Cf. Bonald, Principe constitutif, début
Cf. Curé de village : « La famille sera toujours la base des sociétés ». Cette idée est chère à Balzac et il la fait développer à cette époque même par un des personnages des Mémoires de deux jeunes mariés, le frère de l'une des héroïnes, le duc de Chaulieu :
« Tout pays qui ne prend pas sa base dans le pouvoir
paternel est sans existence assurée » (éd. Conard, p. 204). Cf. aussi Médecin de campagnef page 78.
57. La conservation des terres. — Nous retrouvons là le Balzac classique, le défenseur de la grande propriété, dans laquelle il voit le maintien des grandes familles (Cf. sur cette question du Gouvernement moderne, p. 20, notes 31 et 39, et la thèse déjà citée de M. Blanchard, la Campagne et ses habitants dans l'œuvre d'H. de Balzac, Paris, Champion, in-8, 1931, où se trouvent réunis les textes essentiels de Balzac sur les questions du droit d'aînesse, du majorât, etc., bref de tous les moyens possibles d'assurer la conservation des terres).
58. Les affaires du pays. — Ce désintéressement de la noblesse pour ses intérêts personnels et la gloire qu'elle mettait à consacrer sa fortune et son temps à l'intérêt général, au service du prince, sont un des arguments principaux des défenseurs de l'ancien régime. Balzac l'avait développé longuement dans sa brochure sur le droit d'aînesse en 1824. Cependant cette brochure n'est peut-être pas de lui, et l'idée ne paraît pas lui être très familière. La qualité essentielle du grand homme d'État lui paraît être moins le désintéressement que l'intelligence et la volonté (Cf. sur ce point deux admirables pages : l'une dans le Médecin de campagne, éd. Conard, p. 162, à la fin du discours de Bénassis; l'autre dans la Revue parisienne, Œ. C, t. XXIII, p. 766-767, où Balzac a très bien défini les conditions nécessaires à l'existence des grands hommes d'État).
59. Concurrence entre les individus. — La critique de l'individualisme est aussi courante sous la plume de Balzac que son apologie du droit d'aînesse. Tout se tient en effet (Cf. les textes cités par M.Blanchard dans sa thèse). Presque tous les philosophes sociaux contemporains de Balzac voient dans l'anarchie individualiste la cause de tous les maux de leur époque, mais les remèdes proposés sont souvent très
différents. Saint-Simon, par exemple, qui serait pleinement d'accord avec Balzac pour blâmer la concurrence individuelle, n'admettrait nullement le remède que propose ici le romancier : le retour au passé et à la concurrence entre les familles, car il y aurait un moindre mal, mais un mal encore, et il veut organiser une société harmonieuse, hiérarchisée d'où soit exclue toute concurrence. Mais Balzac réaliste et qui voit dans la concurrence une réalité psychologique nécessaire à supporter se contente de faire « la part du feu » en la limitant à une « concurrence entre les familles ».
60. Idéer. — Balzac emprunte ce mot à Bonald qui l'emprunte lui-même à Massieu (Cf. Bonald, Essai analytique, Œ. C, I, p. 49, note 1 : « Le mot idéer nous manquait : nous le devons au célèbre Massieu ou plutôt à son illustre maître »).
61. Cette idée est chère à Balzac (Cf. en particulier les Souffrances de l'Inventeur, la Recherche de l'absolu. Aventures administratives d'une idée heureuse, les Martyrs inconnus, Louis Lambert, etc.). Elle est même à la base de toute sa psychologie de la passion, dont il fait une idée.
62. Pour tout ce débat sur la souveraineté du peuple, Cf. le Médecin de campagne, pages 152 et suivantes. On pourra rapprocher ce passage des pages du début sur le Pouvoir et d'un autre passage où Balzac reprend un peu plus bas la même discussion.
63. Cette dernière note est importante pour comprendre le plan de Balzac. On voit combien chez lui les idées politiques et sociales ne sont jamais que des conclusions d'observations psychologiques antérieures sur la nature de l'homme.
64. Pour leur bien, Cf. de Bonald, Pensées, page 147 : « On ne devrait assembler les hommes qu'à l'Église ou sous les armes ; parce que là ils ne délibèrent point, ils écoutent et obéissent ». (Cf. aussi Joseph de Maistre, Considérations, p. 76.)
65. Leurs trois fours. — Allusion à la Révolution de 1830 et aux trois glorieuses. Quant au thème de la durée, c'est le thème classique de tous les défenseurs de la monarchie depuis Bonald jusqu'à Ch. Maurras (Cf. du Gouvernement moderne, note 58).
66. Ou reptile. — Balzac cite sans doute cette pensée de mémoire d'après le Bréviaire de M. de Talleyrand « les grandes places sont comme les roches élevées : les aigles et les reptiles seuls y parviennent » (supplément du Figaro, 7 mars 1891, note de Lovenjoul). Cet emprunt de Balzac à Talleyrand est très significatif de l'admiration profonde que le romancier éprouvait pour ce diplomate machiavélique (Cf. sur ce point du Gouvernement moderne, note 25).