Archives d'Utrecht
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que depuis deux jours que je suis revenu de la campagne.
M. Gilbert, conseiller de la Grand'Chambre, est mort. M. Solus a fait banqueroute. C'était un homme d’affaires célèbre, estimé très riche. La réputation de ses prétendus grands biens avait mis dans la tête de quantité de personnes de condition de lui donner leurs filles ou leurs nièces en mariage, toutes les fois qu’il devenait veuf. Or il devenait veuf tous les trois ou quatre ans. Ainsi il en a épousé quatre ou cinq, qui toutes, ne lui ayant rien apporté et lui ayant beaucoup coûté, l'ont rumé à la fin.
L'affaire de M. le duc de Ventadour avec M°°sa femme a été jugée, Je crois, par le roi, sur le rapport de M. le prince et de M. de La Rochefoucauld. La femme se retire en un couvent avec douze mille francs par an, que son mari lui donnera.
M. l'évêque de Troves a voulu visiter le Saint- Sacrement dans toutes les églises des religieux de son diocèse; ils ne l'ont point voulu souffrir; il veut les excommunier tous. On dit qu'il a écrit sur cela à M. l'archevêque de Reims! pour avoir son avis, et qu il lui a répondu que cette visite du Saint-Sacrement dans ces églises-là n’était point en usage, et que les évêques devaient se contenter que les religieux se soumissent à être examinés et à recevoir des permissions limitées de prècher et de confesser.
M. le comte du Plessis quitte ses bénéfices pour épouser M'*° des Adrets, compagne de M'° de Fontange, quon ma dit que l’on appelait maintenant M°° de Fontange. La naissance d’un petit prince l'a, dit-on, damnée?. On dit que ce petit prince est mort.
1. Charles-Maurice Le Tellier, fils du chancelier, grand ennemi des jésuites, tomba en disgräce vers 1703, pour avoir été en correspondance indirecte avec le P. Quesnel, refugié en Hollande.
2, Sinon damnée, du moins tuée, car elle mourut des suites de ses
On cherche, à la Chambre des Comptes, quelque vieux compte de la maison d'une Dauphine, pour régler dessus le nombre et la qualité des officiers que le roi voudra donner à M°° la Dauphine future!. La nourrice de MS’ le Dauphin a demandé trois grâces: qu'elle fût la première femme de chambre de M"° la Dauphine, que sa fille fût femme de chambre, et que son mari füt contrôleur général de la maison. Le roi les lui a accordées toutes trois. On parle d’un voyage de la cour à Châlons, pour aller au-devant de M"° la Dauphine. On espère que le roi viendra passer trois mois à Paris. La reine d’Espagne, le premier soir quelle entra sur les terres de son royaume, reçut ce somptueux souper de la magnificence espagnole : on lui servit quatre œufs à la coque qui l’attendaient depuis quelques jours, deux soles, longues chacune comme la main, et un hachis de carpe. Le dessert fut du fenouil et de la coriante. M. le prince d'Harcourt,
qui était chargé de sa conduite, s’est lui-même si
malheureusement conduit qu'il avait perdu tout son argent, dès le départ. À Orléans, il emprunta l'argent qu'avait le fils de M. d'Harouïs, trésorier général des Etats de Bretagne, qui consistait en six ou sept cents pistoles qui furent perdues tout à l’heure. Il voulut, à Bordeaux, se consoler du malheur du jeu par la conversation des dames; il dit des douceurs à quelques Gasconnes. Madame sa femme en fut jalouse, et il y eut entre eux du remue-ménage. On prétend que M. de Balbazès a été jaloux de la sienne et que sa jalousie l’a rendu malade. M"° de Balbazès avait
couches, au monastère de Port-Royal de Paris, où la reléguait l'indifférence du roi. « Belle comme un ange et sotte comme un panier», disent les contemporains, dont quelques-uns accusent de sa fin M”° de Montespan, qui l'aurait empoisonnée.
1. Marie-Anne-Victoire de Bavière, qui épousa Monseigneur, le 1 mars. Elle était « laide et choquante », nous dit Me de Caylus dans ses Mémoires, et ne s'accoutuma jamais à la France.
d4 CORRÉSBONDANCE DÉ PASQUIER QUESNEL
cependant paru ici une femme très éloignée de donner ni amour, ni Jalousie.
On dit que M. Arnauld est à Rome, et d’autres ajoutent qu'il va être fait cardinal.
On dit que M"° de Clérambaud ne reviendra pas au Palais-Royal, parce qu'outre les mécontentements qu'on avait dit que Monsieur avait d'elle devant le départ de la reine d'Espagne, il lui est encore arrivé dans le voyage des choses dont onse plaint : par exemple, que la reine. d'Espagne, ayant eu besoin de 50 pistoles pour envoyer d'auprès les Pyrénées un médecin à milord Montaigu, qui était demeuré malade à Bordeaux, elle les lui avait demandées, à quoi la maréchale avait répondu qu’elle n’en avait point, de quoi la reine fut très chagrine. Cela donna lieu à M"° de Grancé de faire admirablement sa cour; Car, ayant cherché dans la bourse de ses amis trois ou quatre pistoles en chacune, elle fit Ia somme et l’apporta à la reine. Ce secours si à propos et toutes les manières dont elle a su user l'ont fait si fort aimer de Îa reine d’Espagne qu’on veut que le roi d’Espagne écrive à M. le maréchal de Grancé et à M®° la maréchale, . pour les prier de trouver bon qu'il la retienne en Espagne, où l’on dit déjà qu’elle épousera un grand.
On a fait une traduction des Petits prophètes que je n'ai point reçue. [l y a trois ou quatre volumes de Vies des Saints, où, dans la vie de saint Ignace de Loyola, est une très grande louange des jésuites.
M°° de Montespan a deux ours qui vont et viennent, comme bon leur semble. [ls ont passé une nuit dans un magnifique appartement que l’on fait à M®° de Fontange. Les peintres, en sortant le soir, n'avaient pas songé à fermer les portes; ceux qui ont soin de cet appartement auront eu autant de négligence que les peintres. Ainsi les ours, trouvant les portes ouvertes, entrèrent et, toute lanuit, grattèrent tout. Lelendemain, on dit que les ours avaient vengé leur maitresse et
autres folies de poètes. Ceux qui devaient avoir fermé les portes de l’appartement furent grondés, mais de telle sorte qu'ils résolurent bien de fermer les portes de bonne heure. Cependant, comme on parlait fort du dégât des ours, quantité de gens allèrent dans l’appartement voir tout ce désordre. MM. Despréaux et Racine y allèrent aussi vers le soir, et entrant de chambre en chambre, enfoncés ou dans leur curiosité ou dans leur douce conservation, ils ne prirent pas garde qu’on fermait les prémières chambres, de sorte que, quand ils voulurent sortir, ils ne le purent. Ils crièrent par les fenêtres, mais on ne les entendit point. Les deux poètes firent bivouac où les deux ours l'avaient fait la nuit précédente, et eurent le loisir de songer à leur poésie
Ni
passée ou à leur histoire future.
Quesnel à l'abbé Nicaise !
14 mars 1680 ?.
J’eus, Monsieur, avant-hier, l'honneur de saluer Madame votre belle-sœur et Monsieur votre neveu, qui me firent celui de me venir voir avec M. de Ham. Il n'y a rien de plus honnète ni de plus digne d’être servi; quand la cour sera de retour, on n’épargnera rien de ce qui sera en notre pouvoir, qui est bien petit. Vous savez que le P. Berthet, jésuite, qui demeurait auprès de M. le cardinal de Bouillon, s’est éclipsé, parce qu'il y a eu déposition contre lui pour commerce qu'il avait avec une Duval, qui a été arrêtée pour
1. L'abbé Claude Nicaise, antiquaire et chanoine de Dijon. Jamais homme de lettres n'eut une correspondance plus étendue ni plus constante avec les savants et les écrivains de son temps. Son bon cœur, sa douceur, ses manières obligeantes, lui avaient acquis l'estime et l'amitié de tous les partis. IL demeura plusieurs années à Rome et resta en commerce épistolaire avec les cardinaux Barbarigo et Noris, à son retour en France.