DU LIBRE ARBITRE
Le libre arbitre de l'homme domine la question de sa liberté.
Si l'homme n'a pas de libre arbitre, la question de la liberté tombe.
Il ne s'agit plus de savoir s'il faut lui maintenir la faculté de tout vouloir ou de tout pouvoir, mail ce que la Société lui concède de faire.
Que le libre arbitre est la liberté de la nature (1),
Si la nature, au lieu de donner à l'homme une faculté indéfinie, l'a limitée et le force d'agir dans un cercle impitoyable, la société ne doit pas pli ses citoyens que la nature n'accorde à l'homme.
Le libre arbitre est donc dans l'acception la plus vraie la faculté de faire ce qu'on vont sans entra de n'être déterminé par aucune force morale ni physique pour se décider.
(1) Supprimé ensuite par Balzac.
Examinons de bonne foi l'homme dans son état naturel.
N'y a-t-il pas dans cet état naturel des hommes dont la pensée sera plus forte que le corps, qui seront grands par l'intelligence et faibles par le corps, ils ne pourront pas exécuter ce qu'ils voudront ; d'autres plus forts de corps que d'esprit exécuteront sans raison des actes inutiles. Les uns ne pourront pas faire le bien, les autres pourront faire le mal. Là, tout est sous le joug du tempérament.
Chaque être a sa nature particulière, autrement (1), il offre dans l'état naturel un ensemble de rapports entre son physique et son moral qui l'obligent à faire telle ou telle chose plutôt que telle ou telle autre. L'homme de quatre pieds huit pouces et l'homme de six pieds seront chacun contraints, dans leurs gestes, à faire autre chose que ce que leur esprit pourrait vouloir faire. Il n'y a donc pas libre arbitre.
Il y a encore moins libre arbitre dans le siège de l'intelligence. C'est en vain que l'on voudrait équivoquer en regardant l'homme de quatre pieds et l'homme de six pieds de haut et soutenir que chacun d'eux a son libre arbitre, en tant qu'il est lui, car aucun homme n'est seul dans l'état naturel. Le grand et le petit loup, le grand et le petit chien
(1) dit ?
se savent bien l'un plus fort que l'autre et l'un plie devant l'autre. Ainsi, point do libre arbitre. Aucun être intelligent n'existe que selon les conditions de l'organisme (Lamennais, p. vi, Esquisse)-*. Ainsi, I ganisme domine l'être organisé.
En parcourant toutes les actions humaines, depuis les plus insignifiantes jusqu'aux plus importantes, la raison y découvrira une cause déterminante et jusqu'à ce qu'on ait découvert une action ou une pensée spontanée, c'est-à-dire produite sans un jugement a priori, sans une cause préexistante, sans Influence, il est juste de dire que le mot libre arbitre est s signification.
L'Europe et surtout la France ont employé deux siècles en disputes sur le libre arbitre, afin d'arriver au mot Liberté de conscience qui engendrait l'indépendance religieuse, laquelle menait à la liberté politique.
Le mot libre arbitre ne pourrait signifier que ceei : être libre de se déterminer pour soi-même, sans Dieu ni prince, et, pour prouver le droit, pour en taire une loi de la nature, il a fallu deux cents ans de sophismes.
La nature, en supprimant Dieu pour un moment, a créé pour l'homme des nécessités en L'homme et autour de l'homme qui le privent de ce droit pris dans un sens absolu.
Toutes les fois que les destructeurs de société ont voulu miner un état de choses quelconque, une religion dans son essence ou dans son culte, dans son esprit ou dans sa forme, un gouvernement, ils ont toujours été précédés de sophistes habiles qui ont essayé d'établir table rase, ou des principes à un état pur qui n'existe point et ne saurait exister. Ils ont pour renverser le pouvoir établi (l'Église et la Royauté) créé des préjugés philosophiques : le libre arbitre, la liberté de conscience, la liberté politique, qui se sont traduits par des révolutions 29.
On ne peut pas supposer le rien, quand on est soumis visiblement à tout.
Interprété comme la faculté de penser sans contrainte, le libre arbitre est une idée juste, dérive d'un droit naturel que le plus cruel tyran ne saurait anéantir ; il faut tuer l'homme pour l'empêcher de penser à sa guise 30. Mais, entre penser, qui est promener son intelligence dans l'infini et donner une forme visible à sa pensée, l'exprimer, l'inoculer, la publier, il y a la différence de l'État naturel à l'État social.
M. de Lamennais 31 a fort rigoureusement établi que toute opération de l'esprit qui n'aboutit pas à une affirmation est un acte stérile, la négation de l'esprit.
Le libre arbitre consisterait à pouvoir affirmer; mais l'homme n'affirme que relativement. Dans l'État
naturel, il affirme ou se décide par rapport à entourage.
Philosophiquement, pour affirmer, il faut connaître tous les rapports et ici la raison est sujette à de lon^s examens.
Affirmer, c'est agir, et agir, c'est vivre. La vie est soumise à des milieux dans l'état naturel absolu (un homme seul dans une île) et, dans l'État sauvage, elle est déjà soumise à des lois. Ainsi toute action qui est l'affirmation parlée ou traduite en faits est forcée d'obéir à des rapports, elle est bon
Robinson, dans son île 32, trouve des animaux, il les tue à son profit; il rencontre un homme, il le tue; il obéit à son libre arbitre (toute idée religieuse supprimée), il ne dépend de rien. Remarquez qu'il a tué sous l'empire de causes cogitantes. Il ne pouvait peut-être pas ne point tuer.
La nécessité de demeurer paisible possesseur, etc..
Robinson débarque dans une île où il y aurait des sauvages, trois familles seulement, il y aurait déjà <1< B lois sociales.
Pour trouver le libre arbitre sans en faire un nonsens, il faut mettre Selkirk 33 dans son île qui est le Robinson vrai, et encore il y a des causes déterminantes dans les milieux où il se trouve, ce qui équivaut à l'absurde.
Buridan, homme de sens, avait démontré cet absurde par sa fameuse demande sur le choix d'un âne entre deux mesures égales d'avoine.
Il y a plus. Beaucoup de peuplades ont été trouvées sans la faculté de penser.
La pensée a ses lois, et ses lois sont dues à la société, car penser a été la conséquence du langage et le langage est une conquête de la société.
L'homme n'est puissant qu'en société.
Les cent langages les plus parfaits examinés chez les Sauvages ne vont pas au delà de l'expression des besoins, ils ne peuvent servir ni à comparer ni etc.. La langue hébraïque et la langue du nord (l'Orient et l'Occident) ont commencé par un très petit nombre de mots ; l'origine de ce langage scindé en deux serait facilement suivie pas à pas si la science rétrospective s'en était occupée au lieu de s'engager en des choses inutiles comme...
Les progrès de l'écriture, qui sont au langage ce que le langage est à la pensée, sont presque retrouvés aujourd'hui. Le commerce, assis d'abord sur les rivages de l'Asie Mineure et de l'Afrique, y est pour beaucoup de signes.
La numérotation qui est la démonstration de l'infini n'a pas été complétée en un jour. On sait que Pythagore a découvert des rapports entre les nombres.
Sous certains rapports, le progrès est possible dans des limites données, mais, dans Tordre n lu ieux et politique, il n'y a pas de progrès possil le, car idées sur lesquelles elles reposent sont justes, complètes, absolues34.