‹ Un janséniste en exilChapitre 109 sur 146 · DT OT PPT PU RU · texte numérisé non relu

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soixante ou quatre-vingts pièces. Il en a coulé à fond ou brûlé quarante-six et en a encore brûlé douze sous la tour de Gadix, devant laquelle je crois qu’il est encore, et à envoyé une escadre, sous le comte de Chateau-Renault, pour poursuivre le reste. C’est une terrible nouvelle pour les Hollandais et les Anglais.

Il pourrait bien y avoir aussi une bataille en Allemagne, les armées de M. le Dauphin et du maréchal de Lorges étant jointes.

Quesnel à du Vaucel 7 août 1693.

Pour votre histoire, je vous en donnerai deux autres. La première est que M. l'archevêque, qui allait autrefois faire ses visites si régulièrement chez M®° de Bretonvilliers, les fait maintenant de même chez la duchesse de Lesdiguières. Cette jeune veuve est, comme vous savez, l’héritière de la maison de Gondi, fort livrée à la mère abbesse du Fargis, dont je crois qu'elle était ou nièce ou proche parente, et à M"° des Gordes. C’est un esprit aisé à prendre. L’archevèque la trouve à son goût, et elle se plaît à la conversation de l'archevêque; de sorte que tous les jours, depuis cinq heures du soir jusqu’à minuit, il est avec la dame, et c’est une horloge pour le voisinage. On ne croit pas qu'il y ait autre chose que conversation. Cette dame disait une fois, en présence de plusieurs autres grandes dames de la cour, qui, peut-être, lui faisaient la guerre sur cette fréquentation, que la conversation de M. l'archevêque était fort agréable et fort belle. « Il est vrai, ajoutait-elle, qu'il veut quelquefois badiner; mais je vous lui pince le nez si serré qu'il n’a garde d'y revenir. »

M. de Grenoble, aux sermons de qui elle avait été gagnée, la dirigeait; mais je crois que cela est fini.

Ces conversations ont été rapportées au roi une fois, et Sa Majesté demanda au prélat ce qu'il faisait si longtemps et si souvent chez cette duchesse. Il répondit qu'elle avait été autrefois janséniste et qu'il travaillait à la désabuser, qu'elle était déjà sur un assez bon pied, mais que ce n’était pas l'affaire d’un Jour.

En voici pour l’autre personnage. Il y eut, à la semaine dernière, un an que M°° de Maintenon avait donné au roi l'Office de la semaine sainte, de M. Le Tourneux, latin-français. Le roi s’en accommodait fort. Le P. de La Chaise en fut averti, et, le jeudi, comme Sa Majesté était à ténèbres, le Père confesseur s’approcha, comme par curiosité, pour voir quel livré c'était, et, l'ayant vu, il dit qu'il valait mieux prier dans la langue de l’Église. Le roi avait peine à se rendre, disant que cela l’accommodait fort, qu'il n'entendait pas le latin. Le Père persista à dire qu'il y avait plus de bénédiction à prier en latin avec l'Eglise, retira doucement le livre des mains du roi et lui en mit à la place un autre qu'il avait tout prêt sous son bras.

La bataille a été fort sanglante. Le prince de Barbançon, le prince de Solms! et plusieurs généraux y sont demeurés, du côté des alliés. Du côté des Francais,

le duc d'Uzès?, qui n'avait point de commandement,

c'est un jeune homme; le marquis de Montchevreuil?, parent de M®° de Maintenon, et lieutenant général ou maréchal de camp, le prince Paul de Lorraine #, frère du prince de Commercy, ont été tués, et beaucoup

1. Henri Mastrick, comte de Solms, avait le gouvernement de Nimègue et la commanderie teutonique du baillage d'Utrecht.

2, Louis, duc d'Uzès, eut les deux jambes emportées. Il était colonel du régiment de son nom.

3. Lieutenant général et gouverneur d'Arras. « Un fort honnète homme, dit Saint-Simon, et un bon officier général. »

4. Jean-Paul de Lorraine, frère du prince de Commercyÿ, qui était passé au service de l’Empire. Le roi lui avait donné la confiscation de SONNITÈTE,

d'autres. Ce pauvre prince l’a été par la brutalité des gens de l’armée des alliés, à qui il dit qu'il avait un frère dans leur armée et offrant beaucoup d’argent; ils l’'assommèrent sans quartier, et on dit, en effet, que l’on avait crié de la part du prince d'Orange : « Point de quartier pour les Français ! »

Le duc de Berwick, fils naturel du roi Jacques, a été prisonnier 101. Je crois qu'il a été renvoyé en échange d’un duc anglais, pris par les Français !.

Le duc de Berwick à vu, dit-on, le prince d'Orange qui lui dit : « Monsieur, je plains votre malheur. » « — Monsieur, répondit le duc, je plains encore plus le vôtre. »

Le maréchal de Luxembourg loue la vigoureuse résistance des alliés, dans son billet au roi; et ici les Espagnols et autres du pays ne se peuvent lasser d’admirer l'intrépidité des Français et la manière dont ils vont au feu. Jamais déroute n'a été plus grande de ce côté-ci; mais 1l est revenu et ressuscité du monde qui avait pris la fuite.

Le prince de Conti a eu un coup de sabre sur la tête. Les deux fils du maréchal de Luxembourg sont blessés ?. |

Quesnel à du Vaucel

14 août 1693.

La gazette de Paris dit que les alliés ont perdu dans la dernière bataille vingt mille hommes et plus, tant tués que blessés, soixante étendards, huit mortiers et soixante-dix à quatre-vingts pièces de canon. Le prince

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