M. Tanara
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à la justice. Il semble qu’il soit le procureur de leurs adversaires, et 1l se laisse tellement dominer par sa passion pour eux qu'il ne garde pas même les apparences d'équité et d’indifférence qu’un internonce devrait au moins garder, pour paraître tenir la balance égale. Il s’est imaginé que M. Hennebel et ses consorts lui ont rendu de mauvais offices à Rome, et il ne perd aucune occasion de leur faire sentir son mécontentement. Je vous ai fait déjà assez de jérémiades sur ce sujet.
On s’est trop tôt flatté de voir M. le cardinal d’Aguire grand inquisiteur, puisque c'est l’évêque de Cordoue qui l’est, selon les nouvelles du dernier courrier. Voilà un rabat-joie! L'internonce en aura autant de joie, car il n'était pas content du choix, qu’on croyait fait, du bon cardinal. Cependant celui-ci ne sera pas inutile en Espagne, et il pourra y donner de bons conseils. Il faudrait lui faire un bon mémorial, pour lui représenter et l’engager à représenter à la cour et aux Conseils l’état pitoyable où est réduite l’Église en ce pays. La source du mal est qu'on ne fait point des évèques capables de ce ministère. Les personnes de qualité n'étudient point; cependant c’est pour eux que sont ces dignités. Et, si elles sont données à d’autres, ce sont des misérables qui y entrent par de méchantes voies, et qui se gouvernent à proportion. Autrefois, les évêchés se donnaient à de vénérables savants et pieux docteurs ; aujourd’hui, ils ne sont que pour des ambitieux et des ignorants. Et ce qu'il y a de docteurs capables de l’épiscopat sont décriés comme des hérétiques, et il y en a encore bien peu de ce nombre-là, parce qu'il n’y a plus de liberté pour l'entrée de la faculté. Voilà donc les deux points capitaux sur Îlesquels il faudrait appuyer, si une fois le bon cardinal pouvait avoir l'oreille du roi et que l’on voulût bien songer à rétablir le bon ordre en ce pays. Le premier, de remettre en liberté l’Université asservie depuis si
longtemps par le moyen des calomnies dont on a accablé les meilleurs sujets. Le deuxième, de remplir les sièges épiscopaux de sujets de mérite et capables. Et, si on voulait une fois faire connaître qu’on ne donnerait point d'évèchés qu’à ceux dont le mérite serait bien connu et éprouvé, on verrait les personnes de qualité travailler à se rendre capables. On aurait d'autant plus de facilité de remplir ces places de sujets capables, pris d’entre les docteurs, qu'il n'y a pas beaucoup de personnes de qualité qui prennent le chemin de l’état ecclésiastique. Et, en effet, de six évêchés, en comptant Namur, il n'y a que celui de Malines et celui de Gand qui aient quelque naissance; les autres sont des sens de rien.
Je n'écris tout ceci que parce que je crois le devoir faire ; mais ce n’est pas avec beaucoup d'espérance que le cardinal trouve des ouvertures favorables pour tout cela, à la cour où l’on vend tout à deniers comptants.
Le roi Guillaume est arrivé en Hollande. Ainsi beaucoup de politiques, qui ne croyaient pas qu’il dût venir, sont trompés. Il n’a pas laissé de faire créer M. le prince de Vaudemont généralissime des troupes anglaises avec 100.000 livres d'appointements.
À moins que le cardinal d’Aguire n’ait des bénéfices en Sicile, quels revenus y peut-il avoir, lui qui est religieux ?
Tout est en mouvement pour former les camps. Les généraux sont arrivés en France sur la frontière.
Quesnel à du Vaucel 3 juin 1695.
Voilà le nonce de Turin mort. Celui d'ici n’y aspirera-t-il point? J’admire qu’à Rome on soit en peine de pourvoir à l'entretien d'un honnête homme en ce pays.
Ils ont tant de ressource. Il n’y à qu'à unir une bonne abbaye à cet emploi ou créer une pension sur un riche évêché. Je vois des gens qui en regorgent à qui on en donne. Le bon pape fait beaucoup de bien aux pauvres. Cela est bon; mais son devoir papal est préférable aux charités. Et une charité de pape est de mettre des gens capables de servir l'Eglise en état de le faire, et de ne se Jeter pas dans la nécessité de donner des emplois importants à des gens qui n’ont que de l’argent pour tout mérite.
L'assemblée du clergé se tient à Saint-Germain-en- Laye. M. de Paris y préside à l’ordinaire.
L’électeur partit hier pour le camp.
Voilà des thèses bien insolentes des jésuites d’Anvers. Ils en seront quiltes tout au plus pour être mises à l'index. Ne voit-on pas bien à Rome que ces gens-là sont incorrigibles? M. de Saint-Cyran disait bien qu’il faut les humilier, mais de manière qu'ils le sentent ; autrement on n’en viendra Jamais à bout.
J'ai lu tout entière l’oraison funèbre du maréchal de Luxembourg, par le P. de La Rue, jésuite. Rien n’est plus éloquent. Il y a même des choses fort chrétiennes. Voilà un extrait dont j'avais bien remarqué les paroles. Il donne plus de foi au maréchal de Luxembourg qu’à Corneille le centenier. On aurait de la peine à sauver l'extrait de pélagianisme. Il dira que, hors la grâce et la foi, il ne l’entend que de l’habituelle.
Quesnel à M*° de Fontperturs
1 juin 1695.
Nous pensons souvent à vous, et surtout dans cette saison où ce que vous avez de plus cher au monde est exposé à tant de dangers. Pour nous, nous sommes, grâces à Dieu, fort tranquilles au milieu des alarmes,
352 CORRESPONDANCE DE PASQUIER QUESNEL etje n'aurais jamais cru qu'on se pût trouver comme au milieu de 200.000 hommes avec le repos où nous nous trouvons. C’est Dieu qui nous donne la paix par sa miséricorde, et c’est à lui seul aussi que nous la demandons pour son pauvre peuple, qui en a tant besoin. Le roi va travailler, de son côté, à nous la donner. Fasse le ciel que ses conquêtes si glorieuses soient couronnées d’un don si nécessaire et si désiré!
Quesnel à du Vaucel 10 juin 1695.
La fortune des prétendus jansénistes ne va pas vite, comme vous voyez, et s’il est vrai que le cardinal d’Aguire ait ordre de demeurer à Rome, ou c’est une marque qu'on craint qu'il ne les serve à Madrid, ou peut-être la crainte ou l'espérance d’un conclave.
Ce que vous dites d’Albizzi! fait voir une âme bien vénale et bien artificieuse. Ce serait un autre artifice, si un officier refusait un présent d'argent comptant et en répandait le bruit, de concert avec le présentant, pour couvrir le jeu, et que cependant 1l reçût une bonne pension secrète. Mais je n’ai garde de juger personne sur Cela.
Je ne crois pas qu'on vous soupçonnât d’avoir voulu corrompre la cour de Rome. Quand, un jour, on viendrait à savoir les présents qui ont passé par vos mains, on verrait bien qu'ils ne sont pas assez riches pour acheter des suffrages.
Je ne doute point que l'ouvrage du R. P. Orosio [de Noris| ne soit quelque chose de beau et de bien vivement poussé. Je le plains d’avoir affaire à des écrivains si fort au-dessous de lui et dont la défaite lui coûtera