‹ Un janséniste en exilChapitre 122 sur 146 · FETE · texte numérisé non relu

FETE

Dole par

Quesnel à du Vaucel

10 septembre 1694.

Une marquise de nos amies, qui n’a jamais connu feu M. Arnauld que de réputation, a voulu faire faire un service pour feu M. Arnauld à un petit couvent du chant de l’alouette. Les ordres étaient donnés et quelques amis invités. Mais on sut, de la supérieure, que M. l’archevèque de Paris n’agréait pas qu’on dit pour lui des messes hautes, mais seulement de basses. Une personne, à qui la supérieure fit connaître ces ordres du prélat, dit sur-le-champ que M. de Paris avait raison et que cela était conforme à l'esprit de l'Eglise, qui ne veut pas que l’on prie publiquement pour les martyrs ni pour les personnes qui sont d’une sainteté reconnue.

Je vous envoie des stances faites à l'honneur du cher défunt, et un extrait de ce que le Mercure qgalant en a mis dans le volume du mois dernier. Il n’a pas osé en dire davantage pour ne pas blesser le prélat.

Quesnel à du Vaucel' 24 septembre 1694.

Jene désespère pas d’avoir un jour quelque compagnon de ma solitude. J’en entrevois un; mais il faut laisser passer l'hiver. Peut-être M. Ernest {Ruth d'Ans|le reviendra-t-il passer avec nous, après son voyage de France. C'avait été son premier dessein. Et puis la présidence et le doyenné avaient renversé ce dessein; mais, maintenant que la présidence etle doyenné sont eux-mêmes à vau-l’'eau, peut-être jusqu'à ce que l'occasion d’un nouvel établissement nous l'enlève, il demeurera dans l’hospice. M®° Vaës a fait tous ses efforts pour nous

obliger d'aller demeurer avec elle. Mais nous y serions trop bien d’un côté, et d'un autre nous n’y aurions pas la liberté, qui, à mon égard, est un trésor que j'estime plus que le reste et que je dois me conserver. On m'a persécuté pour aller à Liège. On m'a fort invité d'aller à Mons. Mais je suis un pauvre petit oiseau sans plume qui n’oserais sortir de mon nid. Il n’y a qu’une chose incommode ici, c'est que les vins de France y sont fort rares, fort chers, et ne valent rien. Celui du Rhin vaut vingt-deux la bouteille, c’est-à-dire environ vingt-huit, monnaie de France, et celui d'Espagne autant, à peu près. De sorte que, ne m'accommodant pas de la bière, j'ai pris le parti de boire de la tisane et de corriger sa qualité par un demi-verre de vin d'Espagne.

Quesnel à du Vaucel Le" octobre 1694.

Nous étions déjà couchés hier au soir, quand on nous apporta Îles lettres de M. du Til [Hennebel}, venues par Île courrier extraordinaire, et qui apportaient la nouvelle de la confirmation de l'élection de Liège. S'en réjouira qui le jugera à propos. Pour moi, je n'y prends aucune part, et je crois qu'il n’y a matière que de gémissement, quand on voit un jeune prince, chargé de quatre ou cinq évêchés, s’en charger encore d’autres, sans songer à s'acquitter d'aucun des devoirs d’un évêque, et passer la campagne à l’armée avec des gens de guerre, qu'il voit plus volontiers que des ecclésiastiques.

Le château de Huy, après dix jours de siège, s’est rendu aux alliés, le 28. Mais, en Catalogne, les Français ont pris Ostalric et Castel-Follit, et fait lever le siège

1. Leprince Clément de Bavière avait été nommé ete et prince de Liège, le 20 mars précédent.

de devant Ostairic, que les Espagnols y avaient mis. M. le Dauphinest retourné à la cour, et le prince d'Orange retournera bientôt en Hollande On dit que l'on a barde Dunkerque, mais on croit qu'on n'y peut faire de mal.

Tournez pour vous seul.

Il me semble que vous auriez bien fait d'écrire à M°°le Tanneur [M"° de Fontpertuis|, en cette occasion, une lettre de consolation. Elle a beaucoup de crédit sur l'esprit de M. l'abbé [4e Pomponne|, et celui-ci s'ouvre beaucoup à elle. Je crois vous avoir mandé qu’elle est légataire universelle; et, néanmoins, il y a des mémoires olographes qui marquent l’usage qu’elle doit faire des effectifs laissés par le testateur. Par l’un, M. de Fresnes! doit être maitre d’un certain fonds, quand il viendra; mais je crains que ce ne soit pas chose si proche. Si cette personne en est jamais le maître, 1l n’en profitera pas d’un sou, et son intention est que M. de la Rue [du Vaucel]en ait la meilleure part, parce que ça été l'intention du testateur, quoique il n’y en ait rien d’écrit. Comme nous dépendrons pour cela, en quelque façon, de la dame le Tanneur [M°° de Fontpertus]|, il est bon que vous lui entreteniez un peu sa bonne volonté. Elle pourrait aussi vous procurer auprès de M. l’abbé quelque pension ou quelque bénéfice. Je serais bien aise d’avoir copie de ce que le défunt vous a écrit de sa bonne volonté. Tout cela dans un grand secret.

Quesnel à du Vaucel 15 octobre 1694.

Je n'ai point vu les Gazettes de Hollande où l’on parle d’un homme qu’on met à la tête du parti. Il faut

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