‹ Un janséniste en exilChapitre 110 sur 146 · fut, en effet, échangé contre le duc d'Ormond · texte numérisé non relu

fut, en effet, échangé contre le duc d'Ormond

2. L'un des deux, le duc de Montmorency, se jeta au-devant de son père, lorsqu'on le visait, et recut le coup. Sa blessure lui fit quitter le service.

d'Orange fait bonne mine à mauvais jeu. C’est un malhabile homme de s'être amusé à envoyer un grand détachement de ses troupes en Flandre pour avoir des

contributions, et de s'être exposé par là à être défait

comme il l’a été. Il ramasse auprès d'ici son armée.

Le maréchal de Luxembourg a envoyé un détachement jusqu'en Gueldre mettre tout sous contribution, et dans la mairie de Bolduc. Il s’est rendu maître de Maeseyck, ville appartenant à Liège, qui est sur la Meuse en-dessous de Maestricht. Elle est très propre à fortifier, s'ils y demeurent. Voilà la Meuse fermée des deux côtés par Huy et Maeseyck, les villes de Maestricht et de Liège entre deux.

On compte quarante vaisseaux marchands pris de la flotte de Smyrne, outre trois ou quatre de guerre et un grand nombre de brûlés et coulés à fond. On dit Belgrade attaqué par les Allemands. Le prince de Bade est si bien retranché qu’on ne le peut attirer au combat.

Voilà une feuille contre le libelle du Nestorianisme renaissant.

Le livre du Culte de la Vierge, de M. Baillet!, est sorti sain et sauf des mains des examinateurs qu'avaient donnés M. l’archevèque. /

Les nouvelles de Paris disent le P. de La Chaise fort malade d’une grosse fièvre. |

Quesnel à du Vaucel 21 août 1693.

La bataille s’est donnée, et néanmoins nous sommes en sûreté. On dit que nous sommes presque à la veille

1. De la dévolion à la sainte Vierge et du culte qui l'ui est dû, in-12, par Adrien Baillet, prêtre et bibliothécaire de M. de Lamoignon. Ce livre excita quelques rumeurs, car il désapprouvait ouvertement bien des pratiques autorisées par l'Eglise.

oct blé

Pre

d'une seconde bataille, car les armées sont entre Mons et Bruxelles, disposées à en venir de nouveau aux mains. Les Allemands de delà le Rhin sont retranchés jusqu'aux dents, et il n'y a pas eu moyen de les attirer au combat. On désole tout, cependant, et on met tout sous contribution. M. le Dauphin avait dessein de donner bataille, et rien de plus. Nous avons les oreilles rebattues de tous ces faux bruits de trahison. Les alliés font arrêter tous ceux qui rendent leurs villes pour couvrir leur honte. Ils l'ont fait à l'égard des officiers qui ont rendu Roses et Huy, comme ils l'avaient fait aux gouverneurs de Mons et de Namur.

Il n'y a point eu de secrétaire du duc de Bavière exécuté; mais un musicien le fut, il y a un an, après la bataille de Steinkerque, parce qu'il était gagé des Français pour leur donner des avis.

Les deux fils du maréchal de Luxembourg, le duc de Montmorency et le comte de Luxembourg, ont été blessés à la bataille de Nerwinde, tant il est faux que le premier soit prisonnier à Milan. C'est un marquis de Fosseux!, qui est du nom de Montmorency et de qui on disait qu'il ne le portait pas, mais qu'il le traînait. Le duc de Savoie a été obligé de se retirer de devant Pignerol et du fort de Sainte-Brigide, après y avoir perdu mille à douze cents hommes.

C'est une injustice étrange que celle qu'on fait au révérend Père général de l’Oratoire. On doit juger par là, à Rome, combien le fantôme du Jansénisme fait de mal ; car c’est sur ce que M. de Paris a fait entendre au roi qu'il est un des chefs de ce parti, et c’est par la même imposture qu'il retient en prison le P. du Breuil, à l’âge de plus de quatre-vingt-deux ans.

1. Léon de Montmorency, marquis de Fosseux, colonel du régiment de Forez.

Quesnel à M*° de Fontpertuis

Liège, 13 septembre 1693.

Si vous aviez le cœur serré, ma très chère sœur, quand vous nous avez quittés, Je vous assure que le mien était désolé doublement de perdre sitôt la consolation que Dieu vous avait envoyée dans votre personne, et de vous voir partir si incommodée, parmi tant de dangers et par un si mauvais temps et une si méchante voiture!. Je ne saurais vous laisser aller plus loin sans vous le dire et sans vous témoigner, pour ma part, que votre visite m'a été un régal fort consolant et dont notre solitude se réjouira longtemps. Dieu veuille récompenser la sainte amitié que vous avez pour notre cher Père abbé et de la part que vous voulez bien m’y donner! J'espère que celui qui vous à donné tant de courage pour vaincre les obstacles de l’entreprise et toutes les fatigues du voyage vous donnera, pour le retour, la santé, te forces et la RRGIEAES dont vous avez bein

Nous ne serons point en repos que nous ne vous sachions arrivée à bon port. Si vous avez, sur la route, occasion de nous donner de vos nouvelles sans vous embarrasser, n'y manquez pas, je vous en conjure. Ce sera pour notre cher Père et pour nous tous un grand soulagement. Que n'’ai-je été en état de vous accompagner, pour vous rendre les petits services dont je suis capable, durant un voyage si pénible pour vous ?

J'ai été ravi de trouver quelque chose qui ait pu vous garantir d'une partie du froid auquel vous serez exposée dans un temps si bizarre. Mais je vous en prie, ma bonne sœur, de me faire l'amitié tout entière et de ne

1. M de Fontpertuis avait accompli le long voyage de Paris à Liège pour revoir encore une fois M. Arnauld.

pd L

parler point de le donner à personne des miens, à Paris. Je vous assure que vous me mortifieriez étrangement, si vous refusiez de le garder pour votre usage. Point de façon, Je vous en supplie; la liberté avec laquelle vous en userez sera pour moi un gage de votre amitié.

Adieu, ma très chère sœur, je vous souhaite, pour votre voyage, un Raphaël visible ou invisible, qui vous conduise, vous guérisse et vous ramène chez vous, pleine de santé et de Joie.

Quesnel à M°° de Fontpertus

91 octobre 1693.

Notre cher patron (Arnauld) se porte beaucoup mieux. Les remèdes lui ont fort bien fait. Sa fluxion est passée. Sa dysurie n’est plus rien ou presque rien, et je n'ai pas vu qu'il ait eu aujourd'hui aucune douleur. Cependant je le vois fort occupé de l’autre vie. [l se nourrit de la parole de Dieu et de la prière beaucoup plus qu'à l'ordinaire, et il fait de ses infirmités l'usage que les élus en font, qui est de les regarder comme des avertissements de penser à la mort. J'espère que les préparations n’empêcheront pas que Dieu ne nous le conserve encore plusieurs années.

Quesnel à M*° de Fontpertuis

18 novembre 1693.

Je m'étais réservé de penser un peu à ce que vous m'aviez mandé de la grosse dame ; mais je suis plus résolu que jamais à ne rien recevoir d'elle.

Il m'en roule bien des raisons dans l'esprit. Il y a bien des gens, de ceux qui font profession d’une droi-

ture gauloise, qui ne voudraient accepter quoi que ce soit de personnes qui s’enrichissent des deniers publics et dont le bien demeure toujours comme embarrassé par la nature de leurs emplois. Car, quoique ces personnes agissent, comme je le crois, avec toute sorte de probité et qu'ils ne prennent que leurs droits, il est difficile toutefois de ne pas regarder leurs richesses comme la sueur et le sang du peuple, attendu qu'ils profitent des charges que l’on met sur toutes choses et qu'ils remplissent leurs coffres pendant que tous les autres s’appauvrissent. Je ne les Juge point, c’est Dieu qui les jugera. Cependant je suis bien aise de ne me point embarrasser et de conserver sur cela la liberté et le repos de ma conscience. Quoi qu'il en soit de cette raison, j'en ai d'autres plus particulières. Son superflu est dû aux pauvres, et Je ne suis pas encore en état d'avoir droit au bien des pauvres; car ces sortes de personnes ne donnent pas avec prodigalité, et j'aurais peur qu’à l’occasion des libéralités qu'elle me ferait elle ne se resserrât à l'égard des pauvres.

Ensuite, j'ai exercé à son égard un ministère qui doit être exercé avec le dernier désintéressement, et, comme je n'aurais pas voulu, en ce temps-là, recevoir quoi que ce soit, ni vendre en quelque façon ma liberté ou mes soins, Je ne le veux pas faire maintenant ni recevoir comme des arrérages d’une charge qui doit être toute gratuite. Il peut arriver que je me trouverais encore un Jour dans le même emploi, et dès maintenant elle peut m'engager à lui donner des avis, et pour cela il faut avoir sa liberté tout entière.

Voilà ma disposition et ma résolution, sur quoi je vous demande, ma chère sœur, un silence et un secret inviolables. Pour elle, il faut éluder, avec votre adresse ordinaire, les propositions qu'elle pourrait faire, en lui représentant que je ne suis pas dans le besoin, que j'ai des amis; et cela n’est pas faux, puisque mon cher abbé

F dE

Te NO PE PC RER IE

Le

(Arnauld) m'a fait sur cela toutes les démonstrations de bonté, de générosité et d'amitié possibles, et dont j'ai le cœur très pénétré.

Quesnel à du Vaucel

29 janvier 1694.

Comme l'affaire du général! de l’Oratoire ne tient par aucun endroit à celle de la régale, j'ai peine à croire qu'on la veuille mêler avec celle-là. On ne sait point quelle raison le prélat aura employée auprès du roi. Mais la vraie raison est qu'il le hait personnellement, et il y a apparence qu'il aura fait entendre au roi que ce général n'est pas agréable à sa congrégation, qu'il empêche qu'on ne la puisse mettre sur un bon pied et qu'il y entretient Je jansénisme, en favorisant

ceux qui y ont inclination. Mais, tout coup vaille, ce

sera peut-être un moyen de faire dire pourquoi on le tient relégué.

On ne va pas vite en France à l'égard de M. David (Arnauld). Son neveu n'est pas hardi et ne fait pas valoir son crédit autant qu'il peut. Il a une lettre de l'oncle entre les mains; on verra ce qu’il en fera. Elle lui est écrite et est pleine de témoignages de respect, de reconnaissance et d’attachement.

La paix de Savoie est allée à vau-l’eau, et le prince d'Orange est venu, dit-on, sur notre marché pour un million davantage. On prétend que l’empereur la souhaite et que l’on ne désespère pas de ce côté-là ; mais le prince d'Orange, qui a obtenu de son parlement

tout ce qu'il a voulu, l’emportera peut-être encore à force d'argent. On dit qu'il y a, auprès de Florence,

Page 1