‹ Un inédit de BalzacChapitre 7 sur 26 · DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

DE L'ESCLAVAGE

L'esclavage réduit à sa plus simple expression est le travail d'un homme dévolu tout entier à un autre36. Si l'on croit avoir aboli l'esclavage, on se trompe étrangement.

Il existe sous nos yeux des Esclaves innommés, plus malheureux que les esclaves nommés, que l'esclave chez les Turcs, que l'esclave chez les anciens, que le nègre. Ces trois sortes d'Esclaves vivaient. L'industrie moderne ne nourrit pas ses esclaves. L'antiquité tuait ses esclaves coupables. Le fabricant laisse mourir son esclave innocent. L'antiquité, le Turc, le (1) laisse à son esclave sa religion,

sa morale ; l'industrie démoralise les siens, les déprave et, quand ils ont faim et que, déliés d'obéissance par son immoralité, ils se rassemblent ou se coalisent, le pouvoir politique les canonne ou les met en prison 37.

(1) Mot omis par Balzac. Sans doute faut-il conjecturer avec Lovenjoul le « planteur. »

Ll CATÉCHISME SOCIAL 127

L'industrie attire des ouvriers, les rassemble, en fait des centres qui ne produisent point d'aliments, l'industrie, en doublant la population, ne double pas les produits agricoles ; au contraire, en élevant le prix de la main-d'œuvre, elle élève le prix des produits agricoles. Il y a nécessairement un combat entre elle et l'agriculture, car, poussée par la concurrence, elle veut les denrées à bas prix pour abaisser la main-d'œuvre, et l'agriculture ne peut pas les donner au-dessous des prix de revient, problème insoluble pour la politique moderne88.

La misère dans une certaine proportion n'est pas seulement la honte d'un gouvernement, elle est son accusation, sa ruine. Quand les malheureux sont arrivés à un certain nombre et que les riches sont comptés, il y a bientôt une révolution. La révolution dépend d'un chef, d'un accident et tout accident a ses chefs, comme tout chef sait faire naître l'accident

Vous mettez pour cent francs de fumier sur un arpent de terre, il y a cinquante francs d'autres frais.

les labours, les transports, les impôts, la moisson, le battage en grange, etc.... Vous récoltez pour cent cinquante francs de blé. Voilà ce qui se fait partout en France dans ce qu'on appelle les pays bien cultivés. Le gouvernement veut maintenant le prix du pain à bon marché, peu lui importe les souffrances des propriétaires. Ceci aura un terme. L'agriculteur pauvre cultivera mal et les produits baisseront. Pendant ce temps-là, l'industrie aura rendu la population plus nombreuse. L'ouvrier ne trouvera pas à se nourrir, ou, si l'agriculteur maintient ses prix, il n'aura pas de salaire suffisant à sa nourriture.

Dans ce moment donc, nous sommes entre une lutte à main armée de l'ouvrier ou la mort de l'agriculture. De là est né le mot l'organisation du travail.

Le prix des choses manufacturées dépend du prix de revient des matières brutes et du prix de la journée.

Tout vient du sol et le bœuf, le blé, la laine, la soie sont des produits composés d'un salaire et d'une matière brute.

Tout ce que produit le sol est grevé de l'intérêt du capital que représente le sol et des impositions.

Abaisser l'impôt39, abaisser le prix du sol, c'est

abaisser le prix de revient de la matière brute.

Abaisser l'impôt, abaisser le prix du sol, c'est abaisser également la valeur de la journée ou du salaire qui est en rapport immédiat Avec ta prix defl denrées de nourriture.

Abaisser les salaires, c'est pouvoir lutter dans k champ de l'industrie en maîtres avec l'Angleterre qui est le grand régulateur.

L'industrie française est attaquée dans son principe vital par le prix du blé et par le prix de la viande.

Le prix du blé est en rapport constant et direct avec le prix de la viande, si vous abaissez le prix du blé, vous faites hausser le prix de la viande, car l'agriculture produit bois, herbe et blé ; herbe, c'est la viande, c'est le cheval, c'est le mouton, c'est le bœuf.

Pour réduire le prix du blé, il faut produire plus de moutons et plus de bœufs, conjointement plus de chevaux aussi que la France n'en produit.

Ce sera rendre accessible au travailleur la viande. Bien nourri, le travailleur fera plus et sa vie lui coûtera moins. Mettre la livre de bœuf et de mouton à 30 centimes, c'est ruiner l'Angleterre. I /Angleterre a poussé l'agriculture dans ses dernières conséquences, elle ne peut diminuer ni le prix du blé ni le prix de la viande. La France possède autant d'hectares

improductifs que l'Angleterre en a de productifs et qui sont au sol de la France comme un est à 30. Les mettre en valeur c'est diminuer le 1/3 de l'impôt.

Diminuer le 1/3 de l'impôt actuel, c'est diminuer d'1/3 le prix de la journée et c'est diminuer d'1/3 également le coût des matières brutes, le lait, la viande, etc

C'est soustraire la France à la nécessité de tirer ses chevaux de l'étranger.

Ce résultat sera dû à l'irrigation des terrains improductifs et à la suppression des paccages communaux.

On produira deux fois plus de moutons et de bœufs qu'actuellement et à 50 pour % meilleur marché, car la prairie n'est pas pour la moitié dans les terrains productifs de la France40.

Bien nourrir l'ouvrier à meilleur marché, lui laisser une portion de son salaire journalier, c'est le projet le plus philanthropique dont devrait s'occuper le gouvernement, ceci vaudrait mieux que la suppression de la traite des nègres 41 ; c'est la suprématie de la France : elle est toute entière dans le kilogramme de viande à 60 centimes et dans le kilogramme de pain à 15 cent42.

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