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droit, ou sur des maximes pernicieuses et qui renversent le fondement de la foi catholique, telle qu'est la fausse prétention des partisans du formulaire, que l'Eglise ou le pape soit infaillible dans la décision d’un fait non révélé et qu'étant décidé par l'autorité de l’un ou de l’autre, il devienne un objet de foi divine qu’on ne puisse refuser de croire sans être hérétique. »
De le faire imprimer avec tout cela, c'est s’exposer à le faire condamner infailliblement, à cause des nouvelles défenses.
De le retrancher aussi absolument, cela serait contraire aux intentions du testateur, et son silence sur le fait porterait préjudice à la vérité.
J'ai pensé à un milieu, qui serait de laisser un petit vide avec un avertissement à la marge, ou à la place du vide même, où l’on dirait à peu près ainsi : « Par
respect aux derniers décrets du Saint-Siège et par.
l’amour de la paix, on à omis ici quelques lignes qui sont dans l'original, et qui concernent une contestation
sur laquelle Notre Saint-Père le pape désire et ordonne 4
que l’ongarde un profond silence pour ne pas réveiller les disputes assoupies. »
C'estune chose à quoi il faut penser plus mürement, de votre côté et du nôtre. Maisilfaut, par précaution, se garder bien de laisser prendre copie des paroles à supprimer, de peur que, si on venait à imprimer la pièce, des gens malins qui auraient ce supplément ne vinssent à le faire réimprimer et à y insérer ce supplément; ce qui gâterait
tout. Cetestament estsigné du 16 septembre1679, peu de temps après sa sortie de France. Je le lui ai fait confir- « mer et signer depuis de nouveau, sans y rien ajouter ;
. . LL ;] 2" mais Je crois qu on se peut contenter de la première date.
Dieppe a été bien plus mal traité qu'on ne l'avait dit; maisles ennemis n’en profitent guère, et des maisons de …
bois, d’où on avait retiré tous les effets, n’est pas une perte qui doive humilier la France,
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Quesnel à l'abbé de Pomponne!, à Rome k Bruxelles, 13 août 1694.
Quelque affligeante que soit la nouvelle que j'ai à vous annoncer, jai cru qu'il était de mon devoir de vous en ee directement. J'ai eu le bonheur detenir compagnie à feu M. Arnauld, votre grand-oncle, dans les dix dernières années de sa vie, etje viens d’être témoin de la piété avec laquelle il a consommé son sacrifice. IL l’a fait avec une plénitude de foi et d'espérance telle qu'on la devait attendre de celui qui en avait fait tout son trésor durant sa vie, et avec une abondance de paix, qui venait de l’abondance de la charité dont son
cœur était rempli, et qui était Le fruit et la récompense de la paix qu’il a toujours conservée au milieu des plus grandes agitations et des transes les plus violentes.
C'est une perte inconcevable pour l'Eglise; mais c'est pour lui un grand gain, puisqu'il a achevé sa course aussi heureusement qu'on le pouvait souhaiter, ayant été fidèle à Dieu jusqu'au dernier soupir, ayant marché avec persévérance dans la voie dure et pénible qu'il lui avait marquée, enfin étant mort sur la croix, sans vouloir écouter diverses voix qui le sollicitaient d'en descendre. Dieu vient de l'en détacher lui-même, et nous avons confiance qu'il le fait maintenant reposer dans son sein, après tant de travaux et de contradictions souffertes pour sa vérité et pour sa gloire de la part des hommes. Qu'il est heureux, Monsieur, de ne s'être attaché qu’à Dieu et d’avoir bien compris que c'était là son unique et véritable bien! Mihi autem adhærere Deo bonum est; ce sont les paroles que j'ai trouvées écrites de sa main au-devant
1, Petit-neveu d'Arnauld.
316 CORRES PONDANCE DE PASQUIER QUESNEL
d’un petit psautier de poche; il en avait fait sa devise, et toute la suite de sa vie a fait voir que ç’a été le grand principe de tous ses desseins et de sa conduite. Cela ne le rendait pas insensible à ce qui est des choses visibles. Il aimait sa famille, sa patrie, ses amis, et rien ne lui aurait été naturellement plus doux que d'aller finir ses jours dans leur sein et entre leurs bras, si l’ordre de Dieu ne s’y fût point opposé. Et y a-t-1l jamais eu un sujet qui ait eu pour son roi autant d’estime, de respect, de soumission, d'amour, de zèle, de tendresse, que M. Arnauld en avait pour le sien? Il s'était arraché plutôt que retiré de son royaume, pour les raisons qu’il en a dites lui-même au public, et il aurait eu beaucoup de joie de se voir, avantque de mourir, assuré que son roi n'avait plus rien dans l'esprit des mauvaises impressions qu'on s'était efforcé de donner de lui à Sa Majesté, et dans la liberté d'aller finir ses jours dans ses états. Mais il n’a jamais voulu faire pour cela la moindre démarche qui püt donner atteinte à sa fidélité pour Dieu, ou porter quelque préjudice à la vérité, ou scandaliser ceux qui la défendaient avec lui. I n'ya pas longtemps qu'il nous disait encore : «II faut mourir ici! » [Il yvest mort, en effet, dans les sentiments d'un véritable enfant de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et dans la communion du Saint- Siège apostolique et de tous les évèques catholiques, comme il à toujours vécu. Il n’a pas été longtemps malade et n’a pas même été alité un seul jour entier. Une fluxion sur la poitrine, à quoi il était sujet, commença à l’incommoder le jour de la fête des liens de saint Pierre, premier dimanche de ce mois; mais c'était encore peu de chose, qui ne l’empêcha de dire Ja messe les deux jours suivants, comme il faisait
1. En marge de cette lettre, Quesnel ajoute : « IL avait toujours conservé le portrait de Louis XIV dans une petite miniature qui ne sortait point de son bréviaire, »
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CORRESPONDANCE DE PASQUIER QUESNEL 5 à tous les Jours, à moins qu'il ne fût tout à fait malade. La fluxion augmenta le mercredi et le jeudi, et, les remèdes ne le soulageant point, l'oppression se trouva grande le vendredi. Son courage cependant nous trompait et nous endormait en quelque facon. Car, tous les jours de cette dernière maladie, il s’est levé à midi (hors le samedi qu'il le fit un peu plus tard), et il a même dit son bréviaire tous les jours de cette dernière semaine. On vit bien néanmoins ce dernier jour, vers le soir, qu'il n’y avait plus rien à faire que de lui procurer les derniers secours pour l'aider à offrir son sacrifice. [Il reçut les sacrements avec sa piété ordinaire, et environ à minuit et un quart, qui commençait le dimanche, il s’endormit tranquillement au Seigneur, pour ne vivre plus qu'à lui dans sa bienheureuse éternité.
Quoique toute sa vie ait été une préparation à ce dernier passage, Dieu lui a fait la grâce de s’y préparer plus particulièrement depuis quelque temps. Il y avait près de quatre ans qu’il n’était sorti de la maison où il était retiré, sans qu'il ait Jamais témoigné aucune peine d'une si grande retraite. Il ne pouvait y être que fort recueilli, et 1l ne laissa pas, l’année dernière, environ dans ce temps-ci, de se mettre encore plus en retraite pour se préparer à la mort par une plus grande assiduité à la prière et par une plus particulière application aux vérités de la vie du siècle à venir.
Il ne vous laisse rien, Monsieur, des biens de la terre; il en avait si peu que ce peu ne peut empêcher qu'il n'ait eu l'honneur de suivre, pauvre, Jésus-Christ pauvre. Mais l'exemple de son détachement et des biens et des honneurs et de tous les autres avantages du siècle sera pour vous, Monsieur, une grande suc-
cession, et qui vous enrichira par le soin que vous aurez
de la recueillir et de la faire profiter pour le ciel. Il ne tiendra pas à lui que cela ne s’accomplisse; car,
comme je suis témoin de la tendresse toute particulière qu'il avait pour vous, Monsieur, de la joie qu'il ressentait quand on lui apprenait quelque chose de vos progrès dans les études et dans la piété, du désir ardent qu'il avait que vous fussiez un jour en état de servir et d’édifier l'Eglise, je ne doute point aussi qu'il n'ait dans le ciel une application particulière à vous obtenir de Dieu les grâces nécessaires pour l’accomplissement de l'ouvrage de votre sanctüificalion et pour la perfection des desseins de Dieu sur votre personne. Quoique je vous sois inconnu, Monsieur, je ne laisse pas de joindre mes vœux aux siens, et de vous assurer que Je suis, elc. !.
Quesnel à l'abbesse de Port-Royal?
août 1694.
Pour ce que vous me faites l'honneur de désirer, ma réverende Mère, que j'aille mêler mes larmes aux vôtres à Port-Royal, je vous dirai que, comme je n'y vois pas de raison absolument et indispensablement nécessaire, je croirais être infidèle à Dieu si je faisais cette sortie. Je n'improuve pas celles des autres, quand elles se font dans la charité de Dieu et de son Eglise; mais je suis convaincu qu'il veut de moi une retraite générale et une application non interrompue aux devoirs réguliers et aux observances de notre état. J’ai eu le bonheur, il y a treize ans, de dire la sainte messe à Port-Royal avec une édification toute singulière ; le lieu m'est en
1. Nous trouvons le passage suivant, dans une lettre de du Vaucel à M. Codde, du 4 septembre 1694 : « L'abbé de Pomponne recut cette lettre avec une singulière sensibilité, la communiqua à plusieurs personnes en place à Rome, prit le deuil et alla faire part en cérémonial, aux principaux cardinaux, de la mort de son grand-oncle. » (Archives
Utrecht.)
2. La mère Agnès de Sainte-Thècle Racine, abbesse de 1689 à 1700.
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singulière recommandation, non seulement depuis la Fee particulière de notre maison, mais depuis que Je me connais, et surtout depuis qu’il a plu à Dieu me donner duelque sentiment particulier pour son auguste sacrement.
Quesnel à du Vaucel Fin d'août 1694.
Je suis, comme je vous l’ai déjà marqué, occupé à considérer quelle situation je prendrai pour l'avenir. Je ne songe point du tout à retourner en France, et il me semble que je me dois conserver ma liberté, afin que, si on s'avise de déchirer la mémoire de notre cher défunt et que personne ne se présente pour le défendre, je puisse, au défaut d’un autre, répondre pour lui. Car il est bien juste que celui qui s’est sacrifié pour les intérêts de Dieu, de la vérité, de l’Eglise, de l’innocence, de la justice, ne demeure pas livré à la calomnie, sans que personne se mette en peine de parler en sa faveur.
Parmi les diverses pensées qui me passent par l’esprit, je me figure que deux ou trois personnes unies ensemble pourraient, en ce pays, former une petite société et travailler conjointement à tout ce qui se présenterait de meilleur à faire pour l'Eglise. Il y en a un qui est un fort brave garcon, qui désirait passionnément se consacrer à celte sorte d'œuvres, et il serait ici maintenant, si on n'avait vu trop d’embarras, à cause de la guerre et des nouvelles défenses. Ce n'aurait été qu'un voyage cette année, et, l’année prochaine, il serait venu pour s’y établir. Il a beaucoup d'esprit, de piété et de bonnes avances pour l'étude. Il me paraît disposé, à mon égard, de telle manière que Je ne désespère pas qu’il conserve toujours la même pensée. Cependant je
n’y fais fond que de bonne sorte et je comprends bien que le changement qui est arrivé ici en aura dû faire beaucoup de ce côté-là. Il m'a aussi repassé par l'esprit ce que M. Dambez [Couef] m'avait écrit de la disposition où il se trouvait de se consacrer au service de la vérité en la manière que l’on jugerait la plus utile. Mais, après la perte que nous venons de faire, Je n'aurais garde de l'inviter à venir en ce pays, ni à s'engager à un genre de vie où il n’aurait plus le soutien que nous avions ici. Et puis je ne sais pas si ses affaires lui permettraient d'entrer pour son tiers (si on était trois) dans la dépense d’un ménage. Voilà quelques-unes des pensées qui me passent par l'esprit. Nous verrons avec le temps comment Dieu se déclarera et s’il fera naître quelque oCCasion qui nous fasse connaître sa volonté. Pourvu que nous la fassions, le reste ira toujours bien. Si je demeure seul, je tâcherai à me joindre avec quelqu'un de ce pays avec qui Je puisse vivre dans la retraite. Car je l’aime et je la dois aimer, puisque ayant déjà soixante ans le reste de ma course ne peut être long et que rien n'est meilleur que d'attendre le Seigneur dans le silence, la prière et les seules occupations qui aient rapport à sa gloire. Je suis déjà accoutumé à ce genre de vie. Il y a près de quatre ans que Je ne suis sorti du logis, qui est fort petit, et Dieu m'a fait la grâce de ne m être point ennuyé. En voilà assez pour un coup.
Quesnel à du Vaucel
27 août 1694.
Les armées sont décampées d’entre Louvain et Huy, où elles étaient. C'était à qui aurait l'honneur de demeurer le dernier. Le prince d'Orange a été obligé de décamper le premier. Il avait fait grande diligence
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pour se rendre maître du pont d'Espierre, sur l'Escaut !: mais M. le Dauphin, qui a décampé après lui, a si bien fait qu'il s’est allé camper derrière le pont d'Espierre. L'électeur de Bavière s’est présenté pour s’en rendre aussi maître. [ls se sont canonnés l’un l’autre, la rivière entre deux: mais l'électeur a été obligé de céder et de se retirer. On ne sait quel dessein ils ont, car ils paraissent en avoir quelqu'un, je dis les alliés : mais 1l est difficile, en présence d’une armée française, d'attaquer une place impunément.
Quesnel à du Vaucel 3 septembre 1694.
Vous savez, à l'heure qu'il est, ladésolante nouvelle du 8 d'août. On mande qu’onen est consterné dans le monde. On en est touché, à Port-Royal, au-delà de ce qu'on peut dire. J’en reçus hier des nouvelles de la pauvre nièce, pour la deuxième fois depuis ce coup assommant. Elle me parait fort alarmée de la nouvelle qu’elle venait de recevoir de la maladie du père de M. l'abbé (pour ôter toute équivoque) de M. de Pomponne. « Il y avait, ditelle, près de quinze jours qu'il avait eu quelque sentiment de fièvre »; mais on lui mandait qu'elle était fort augmentée et qu'il était tout à fait malade. Ce serait une grande perte, s’il venait faute de ce ministre.
J’ai aussi recu une lettre de la révérende Mère abbesse, du style que vous pouvez vous imaginer en cette occasion. Le bon M. Chertemps?, qui fut mis à la Bastille à l’oc-
1. Marche fameuse de Monseigneur et du maréchal de Luxembourg, entre Vignamont et le pont d'Espierre, du 22 au 25 août. L'armée fit quarante lieues en quatre jours.
2. Antoine Chertemps, prêtre du diocèse de Paris,chanoine de Saint- Thomas du Louvre (1649-1714), s’attacha, dès sa jeunesse, à la maison et auxamisdePort-Royal. Il avait été «embastillé », le26 juillet 1682, comme lil sortait de la messe. « 11 en fut si peu ému, dit le Nécroioge, qu'il
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casion de M. Arnauld, me marque que la plus grande joie qu'il ait est d'avoir souffert quelque case pour notre cher Père. «Je me dis encore, ajoute-t-il, que ne suis-je pourri dans un lieu où là ne de Dieu sur moi m'avait mis à son occasion, pour prolonger une vie si utile à l'Eglise et à tous ceux qui l’aiment ? » J'ai reçu les Maximes et Réflexions sur la comédie de M. de Meaux contre le P. Caffaro!, qu'il désigne seulement et qu'il malmène assez vigoureusement. Il y a un endroit, pages 8 et 9, dont M. Racine est fort mal content, et il me semble que ce prélat aurait pu se passer de parler d'un auteur vivant et d’une manière assez peu mesurée : « Si vous dites que la seule représenta- « tion des passions agréables, dans les tragédies d’un « Corneille et d’un Racine, n’est pas dangereuse à la « pudeur, vous démentez ce dernier qui, occupé à des sujets plus dignes de lui, renonce à sa Bérénice, que « je nomme parce qu ‘elle vient la première à mon « esprit. Et vous, qui vous dites prêtre (c’est le P. Caf- « faro), vous le ramenez à ses premières erreurs*. » On dit que M. Racine veut écrire. Mais pentes que quelqu'un se mettra entre deux. | Les Français sont maintenant bien Mie de Liège; ils sont vers Tournay et Courtrai, et les alliés vers
expliqua l'évangile du jour à l’exempt qui était avec lui dans le carrosse. »
1. Bossuet attaque le P. Caffaro à propos de son ouvrage, Lettre ow Disserlalion pour la défense de la comédie.
2. La citation donnée par Quesnel est très exacte. C’est le seul pas-. sage des Maximes el Réflexions où Racine soit nommé, mais non le seul où il soit visé. Plus d'un trait de Bossuet, contre les « beaux vers » ou contre «l’art d'émouvoir les passions dangereuses », semble destiné spécialement à Racine. Corneille n’y est pas non plus épargné. Le Cid
même ne trouve point grâce devant la sévérité de Bossuet. Quant à Molière, il est pris à partie avec une rigueur implacable, dans un
morceau éloquent et fameux, dont voici les dernières lignes : «Il passa
des plaisanteries du théâtre, parmi lesquelles il rendit presque le dernier
soupir, au tribunal de celui qui dit : « Malheur à vous qui riez, car vous « pleurerez! »
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Oudenarde. Il semble que les derniers aient quelque dessein, car ils ont fait encore débarquer à Nieuport trois mille Anglais, de la flotte de milord Berkley, qui menace avec ses bombes les côtes de France.
Quesnel à M. de Harlay!, conseiller d'État 3 septembre 1694.
Monsieur, après un silence de dix ou douze ans à votre égard, J'espère que vous voudrez bien me permettre de le rompre pour un moment. Ce n’est pas pour mon intérêt particulier, mais pour celui de deux personnes que vous avez honorées de votre estime et de votre amitié durant leur vie et dont je suis assuré que la mémoire vous est chère, et d’un troisième qui est encore vivant et au mérite duquel je ne doute point
que vous ne soyez bien aise d’avoir beaucoup d’égards.
On m'a écrit que l’on sollicitait auprès de M5: le chancelier une permission d'imprimer deux lettres de feu M. Arnauld, l’une à M. Du Bois, l’autre à M. Perrault. Jai été fort surpris de cette nouvelle, ne pouvant comprendre comment des copies de ces lettres ont pu tomber entre les mains de ceux qui les veulent rendre publiques, et étant bien informé que ce n'a jamais été l'intention de feu M. Arnauld de les faire imprimer. Vous jugez bien, Monsieur, par la
seule nature de ces deux lettres, qu'elles n’ont point
été faites pour le public. C’est un ami qui s'ouvre bonnement à ses amis sur quelques endroits de leurs ouvrages qu'ils avaient eux-mêmes soumis à son Jugement. Et il le fait avec d'autant plus de franchise et de liberté qu'il croyait ne parler qu'à eux, et qu'il était
1. Achille de Harlay, plus tard procureur général et premier prési-
dent. 11 se démit de sa charge en 1707.
assuré qu'il leur faisait plaisir d'en user ainsi avec eux dans le secret d’une lettre particulière. Cependant ce secret, qui devait être inviolable, comme faisant en quelque façon partie du droit des gens, ayant été, Je ne sais comment, pénétré par des personnes que je ne connais pas, va être produit au grand Jour et prèché sur les toits, si vous n'avez, Monsieur, la bonté de détourner ce coup, en représentant à M5' le chancelier les inconvénients qui peuvent naître de la publication de ces sortes de lettres. Car ce n’est pas seulement une injustice que l’on fait aux auteurs de livrer au public ce qu'ils ont dit à l'oreille de leurs amis, mais c'est ravir aux amis la liberté du commerce qu'ils ont droit d'avoir les uns avec les autres, et qui est si nécessaire pour la perfection de leurs ouvrages; c'est envier à la société humaine une des plus grandes douceurs qu’elle puisse avoir dans la vie; c'est jeter des semences de division entre les meilleurs amis, puisque quelquesuns de ceux-ci pourraient aisément s’imaginer que la publication de leurs fautes, qui ne viendrait que de l’avidité d’un libraire ou de l’indiscrétion d’un autre particulier, ne se serait pas faite sans la participation de l’auteur. De là les soupçons de collusion et de trahison à l'égard des amis ; d'où il est aisé de passer au chagrin, à l'inimitié, à la vengeance. Et enfin chacun se croira obligé de se tenir resserré et de vivre avec ses amis dans la plus grande réserve, de peur de voir ses lettres les plus secrètes courir les rues et d’avoir la douleur d'apprendre, par les affiches publiques, le sort bizarre des avis qu'ils croyaient ne donner qu'à un ami. Mais vous voyez, Monsieur, mieux que personne, combien cette conduite est contraire aux bonnes mœurs, à l'équité naturelle et au droit des gens.