevaient deux oboles tous les jours. Les
vieillards blessés dans les guerres, les enfants dont le père était mort pour la Patrie étaient recueillis dans les Prytanées. Les malades recouraient aux oracles d'Apollon, Minerve, Mercure etsurtout Esculape dont les prêtres, appelés Asclépiades, donnaient les consultations.
Mais vers 550 avant Jésus-Christ, des médecins appelés périodentes, parce qu'ils allaient de ville en ville, se séparèrent des prétres. Ils ne tardèrent pas à être fort estimés des malades, Les habitants de Cos frappèrent des médailles en l'honneur d'Hippocrate. Il n’y a toujours pas de refuges pour les malades qui encombrent les bains publics. Cependant, pendant la célèbre peste d'Athènes, en431 avant Jésus-Christ. des tentes furent élevées dans les lieux sacrés pour les guerriers (Thucydide).
Les Romains étaient peu accessibles à ja pitié ; le gouvernement s’intéressait cependant au sort des malheureux et les secourait par des distributions d'aliments. Mais il n'existait aucun établissement de refuge. Sous le nom d'«annone » une adminisiralion spéciale, sous la direction d’un préfet, s'occupait de l'achat aux frais du Trésor et de la distribution gratuite du blé.
Dès l’an 462 de Rome, une foule d'Asclépiades ou médecins grecs s'établit à Rome. Archagatus est resté célèbre et l'Etat romain lui fait construire une officine ; puis, sous Néron,un corps complet de médecins s'organisa : médecins, chirurgiens, oculistes, infirmiers, etc. Des médecins étaient attachés aux gymnases et aux cirques pour soigner dans des infirmeries spéciales les athlètes et les gladiateurs blessés. Plus tard, les patriciens ont chez eux médecin et infirmerie pour leurs esclaves.
En 825 après Jésus-Christ, le concile de Nicée prescrit d'ouvrir dans chaque ville un asile pour les voyageurs infirmes et pauvres.
Puis des infirmeries furent annexées aux évêchés aux monastères,
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el dans les grands centres on commença à créer des Hôtels-Dieu. Au xr° siècle, de nombreux hôpitaux existent déjà. Au xn° siècle est fondé l'hospice des Quinze-Vingts par Louis IX. Au xrm° siècle les maladreries ou léproseries sont Lrès importantes : on en compte 9 000 en France et 19.000 dans l’ensemble des pays chrétiens. D'après les chiffres du D' Martin, il y avaiten France 1.130 hôpitaux avant le x1x° siècle. Il en existait 1.708 à la fin de ce siècle.
A la fin du xvinr siècle, une commission de l’Académie des sciences fut nommée pour étudier la reconstruction de l'Hôtel- Dieu de Paris. Elle était composée de De Lassone, Daubenton, Tenon, Bailly, Lavoisier, Laplace, Coulomb d’'Arcet. Tenon en fut nommé rapporteur. Mais les réformes hospitalières projelées furent arrêtées par la Révolution, et ce n’est qu'en 1854 que l'hôpital Lariboisière fut édifié.
En 1864 la Société de chirurgie avec Trélat, Verneuil, met à l’étude les principes d'hygiène hospitalière et en particulier l’installation des services chirurgicaux.
En obstétrique, Tarnier applique les nouvelles méthodes pastoriennes aux maternités.
En 1883,Rochard présente un rapport très complet sur la construction d’un hôpital de 500 lits destiné à une ville de 60.000 à 80.000 habitants, à la Société de médecine publique et d'hygiène.
Plus tard les hygiénistes s'occupent surtout des hôpitaux de contagieux.
Au Congrès d'hygiène de Paris, Fauvel et Vallin, en 1878, formulent la proposition suivante : « L'isclement le plus près de la perfection est celui qu’on obtient à l’aide d'un hôpital affecté à une seule maladie ou à plusieurs maladies traitées dans des pavillons
indépendants les uns des autres. »
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Napias et A.-J. Martin, dans l'Encyclopédie d'hygiène, demandent que chaque pavillon affecté à une maladie contagieuse forme un hôpital complet.
Les D'° Sevestre, Grancher, le professeur Hutinel installent à l'hôpital des Enfants-Malades le système d'isolement individuel par box assimilant la contagion médicale à la contagion chirurgicale. Le résultat fut très satisfaisant.
Actuellement deux systèmes restent en présence.
1° Les pavillons séparés affectés à une maladie déterminée et toujours la même ;
2° L'isolement individuel dans des box.
Un troisième système de pavillons interchangeables participe des deux précédents.
L'hôpital Claude Bernard réalise le premier de ces systèmes. Nous allons le décrire longuement.
Puis nous étudierons rapidement les deux autres modes d’hospitalisalion des contagieux et nous essaierons de montrer les avantages el les inconvénients de chaque système, établissant ainsi qu'il n’y a pas,en matière d'hygiène hospitalière,de principe absolu.
Situation. — L'hôpital Claude-Bernard est situé sur le glacis des bastions 30 et 31, le long des fortifications de Paris. Il est complètement isolé au Sud par le fossé et le mur d'enceinte, au Nord par la zone militaire et la ligne du chemin de fer de Pantin à Saint-Ouen, à l’est par le canal Saint-Denis.
La longueur totale du terrain occupé est d'environ 900 mètres, sa largeur est seulement de 30 mètres à certains endroits, de 65 au maximum. On a dû d’ailleurs, pour gagner quelques mètres de large, remblayer une partie du fossé des fortifications. Puisqu'aussi bien ces fortificalions sont destinées à disparaître, 1l est
regreltable qu'une entente nesoit pas intervenue entre les administralions compétentes pour les démolir à ce niveau, ce quiaurait facilité considérablement l'établissement des plans et par suite aurait amené une simplification des services de l'hôpital réparlis actuellement sur une trop grande longueur. Au conseil municipal, en avril 1904, M. le préfet de la Seine déclare que l'Assistance publique aura droit de préemption sur les terrains qui deviendront disponibles le jour où les fortifications seron démolies. De cette façon, on pourra construire d’autres pavillons s'il en est besoin. É
Orientation.— L'orientation générale des salles est Nord-Sud, disposition la plus favorable à l’ensoleillement maximum.
Superficie. — La superficie totale du terrain est de 36.350 mè-
tres carrés. La surface bâtie est d'environ 13:000 mètres carrés.
L'hôpital devant contenir 307 lits, chaque malade dispose donc de 120 mètres carrés environ. Dans les salles de 20 lits, le cube d'air est de 1.156 mètres cubes (27 >< 5.50 > 8) ce qui donne 99 mc. 400 par lit. La moyenne dans les hôpitaux anglais serait de 52 mètres cubes d'après Lefort, de 42.7 seulement d'après Blondel et Ser.D'après ces derniers auteurs la moyenne dans les hôpitaux de Paris serait de #3 me. 7. La quantité d'air et d'espace dont dispose chaque malade à Claude-Bernard est par conséquent supérieure à la moyenne, mettant en action la formule bien connue : « Pour qu'il y ait assez d'air, il faut qu'il y en ait trop. »
Ensemble des services. — L'hôpital des contagieux comprend douze services se succédant dans l'ordre suivant :
1° Administration. Pavillon du directeur :
2° Premier quartier :
3° Deuxième quartier ;
4° Troisième quartier ;
° Services généraux installés au centre des constructions comprenant :
Les cuisines, la pharmacie, la lingerie, les magasins et les logements du personnel des services généraux ;
6° Quatrième quartier ;
7° Cinquième quartier ;
8° Laboratoires ;
9° Chantier au charbon ;
10° Service des morts :
11° Ateliers, matelasserie, étuves :
12° Buanderie, Usine pour la désinfection des eaux usées.
Ce plan est en somme presque nécessairement imposé par la disposition générale du terrain dont nous avons déjà dit un mot ;
ce terrain, long de 900 mètres et large de 40 en moyenne, ne per-