‹ Un janséniste en exilChapitre 116 sur 146 · SN PP · texte numérisé non relu

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Quesnel à du Vaucel

4 juin 1694. |

Ce que vous me mandez du second tome de l'ouvrage du sieur Soulié fait voir de plus en plus qu'un moine,

entèêté des opinions de sa communauté, est un animal bien incommode et difficile à gouverner.

Le prince d'Orange est arrivé près de Louvain, et M. le Dauphin est arrivé à Maubeuge, mardi dernier.

L'évêèque de Tréguier! ne mourut pas dans son carrosse, mais dans la chambre de M. Courtin, conseiller d'Etat, qui le fit sur-le-champ reporter dans son carrosse pour le ramener à son auberge.

M. l'abbé de Gesvres à été nommé à l’archevèché de Bourges. Le roi a dit à deux cent vingt abbés, qui s’attendaient à la distribution des abbayes vacantes, qu'il ne les donnerait qu'à Noël. On emploiera tous ke éCOnomats (dont M. d'Aguesseau a la direction depuis la mort de M. Pellisson) à secourir les pauvres. Une de ces abbayes est celle de Fécamp, qu'avait le grand-maître de l’ordre teutonique, et il y en a quatorze ou quinze autres.

Quesnel à du Vaucel

11 juin 1694.

Je commencerai par vous dire qu'il nous est arrivé une petite aventure un peu incommode. Ayant reçu mercredi dernier votre paquet, je mis, dès le soir, à la poste la lettre du prieur Arnault] avec celle ne Cardinal Albano. Mais nous apprimes, hier, que le courrier avait été détroussé par deux hommes masqués. Ce n’est point par ordre de la France, car ils peuvent ouvrir les lettres à Mons tout à leur aise; ce ne sont point aussi les Espagnols, ils les peuvent ouvrir chez eux, à Bruxelles. Mais c’est sans doute par ordre du roi Guillaume et des Hollandais, qui veulent savoir si on ne négocie point à leur insu et à leur préjudice; car la

4. Eustache le Sénéchal de Carcado (ou Kercado), mort, à Paris, le 15 mai,

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bonne intelligence est fort médiocre enjre eux et l’Espagne, et l'affaire de Liège ne contribue pas à les unir fort étroitement. Voilà cependant des lettres perdues, et il faut réparer au plus tôt cette perte. Je suis plus aise qu'elles soient tombées entre les mains des Hollandais que des Français, quoique, à vrai dire, les Français n'auraient pas connu les entremetteurs, tous les noms étant masqués aussi bien que ceux qui les ont enlevés; car j'avais envoyé le paquet par une voie particulière, et le nom même de celui de nos amis à qui on l'adresse n’est pas marqué. Il faut prendre patience; aussi bien ne nous servirait-il de rien de nous fâcher. |

Vous aurez déjà appris que le maréchal de Noaiïlles a remporté une victoire complète en Catalogne, au passage de la rivière du Ter!, sans qu'il en ait coûté plus de trois à quatre cents hommes. Il y a quatre mille cinq cents tués, deux mille cinq cents prisonniers; le général de la cavalerie, prisonnier : c’est un M. du Puis, liégeois, dont ils ont fait, en Espagne, un comte de Grigny. On a pris bagages, étendards, etc. Plaise à Dieu que ce soit un moyen pour faire la paix! Ge fut le même jour que l’on faisait à Paris la procession de sainte Geneviève. On ne lui avait demandé que de l’eau, et elle a donné de l’eau et du sang, et elle est venue au secours de sa patrie. Si, avec cela, elle pouvait attirer sur le royaume l'esprit de pénitence, et par ce moyen l'esprit de la paix sur toute l’Europe, ce serait sur la terre un témoignage complet du crédit que notre patronne a dans le ciel : Spiritus, aqua et sanquis. Ne me faites pas un procès, Je vous prie, sur cette application. Elle m'a échappé. La vérité est que, dès l’après-dinée et la procession, la pluie tomba abondamment; et je le remarquai ici, où nous en eûmes notre

1, Le 27emai,

part. Ainsi la victoire, le matin, et la pluie, le soir, sont deux bienfaits qu'il y à sujet d'attribuer à la protection de notre sainte bergère.

Quesnel à du Vaucel 18 juin 1694.

On publia, sur la fin de l’année dernière, un manifeste du roi Guillaume sur les ouvertures de paix qui se faisaient alors. Il est fort adroit, et la politique même paraît, en ce qu'on ne l’a débité que manuscrit ;

de sorte qu'on en tire tout l'avantage qu'on tirerait

d'un manifeste imprimé et avoué, et que l’on se conserve néanmoins la liberté de le désavouer, si cas y échoit. Il donne une assez belle couleur à la conduite de ce prince, qui, à la fin, s'offre, pour le bien de l’Europe, à descendre de ses trois trônes où on l’a élevé, pourvu que la France se réduise à la paix des Pyrénées.

Il fait des jésuites « les auteurs malheureux de tous les troubles d'Angleterre ». Dans la suite, il dit que quand on le sollicita de passer en Angleterre : « J'étais, dit-il, en Hollande, à la tête d’une armée nombreuse que J'avais levée, non pas à cette intention, comme on me le reproche injustement, mais pour soutenir, en Allemagne, les intérêts d’Innocent XI, pape, contre le cardinal de Furstenberg, ou, pour mieux dire, contre la France. Tout le monde sait les sollicitations que la cour de Rome me fit alors, les relations qu'elle eut avec moi par les intrigues de Casoni, les remises d'argent qu’elle m'envoya pour l'exécution de ses des-

seins. Tout le monde sait encore qu’elle me choisit, au

milieu des autres princes de l’Europe, pour SRE à la fortune et à la grandeur du roi de France.» J'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir ce morceau, et ilest bon que M. Casoni sache ce qu'on dit de lui dans le monde.

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