LOST
On me mande que M. de‘Baradas, évêque de Vabres, a accepté l’oraison funèbre de M. de Paris, au refus de quatre ou cinq autres évêques.
Toute la ville a été en Joie cette nuit, et on est venu frapper à nos portes à minuit et demi, pour nous annoncer que le château de Namur était rendu.
Il n'était pas rendu, mais il capitule, à ce qu’on vient de nous mander. On ne s’y attendait pas si tôt, car il n’y a que deux jours que l’on donna trois assauts en même temps à la Cassotte, ou la maison du Diable, au fort Guillaume et à la Terra nova, qui est, je crois, le château neuf. On avait emporté la contre-escarpe du fort Guillaume, après un grand carnage des assiégeants:; mais on n'avait rien pris du château. Il y a des personnes de qualité tuées : un comte de Rivera, vingtdeux capitaines bavaroïs et deux ou trois mille hommes, de l’aveu des gens deçà. Il y en aura eu, de l’autre côté, d’échinés aussi sans doute. Mais, ne voyant point d'apparence de secours, ils auront jugé à propos de se rendre de bonne heure pour épargner du sang et avoir
une composition honorable. M. de Villeroy est, avec
son armée, vers la Mehaigue, au seul endroit par où on peut secourir les assiégés. Mais cette rivière est débordée à cause des grandes pluies; l’armée des alliés est de l’autre côté. Quelle apparence de pouvoir passer une rivière assez rapide? On dit qu'il vint nouvelle hier que Calais a été bombardé et réduit en cendres. Il y en aura un peu à rabattre quand on viendra à compter. M. le pasteur me disait hier qu'il y a eu, ici, quatre mille six cents et tant de maisons détruites par le bombardement, et que cent millions ne répareraient pas la perte qui s’y est faite tant en maisons qu'en richesses. L'imprimeur de l'Année chrétienne y a tout perdu, et sept maisons avec ses livres et ses meubles. Ces pauvres gens ne pouvaient s'imaginer que les bombes viendraient Jusqu'à eux, et ils se moquaient de ceux
SO Re PP PS ES OO MP re et Re CNRS EN ONE LE OU LUN PONT STE OR
qui sauvaient leurs effets. On voit une assez grande résignation dans la plupart.
Dans la Vie de la Mère Eugénie, il y a, ce me semble, assez de quoi la faire condamner à one Il y est dit, deux ou trois fois, que le pape a condamné le livre de /a Fréquente Communion; que celui d’aujourd'hui a fait une bulle par laquelle il condamne Jansénius. Il y a beaucoup d'erreurs et de calomnies, et c’est ce qui m'avait fait croire qu'on pourrait le déférer à Rome, outre qu'il est imprimé sans nom d’auteur ni d'imprimeur, sans approbation, ni privilège. On m'avait mandé que le roi a réuni à la juridiction ordinaire du chapitre la juridiction du Fort-l’Evèque et autres, et qu'il avait donné vingt-cinq ou trente mille livres à l’archevèché de Paris pour le dédommager.
On arme à Toulon et à Brest, et on aura une puissante flotte en mer cet automne. L’amiral Russel n'a rien fait encore. [1 semble qu’on se défie de lui, puisque, selon les gazettes, on envoie, pour prendre sa place, le chevalier Roock.
M. l’archevèque défunt n'avait point encore nommé de supérieur à Port-Royal. M. Racine lui en parlant à Versailles dernièrement (comme neveu de la Mère abbesse), un évêque, qui l'avait vu parler au prélat, lui dit : « Que disiez-vous à M. de Paris? » — « Je lui demandais, répondit-il, un supérieur pour Port-Royal, et il me renvoie à... » L'’évèque lui répliqua : « Ayez un peu de patience. Il n'ira pas loin; n'avez-vous pas pris garde à son visage ? Cum esset pontifex auris ullius, dixit : Expedit vobis ut moriatur unus homo pro populo. »
La harangue de M. de Noyon*, dont j'ai vu le plan et l’abrégé dans le Mercure q galant. est un vrai galimatias.
1. Vie de la vénérable Mère Louise-Eugénie de Fontaine (1695), Francois de Clermont-Tonnerre,
C'est en quoi ce prélat excelle. Elle roule principalement sur les conciles généraux, nationaux et provinciaux, et, apparemment, c'est de quoi on n'est pas content à Rome. Il n'y a pas de période dans les écrits ou les harangues de ce prélat qui ne soit pleine de divisions en trois, semblables à celle que je viens de marquer. On dit que, dans la dernière maladie quil eut et où il reçut les sacrements, il désira que M. le nonce, M. de Paris et M. de Reims y assistassent, afin d’avoir trois témoins de sa foi, de la part du pape son patriarche, de son métropolitain et de son pasteur local!. C’estun or1iginal qui étourdittout le monde de son fatras delecture.
Pour nouvelles, la garnison sortit du château de Namur, le 5 du mois, et, lorsqu'elle fut environ à une lieue de cette ville, on arrêta prisonnier le maréchal de Boufflers par ordre du roi Guillaume. On a beaucoup raisonné sur la raison de cette infraction d’un des principaux articles de la capitulation. L'on croit que c'est pour l'affaire de Dixmude. L'on dit que l’on. envoya réclamer les prisonniers qui y avaient été faits, pour de l'argent selon le cartel, et que les Français ne les voulurent pas rendre, jugeant peut-être qu’il était bon d'attendre que la grande affaire fût décidée. Je ne sais ce qui en est, mais le maréchal est arrêté. On dit qu’il est encore à Namur. M. l'électeur de Bavière l'avait traité et lui avait fait beaucoup d'honnêteté depuis la capitulation. Il a été impossible de secourir Les assiégés, et tout le monde ici le soutenait avant la fin du siège. Il y avait une rivière débordée à passer, après quinze jours de pluie continuelle, en présence d’une armée, et après cela trois défilés à passer; ainsi les alliés
1. Cette douce manie s'étendit jusqu’à demander l’évêché de Châlons pour son neveu Francois-Louis de Clermont-Tonnerre, son grandvicaire depuis 1691, afin qu'on vit trois pairs du même nom. « L'évêché de Langres vint satisfaire ce goût de symétrie, dit M"° de Maintenon». (Correspondance générale, t. IV, p. 171.)
ee re
CORRESPONDANCE DE PASQUIER QUESNEL d'A
étaient bien sûrs de leur coup. On prétend qu'ils ont
bien perdu trente mille hommes, tant au siège qu’en
Flandre. Ils n'avaient pas encore pris une seule pièce
de conséquence. Ce sont les bombes qui ont pris le château, et non pas les hommes. Quel moyen de résister à une pluie de bombes et de boulets jetée par cent trente canons el par soixante ou soixante-dix mortiers ? Et ils ont eu cet avantage qu’ils ont bombardé le château et canonné par le dedans de la ville, ce que ne firent pas les Français, qui firent en un mois ce que les alliés ont fait en deux, et cependant ne perdirent de
tout le siège que cinq ou six cents hommes.
Calais a été bombardé, mais peu incommodé. La perte, supputée en détail, ne monte pas à 28.000 livres. Si on avait eu plus de soin et de prévoyance ici, on n'aurait pas élé désolé comme on l’a été. Quatre mille cinq ou six cents et tant de maisons détruites, treize ou quatorze églises ou chapelles, et pour cent millions de dommages, à ce qu'on dit ici. Cela fait une extrème compassion. Cependant on s'irrite plus que jamais de part et d'autre, et j'ai peur que la guerre ne devienne encore plus cruelle que jamais. Je salue avec respect messieurs nOS amis.
16 septembre 1695.
Je vous remercie, Monsieur, de la suite du dialogue. Si je m'en étais avisé, je vous aurais prié de ne pas rogner les feuilles et d’en envoyer plutôt moins à chaque fois; car c’est un exemplaire comme perdu, au lieu qu'on l'aurait pu relier, s’il avait été non rogné. S'il n'y à NOR d’inconvénient de votre côté à envoyer le reste, je n’en trouve point de celui-ci, et je crois que notre ami, à qui l'adresse se fait, ne le trouvera pas mauvais. Il
PERRET) PENSE Ce PE UE PME QT RES opte CR Ferre . ; À : . CACHE
serait bon de lui faire quelquefois quelque petit présent d'amitié, J'entends principalement M. du Til [Hennebel|, comme de quelques reliques! ou semblables dévotions romaines, pour madame sa femme qu'il aime bien. Ces sortes de marques de souvenir etde reconnaissance font passer bien plus doucement les choses. Le service qu’il rend est assurément considérable, et ce n’est pas toujours sans peine qu'il voit les gros paquets de decà. Comme il n’est pas le maître absolu, n1 le seul qui voie les choses, il le faut ménager.
Je viens de recevoir la liste des évèchés donnés : Limoges, à l'abbé de Canisy? (je crois que c’est une famille de Normandie, alliée au neveu du P. de La Chaise) ; Perpignan, à l’abbé de Flamenville?, grand sul-
1. Nous avons trouvé, au sujet de ces cadeaux pieux usités au xvir° siècle, une lettre assez amusante de M°° la duchessede Savoie à la R. M. abbesse du Val-de-Grâce. Elle lui envoyait le corps d’un saint qu'elle eut beaucoup de peine à faire partir pour Paris, « à cause de la grandeur de la caisse, qui était la raison pour laquelle aucun ne s'en voulait charger. Ce saint corps que j'envoie au Val-de-Grâce, ajoutet-elle, c'est au couvent que je le donne. Il a fait uneinfinité demiracles, en nombre très considérable et très avéré. Dites-le aux Mères, cela leur fera plaisir. Aussi une particularité que j'ai oublié de leur faire - savoir, c’est qu'ordinairement ces saints sont tirés des catacombes, e4 on leur donne le nom que l’on veut. Ce saint Victor a été trouvé avec son nom écrit dessus. Vous me manderez en quel endroit elles le mettent. » Turin, 29 juillet 1695. (Bibl. nat., ms. 23214.)
Malgré ces précautions, le saint Victor n'est-il pas apocryphe, puisque c'est à Marseille qu’il subit le martyre, en l'an 290?
2. François de Carbonel de Canisy donna, pendant la famine du Limousin, en 1697, des preuves éclatantes de sa charité. I1se démit, en 1106, à cause de sa faiblesse de santé.
3. Jean Hervé Basan de Flamenville ne fut pas un prélat aussi sulpicien que le craint Quesnel, mais plutôt indifférent aux querelles de parti. Nous avons cependant sousles yeux une lettre du 1° janvier 1718 à l’évêque d'Auxerre, qui le montre sympathique aux appelants : «Je vous confesse que l’usage continuel que je fais du catalan rend mon français si sauvage que je ne l’écris aux gens délicats qu'en tremblant. Je me flatte que vous assurez souvent S. E. le cardinal de Noaïlles de mon attachement pour sa personne, comme vous voulez bien quelquefois m'assurer qu'elle me continue son amitié. » (Archives nationales, Jansénisme L 18.)
picien ; Senez, au P. Soanen, prédicateur de l'Oratoire (cest un enfant de Riom en Auvergne, parent du P. Sirmond); Apt, à l'abbé de Foresta de Colonguet, grand-vicaire de Marseille, dit-on. On croit que c’est pour récompense de sa coopération avec l’intendant Le Bret. |
Ce que je puis vous dire, sur le sujet de la lettre de monsieur votrefrère,est que je crois que vous pourriez, sans rien craindre, retourner chez vous quand vous en aurez bien envie. Vous êtes extrêmement utile où vous êtes, et le bien que vous y avez fait vous doit consoler de cet espèce d’exil où vous avez vécu depuis treize ou quatorze ans. Mais, au bout du compte, le chemin de votre patrie vous étant ouvert par la Providence, il semble qu'elle approuvera fort que vous en repreniez le chemin; mais, comme rien ne vous presse, vous ferez bien, à mon avis, d'attendre le beau temps du printemps prochain. Peut-être que d'ici-là les affaires seront finies et que votre présence n’y sera plus nécessaire. Votre inclination au retour, jointe à la facilité qui se trouve à la suivre, semble marquer que Dieu vous remet en votre liberté. Les affaires de votre
famille qui demandent votre présence est encore une
circonstance qui vous invite à en user. Votre évêque est encore un interprète assez autorisé de la volonté de Dieu, et tous les mouvements qu'ils’est donnés pour faciliter votre retour, sans en avoir été prié, sont quelque chose de considérable. D'ailleurs, je vois bien qu'on est las des violences passées. Ceux qui en sont les auteurs voient bien que cela les rend odieux dans le monde et à la cour. L'occasion d'en rejeter la haine sur le prélat défunt est favorable, etlesieur Regnauld | P .de
1. Ce Foresta de Colongue, grand ami des jésuites et de « la morale relàchée », nous dit l'abbé Le Dieu dans son Journal (t. I, p. 82), fut le premier évêque qui condamna en France le livre des Réflexions morales de Quesnel, le 15 octobre 1703,
“SU A CHEAP PS pe LATE ST. D ET:
PSE ARMES LUE Eu FE
La Chaise], habile comme il est, sera bien aise de se faire honneur du retour de beaucoup de gens pour faire croire que le défunt a fait tout le mal et qu'il ne tenait pas à lui, sieur Regnauld, qu’on ne se fût abstenu de ces voies violentes et odieuses. Il voit peut-être bien aussi que voilà une nouvelle scène, que les principaux postes se trouvent remplis de gens qui peuvent parler et ouvrir les yeux au maître. Il est de la politique de les prévenir et de s’en faire un mérite. Je ne sais si c’est par ces vues que M. Rivette!, un des exilés de Douai, et qui était à Coutances, est rappelé. Son ordre est signé du 8 août, jour anniversaire de la mortde notre cher Père, et deux jours après celle de M. de Paris. L'époque est remarquable. Je conclus qu’il y a lieu de se fier à la parole du sieur Regnauld et du prélat. Quoiqu'il ne soit pas, ce prélal, un homme extraordinaire, ni par lui-même d’un grand crédit, on ne laisse pas de le considérer à cause de sa famille, qui est fort accréditée à la cour, au parlement et dans le. monde.
Vous savez maintenant le successeur de M. de Paris. On ne pouvait pas, ce me semble, mieux tomber pour la piété et la droiture. De dire s'il aura part aux affaires générales de l'Eglise, ni s’il aura toutes les qualités de tête nécessaires pour les reprendre par le fondement et les remettre sur un bon pied, c’est ce que je ne sais pas. |
Le roi avait dit qu'il mettrait un homme à Paris qui n'aurait rien autre chose à faire que de bien gouverner son diocèse, et, si cela est vrai, il semblerait que le roi n'aurait pas dessein de le charger d’autre chose.
4. Jacques Rivette, chanoine de Douai, exilé depuis 1691, à la suite de l'affaire de la fourberie de Douai. Appelant de la bulle Unigenitus, il fut interdit de toutes fonctions en 1123 et mourut en 1737, privé des sacrements. (Nécrologe de Cerveau, I, 296.)
CLR YVES NL EAU ES Q l CAT V L L *
Il est vrai que M. l’évêque d'Orléans! a été nommé aussitôt. C’est un prélat fort aimable et dont la bonté pour moi me semblerait inviter à lui en faire compliment, mais je ne saurais féliciter sur ce sujet-là un homme que je plains de ce qu'il se voit attaché à la cour par de nouveaux liens. J'aurai peut-être plus de peine à me dispenser, pour certaines raisons, d'écrire à Dom Antoine de Saint-Bernard [Noaïlles|; mais je ne me presserai pas. C’est ainsi que j'appelle le nouvel archevêque, qui accepte le fardeau le jour de Saint- Bernard, bon augure pour les religieux de cet ordre, et qui s'appelle Louis-Antoine. Dieu veuille qu'il accorde la conscience du grand Louis avec les affaires d'Antoine Arnauld, comme il unit leurs noms en sa personne!
N'a-t-on point envoyé à Rome le nouveau livre de M. Nicole contre les quiétistes? C’est un in-12, où il combat les livres censurés par feu l’archevêque de Paris sur cette matière. Son ordonnance est à la tête. Il aurait pu y mettre aussi celle de M. de Paris d’aujourd'hui et de M. de Meaux; mais le livre était imprimé du vivant du défunt prélat, qui n'aurait peut-être pas agréé cette union.
M. Lescuyer a raison dans sa lettre d’exciter M. Hennebel à poursuivre les réparations mentionnées. Il n'y a pas assez de vigueur dans sa conduite, et on abuse, à Rome, de sa douceur. On ne lui accorde rien, et on favorise les autres, parce qu'ils font les méchants et qu'on les craint.
1. Pierre du Cambout de Coislin fut fait cardinal le 8 août par Louis XIV, qui avait droit à une nomination après la mort de Harlay.Saint-Simon nous dit qu'à la cour «ilétait dans une vénération singulière > et nous en donne un attrayant portrait : « C'était un homme de moyenne taille, gros, court, entassé, le visage rouge et démêlé, un nez fort aquilin, de beaux yeux avec un air de candeur, de bénignité, de vertu, quicaptivait en le voyant, et qui touchait bien davantage en le connaissant. »
2 Nos, Li. SAS AU d 3 Gp Lt * 157 » i TOUS M
: des
: Ne
Quesnel à du Vaucel 23 septembre 1695.
Il n'y a point de nouvelles ici. Le roi Guillaume est en Hollande, aussi content de l'effet de ses bombes sur Namur qu'on l’est mal ici du succès des bombes françaises sur Bruxelles. Depuis le jour que les Français se retirèrent, l’eau a tellement succédé au feu qu'il a toujours plu, hors quelque peu de jours d'intervalle.
On espère toujours bien de Dom Antoine de Saint- Bernard [Noailles|. On dit même qu'il a donné de bonnes paroles pour la Viémur |Port-Royal|.
Vous savez mieux que nous ce que peut être devenue la flotte de Russel. Elle était revenue à la vue de Marseille ; mais un vent de commande l’a renvoyée, on ne sait où, et, cinq jours après, on ne savait encore de quel côté elle était allée.
Je ne sais encore comment nous pourrons faire venir M. du Chemin | Vanderstraet,. Une lettre où je lui mandais de venir par le plus court chemin a été perdue ou interceptée. Depuis, les choses n’améliorent pas. On est, ici, fort irrité. Je doute qu’on puisse avoir un passeport.
On parle même de chasser tous les Français et que quelques-uns ont déjà plié bagages. Il ne peut donc venir et entrer qu'incognito. Un homme un peu résolu et accoutumé aux voyages n'y aurait pas de peine; mais un étranger, qui n'est pas hardi, serait embarrassé. Nous verrons. M. Robert le chanoine est à Paris. Je l’ai chargé de ce paquet. Quoique M. du Chemin se doute qu'on pourra m'obliger de revenir, il ne laisse pas de vouloir faire le voyage; et peut-être serait-il bon, en ce cas-là, qu’il demeurât ici quelqu’un pour les gages, jusqu’à un certain temps, et
pour la garde des archives du monastère, qu'il ne sera pas facile de transporter en ce temps-ci.
L'Essai du Dictionnaire critique, non plus que le Dictionnaire mème, n’est point du sieur Le Clerc, mais du sieur Bayle, comme me l’a assuré M. Van Bond, qui connait particulièrement l’auteur et l’imprimeur.
Vous avez su la mort subite de l’évèque de Namur. On n'a point à espérer de bon successeur, n'y ayant aucun sujet qui vaille dans le pays, entre ceux à qui on pourrait penser.
Le maréchal de Boufflers a été relâché sur ce que l’on veut bien, en France, laisser rançonner les prisonniers de Dixmude, ce qu'on a toujours. voulu, pour la fin de la campagne où l’on est.
Quesnel à du Vaucel 30 septembre 1695.
J'ai lu, dans la lettre de M. du Til [Hennebel], ce qui à été mandé de Madrid par le nonce. On verra, dans la suite, si ce ne sont point des paroles sans effet. Depuis qu'on à fait espérer à Madrid qu'on enverrait ici des ordres conformes à ces promesses, on devrait en avoir vu quelques effets. Cependant le sieur Arcade [archevéque de Malines] est toujours aussi rétif que Jamais. Un honnête homme lui parlant du malheur du bombardement, il lui dit que ce n'était pas le grand mal, que c'étaient les jansénistes.
Tout ce que vous me marquez de votre lettre à monsieur votre frère me parait fort bien, et je vois que tout le monde espère un gouvernement tranquille sous le nouveau prélat. « On en attend toute sorte de bien (m'écrit « M. Nicole), mais ce n'est pas en la manière qu'on « tâche d'envenimer. On ne prétend point du tout qu'il « se signale dans les questions du temps, ni qu il favo-
«rise ce qu'on appelle le jansénisme; mais on prétend «qu'il ne fera rien de nouveau, qu'il n'aura point de « passions et qu'il édifiera l’Eglise par sa bonne vie. Cela «suffità des gens qui n'ont point de mauvaissentiments «pour lesquels on ait besoin de connivence. Pour moi, je «ne l’ai point encore vu, et je l’aime avec passion. Je « me souviens qu'il y a huit ans que Jj'assistais à un « acte de Sorbonne auquel il présidait. Il le fit de si « bonne grâce que je ne pus m'empêcher de lui souhai- « ter la place qu'il occupe. C'était une pensée sans espé- « rance et inutile; mais je n'ai pu m'empêcher de m'en « souvenir agréablement et, du reste, d’être plus sur « mes gardes que je n'ai jamais été, de peur qu'il ne
« paraisse de l’inclination, etc. » |
Voilà ce qu'écrit, de fort bon sens, un homme que l’on dit qui baisse fort el qu'on ne croit pas avoir longtemps à vivre. N’aura-t-on point envoyé à Rome son livre contre les quiétistes? Ce sera, apparemment, le dernier ouvrage de cet excellent auteur.
On est, à Port-Royal, dans un grand mouvement d’actions de grâces, quoiqu’on y tremble encore du péril passé. Ce misérable archevêque, comme un autre Aman, avait résolu la perte de ce pauvre petit peuple. Le jour était pris pour les disperser de côté et d’autre et dissiper cette sainte communauté. | n'a manqué son coup que de six jours, et vous voyez que Dieu la pris : en flagrant délit et l’a prévenu d’une manière qui fait paraître visiblement sa protection sur ces bonnes filles. Aussi sont-elles dans une parfaite reconnaissance. « Que dites-vous de ces six Jours, ma sœur? disait une d'entre elles à une autre. — Je dis, répondit celle-ci prestement, qu'il nous faut aimer Dieu six fois davantage qu'auparavant. » 40
Cela les met, en effet, dans un grand renouvellement de ferveur, et j'espère que Dieu récompensera leur fidé- … lité sur la signature. Il y a lieu d'espérer que le nouveau
Pat:
prélat les traitera avec équité. On me mande que le roi à été extrêmement surpris quand on lui a demandé le rappel du R. P. général de l’Oratoire. « Comment, dit-il, le P. général, et où donc est-il? » Et, ayant su qu'il y avait longtemps qu'il était exilé par son ordre, il en à paru chagrin. Ainsi on espère qu’il reviendra bientôt.
Quesnel à du Vaucel
1 octobre 1695
De l’humeur que vous me connaissez, vous jugez bien de l'accueil que j'ai fait au beau décret qui condamne un aussi bon livre que l’Année chrétienne!. Je
ne puis regarder ceux qui en sont les auteurs que.
comme les procureurs du diable pour détruire en son nom les œuvres de Dieu. Car c’est trop peu dire que de dire que ce sont des aveugles, quibus non subest scientia Dei, qui appellent le bien mal, et qui se rendent dignes de la malédiction et de l’anathème de Dieu, pendant qu'ils abusent de leur puissance pour excommunier ceux qui voudraient chercher la voie du salut dans unouvrage quil’a fait voir si purement. Si feu M. Arnauld était encore au monde, je crois qu'il mourrait de douleur. Car c’est un livre pour lequel il avait une estime infinie, par la vue du bien qu'il pouvait faire dans l'Eglise, et il en faisait fort exactement sa lecture, les fêtes et dimanches.
Que veulent-ils dire avec leur Donec corrigatur, au livre de la Dévotion à la Sainte Vierge? Il faudra leur aller faire la cour pour savoir ce qui leur a déplu.
4. Décret du pape mettant à l'index l’Année chrélienne, de Le Tourneux, et {a Dévotion à la Sainte Vierge, deBaillet, en date du 17 septembre 1695.
fes 29
Mais je gage qu'ils ne l'oseront dire. Que ces gens- JR sont méprisables, el que je vous sais bon gré d'en être
las ! Pour moi, je n'ai pas assez de flegme pour les voir
d'aussi près que vous faites,
Quesnel à Noailles, archevéque de Paris
octobre 1695.
Monseigneur, souffrez, s’il vous plait, que je me
mette en esprit à vos pieds pour y recevoir votre sainte
bénédiction, que je vous supplie de ne me pas refuser, et pour y renouveler la promesse solennelle, que J'ai faite à la face des autels, de vous rendre toute ma vie une fidèle obéissance comme à mon père, mon pasteur
et mon archevèque. Si je puis ajouter quelque chose
à un si saint engagement, je le fais, Monseigneur, de toute la plénitude de mon cœur, et je ne craindrai jamais de me {rop engager à une autorité dans laquelle
Je reconnais celle de Jésus-Christ, ni de me trop sou-
mettre à un Joug que votre charité pastorale rendra toujours doux et léger, et qui doit un jour faire une
partie de ma confiance devant Dieu. Je n'ose presque « dire que, dès maintenant, il fait le sujet de ma Joie, «
; ) > 200 pendant que J'apprends que le changement qu'il a plu à Dieu de faire en votre personne, Monseigneur, vous M
jette dans la frayeur et vous fait regarder avec une
nouvelle crainte ce surcroît de travail, qui, en effet, = doit faire trembler tous ceux qui l’envisagent avec les u
yeux de la foi. Mais c’est cette crainte même où nous
vous voyons, Monseigneur, qui fait notre joie, parce qu'elle nous est un témoignage de la lumière et de la grandeur de votre foi, une marque du choix de Dieu, «
et comme un gage de la miséricorde qu’il nous prépare
et de la None qu'il veut que nous espérions de à
voire ministère. Permettez-nous done, s’il vous plaît,
athée
Le hir te ESS PTE ein ts D RD RCE r A ' : 1 " Vs Le
Monseigneur, des sentiments qui sont en nous des effets de l’espérance chrétienne, spe gaudentes. Car, comme elle est fort différente de la joie du monde, qui ne considère dans les dignités de l’Eglise que ce qu’elles ont d'éclat et d'avantages temporels, aussin’est-elle pas incompatible avec la crainte et la frayeur que la sainteté de ces dignités et les périls inséparables de leurs fonctions impriment dans l'esprit de ceux qui vivent de la foi. Non, Monseigneur, nous n'avons garde de trouver étrange que vous disiez avec un grand pape ce qu'il disait dans une semblable occasion : Domine, audivi auditum tluum, et timui; consideravi opera tua et expavi. Quid enim tam insolitum, tam pavendum, quam labor fragquh, sublimitas humili, dignitas non merenti ? Mais la même foi, qui effraie en faisant voir tant d'écueils où d’autres ont fait naufrage, rassure aussi par la promesse que Jésus-Christ à faite aux successeurs des apôtres, aussi bien qu'aux apôtres mêmes, d’être toujours avec eux jusqu'à la consommation des siècles. C’est pourquoi je ne doute point, Monseigneur, que vous n'ajoutiez avec le même pape: E{ {amen non desperamus neque deficimus, quia non de nobis, sed de ullo præsumimus qui operatur in nobis.
C'est mon devoir, quelque indigne que J'en sois, d'élever sans cesse les mains au ciel pour atlirer ce secours de Dieu sur votre personne sacrée et parliculièrement sur les prémices de sa nouvelle administration. J'espère que sa gràce my rendra fidèle, aussi bien qu’à l'obligation que j'ai d’être, avec le plus profond respect et avec une reconnaissance toute particulière,
Monseigneur, de Votre Grandeur, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur et fils,
Pasquier QUuEsnez,
Prêtre de l’église de Paris, de l’Oratoire de Jésus,
Quesnel à du Vaucel 14 octobre 1695.
Je savais déjà la nouvelle du gratis de M. de Paris, que l’on dit être de 25.000 écus. C'est un présent que M le pape fait aux pauvres, comme on me le mande, etle nouveau prélaten feraapparemment meilleur usage que M les officiers de Rome à qui on arrache cette proie. Pour ce qui est des rappels, il faut attendre pour en juger. J’ai oui dire que le P. Quesnel n’est sorti de France que parce que feu M. de Paris ne voulut pas le M dispenser de signer certaine pancarte de l’Oratoire, et M qu'on lui fit entendre, par lettre du secrétaire de cette m congrégation, qu’en quittant l’Oratoire, s’il le faisait, 11 ne devait pas s'attendre qu'on le laissât en repos sur le M pavé du roi. Sur quoi il aima autant, dit-on, choisir M lui-même son exil, selon son goût, que d'attendre que d’autres lui en choisissent un autre, contre son gré. 1
Il n'y a pas sujet de craindre qu'on lui fit de la peine à Paris, s’il y retournait; mais, comme il n'aime point à changer de figure, s’il n'avait la liberté entière M de rentrer dans sa communauté sans payer aucun tribut « aux nouvelles décisions, je ne crois pas qu'il se pressàt M beaucoup de retourner, ou au moins de se mettre en … public. 1
Ces Français, que vous regardez avec des yeux de pitié, ne laissent pas d’enlever les chariots de Lou-M vain et de Malines. Vous dites que la campagne n'est pas trop triomphante pour eux. Je vous dis que leurs disgrâces mêmes sont triomphantes, et leurs pertes glo= rieuses. Îls ont rendu Casal, en Italie, mais parce qu’on À n’y pouvait pas aller, et cela après sept ans de blocus. Encore ne l’ont-ils pas rendu aux assiégeants, mais à son premier maitre. La ville n’était point à eux, maisla citadelle seule. En Catalogne, ils ont obligé une puis-"
sante flotte et une armée puissante de terre de lever le siège de devant Palamos. Ils ont obligé les Anglais et les Hollandais de se retirer de devant Dunkerque, sans rien faire et avec grande perte. Ils ont défendu Namur durant deux mois. Ils y ont fait périr 20.000 à 30.000 hommes et des dépenses excessives. Ils leur ont pillé la Flandre, enlevé deux villes, fait 10.000 prisonniers, ruiné la capitale du pays, etc. Cela n'est-il pas triomphant, à parler humainement, surtout ayant toute l’Europe sur les bras? En Allemagne, ils ont passé le Rhin et ravagé le pays ennemi, et ceux-ci n’ont pas osé le passer pour prendre leur revanche.
Je me divertis à vous riposter.
Quesnel à du Vaucel 21 octobre 1695.
Le sieur Albin [cardinal Casanate] ne saurait mettre d’emplâtre qui vaille sur une aussi grande plaie que la condamnation de l’Année chrétienne. Ces gens-là ne font rien de bon pour l'Eglise, et ils ne peuvent souffrirce que les autres font. Je ne sais comment ils croient qu'il y aille de leur honneur de faire des décrets qui ne seront point observés.
M5 de Châlons a reçu ses bulles à Châlons, le onzième du mois courant, dans la fête de saint Denis, premier évêque de Paris. Il a fait la démission de l’évéché de Châlons et s’est allé retirer à son séminaire, et on ne croit pas qu'il vienne se mettre en possession de son archevêché qu'après la Toussaint. On croit que monsieur son frère lui succédera ; c’est celui qui a quitté l’abbaye de Haute-Fontaine pour n'être point pluraliste. Il a chez lui, depuis six mois, un de nos amis qui s'appelle M. l'abbé Boileau. Ce n’est ni le docteur, ni le prédicateur, mais un excellent ecclésiastique sans degrés,
qui a été précepteur des enfants de M. de Luynes et. qui est dans une grande réputation desagesse, de capacité, de piété, et qui prêche même très bien, mais apostoliquement et solidement.
Il est vrai que l’archevèque d'Aix a eu l’abbaye que vous marquez, mais c’est en rendant celle de Saint- Taurin, d'Evreux. Le P. Soanen est un petit politique, : à qui le désir de faire fortune a fait tourner la tête, M J'ai été son meilleur ami, etje crois que cela est fait pour toujours. Il m'a écrit plusieurs fois ici. La dernière fois M que je lui écrivis, ce fut à l’occasion d’une maladie aiguë et prompte qui pensa l'emporter. Je lui mandai que j'en avais de la joie et que j avais eu, au contraire, de la douleur d'apprendre qu'il était sur la liste des évè- M chés; que j'espérais que cet accident lui ôterait du cœur
toutes ces pensées d’élévation; que c'était apparemment «
la dernière fois que je lui écrirais, parce que, s'il deve- « nait une fois évêque, je prenais congé par avance de sa M petite Grandeur, ete. Il ne me répondit point, et je luiai tenu parole. Il n’y a eu aucune nouvelle. M. l'arche- « vêque de Paris n’a dû venir à Paris qu'après Les fêtes. TI
a donné sa démission pour l'évêché de Châlons et s’est mis en retraite dans son séminaire. 11 y a un M. Boi=« leau, fort de mes amis et en général des gens de bien (c'est celui de l'hôtel de Luynes), qui est depuis six mois avec l'abbé de Noailles, son frère, qui a quitté l’abbaye de Haute-Fontaine et que l’on croit qui sera évèque de Châlons. Je sais qu'il prendra encore con- … fiance en d’autres personnes de mérite.
1. Quesnel jugera tout autrement, quelques années plus tard, l’admi- « rable caractère de M. de Senez, ce grand martyr du jansénisme. qui trouva de beaux accents indignés, lors des condamnations du P. Quesnel. « L'a-t-on cité? écrit-il. L’a-t-on voulu ouiïr? C’est un inn0= cent qu'ils veulent lapider et rendre hérétique, pour avoir voulu dire
trop de vérités. » (Lettres, t. I, p. 11-95.) Jean Soanen était né à Riom, en 1647. Il mourut, exilé, en 1740, après treize années de réclusion à
l’abbaye de la Chaise-Dieu.
nr : ras L'auteur de la Remontrance, en omettant les points
interrogants, lorsque la période est fort longue, suit le sentiment et la pratique commune. Les Marimes ont été imprimées sur l’imprimé d'Arras. Il y a beaucoup de personnes, auteurs graves, qui écrivent vérités, aimés, avec un 5, qui mettent procès, succès, exprès, comme vous le voyez, l'accent grave ou aigu faisant la distinction. Nous verrons ce que l’Académie en décidera. Voilà la Question curieuse augmentée.
Quesnel à du Vaucel 18 novembre 1695.
Je ne sais sije vous ai écrit l'attaque d’apoplexie qu'eut M. Nicole, le jour de Saint-Martin au matin. Non, c'était ce jour-là que je vous écrivais. On lui donna de l’émétique, et on lui à tiré seize palettes de sang. Il reçut le saint viatique, l'après-midi. On craignait que, s’il en revenait, il ne demeurât paralytique. Je viens d'en recevoir des nouvelles du 15. On l’avait cru à l’agonie, le 13 au soir; on lui donna quelques gouttes d'Angleterre qui le firent revenir'. Le 14, il fut de mieux en mieux, au moins jusqu à quatre heures du
soir, que celui qui m'écrit l'avait quitté. Il n’était pas hors de danger; mais il y avait plus à espérer. Il sortit
d'un assoupissement où il était, pour dire à un abbé d’un mérite distingué qui lui faisait compliment sur le
suecès du remède : « Je suis honteux qu’on ait donné
Er
à un coquin un remède fait pour les rois. »
Le nouvel archevêque de Paris prit possession de son
1. C’est la duchesse de Grammont qui lui avait donné les gouttes d'Angleterre. (Note de Quesnel.) Ces gouttes d'Angleterre, ou « gouttes noires », étaient à base d'opium. Le Dictionnaire de Trévoux y fait entrer les plus curieux mélanges, comme de la poudre de crâne de pendu, de vipères sèches, etc,
OR
Je NP Re
archevèché, la veille de Saint-Martin, etce même jouril fit distribuer 10.000 livres aux pauvres. Il a fait official M M. Joly, chantre; vice-gérant M. Dreux, sous-chantre, et promoteur un M. Chapellier, chanoine de Notre- Dame. Je crois que ce sont ceux que le chapitre avait
établis durant la vacance de ces mêmes places. M. Joly
est un savant, qui à été avocat et est néanmoins cha-
noine, il y à soixante-quatre ans; de sorte qu'il faut
qu'il ait au moins quatre-vingt-dix ans. Il ne laisse pas d'aller tous les jours à matines, à minuit, et de faire tout comme un jeune homme. C’est lui qui à fait le