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Communion, dontil est dit plusieurs fois, et par l'auteur et par la béate même, qu'il a été nue par le pape, que P. Nouet l’avait réfuté en six sermons. On s'étend fort sur l'obstination des filles de Port-Royal; on ne fait pas de façon de les comparer aux hérétiques. Il n’y a ni nom d'auteur, ni nom de libraire, ni approbation, ni privilège, et il est assez probable qu’on les a refusés. On le vend à la Visitation de la rue Saint-Antoine. Je suis persuadé que c’est l'ouvrage d’un jésuite. Cependant une des tourières de cette maison a dicté que c’est une M®° du Plessis qui l’a composé. Elle est fille de M. Marin, intendant des finances. Mariée à un M. Bon- « neau, séparée de son mari pour affaires de famille, ily a quarante ans qu'elle demeure dans ce monastère où elle a une fille religieuse; mais elle ne l’est pas ellemême. J'en demanderai un exemplaire sans reliure pour vous l'envoyer.
Quesnel à du Vaucel 29 juillet 1695.
Les alliés continuent le siège de Namur, et les Frans “. çais celui de Dixmude. Ceux-ci pourront aller ensuite à Nieuport, si on les laisse faire. Il se tue bien du monde à celui de Namur. Les Anglais ont été repoussés trois fois des derniers ouvrages qu'ils ont pris. Il y a un mois qu'ils sont là, et quinze jours que la tranchée est ouverte. Le roi prit la ville au sixième jour de tranchée ouverte, et le château en vingt-quatre. On dit qu’ils ont M fait beaucoup de retranchements dans la ville et qu'ils en disputeront le terrain pied à pied. M. de Boufflers A est dedans avec M. de Mesgrigny!, principal ingénieur À
1. Jean, comte de Mesgrigny, servit comme ingénieur dans la plu de part des sièges d'Italie et de Flandre. +24
après M. de Vauban, et gouverneur de la citadelle de Tournay, bon ami de M. Ragot [dom Gerberon]. On a bombardé Saint-Malo, mais avec peu de dommage, quoique les ennemis publient qu’elle est mince entièrement. Îls ont aussi bombardé Granville avec aussi peu de succès. Casal est rendu, non aux alliés, mais au duc de Mantoue.
Que ce serait de joie pour nous de vous voir apporter vous-même vos lettres en ce pays! Mais, puisqu'il faut pour cela que la paix soit faite, j'appréhende fort que ce ne soit pas sitôt. Je m'imagine pourtant, pour me flatter, que, Casal n’étant plus à la France, l’empereur se rendra plus facile à écouter les propositions de paix.
Quesnel à du Vaucel
Bruxelles, 12 août 1695.
Je ne prétends pas vous apprendre la mort de l'archevêque de Paris!. Vous l’aurez sue par un courrier extraordinaire, qu'on n'aura pas manqué de dépècher à la cour de Rome.
Elle arriva, le 6 au soir, à sa maison de campagne, où il fut frappé d’apoplexie qui lexpédia ?n forma brevi. On apporta, dès le soir même, son corps à Paris. Celui qui m'en écrivait, le 7 au matin, n’en savait pas davantage.
Les nouvelles écrites à la main, qui s’envoient en
Hollande deux fois la semaine et passent par Bruxelles,
marquent sa mort. On y dit ses belles qualités et, entre
autres, qu'il aimait le beau sexe, et qu'il avait cent cin-
1. Harlay de Champvallon mourut dans son château de Conflans, le 6 août, presque en disgrâce à la cour, et méprisé de tous. Le P. Gaillard, jésuite, fit son oraison funèbre. « La matière était plus que délicate, dit Saint-Simon. Il tourna court sur la morale. »
quante mille livres de rente en bénéfices, et qu'il avait été deux heures en apoplexie.
Le cardinal d’Estrées et M. de Meaux sont les deux que l’on croit y devoir avoir plus de part; et, comme le dernier ne manquera pas d’être demandé par M. le Dauphin, il n’y a pas d'apparence que le roi le refuse, outre qu'il est assurément le plus capable et le plus digne. Le roi refusa cependant M. le Dauphin pour l’'évèché de Beauvais, par cette raison qu'il ne serait pas homme à pousser à bout les jansénistes. Comme il n'y en a plus à pousser, cette raison ne vaudra plus rien. On n’en manquera pas néanmoins pour lui rendre de mauvais offices.
Vous serez bien surpris quand je vous dirai que les Français sont aux portes de Bruxelles depuis trois Jours, que l’on croyait, les deux dernières nuits, qu'ils bombarderaient cette ville, et que l’on s’y attend pour cette nuit. Ils sont campés à Anderlech, qui est à demi-lieue d'ici, et, cette nuit, ils ont pris un fort qui est à michemin entre Anderlech et cette ville, et les Espagnols, qui y étaient, ont été passés au fil de l'épée; car c'est l'épée à la main qu'on l’a pris. On disait qu'il y avait deux ou trois cents Espagnols ; d’autres disent qu'il n y en avait que cent. Comme on ne leur a envoyé personne pour les soutenir, ils n'avaient garde de ne pas périr. Vous me parlez de la consternation de Provence; mais cest une peur quin'est point suivie des effets, au lieu que la consternation où tout le monde est ici sera suivie, à moins d'un miracle, d’étranges effets. Car les bombes, dont les Français ont un amas prodigieux, tomberont sur une forêt de maisons où tout est quasi de bois. Ils sont sortis de Mons, en disant tout haut qu'ils allaient bombarder Bruxelles, et cependant on n’a pas pris de grandes précautions pour l'empêcher. On dit que les Français sont cent mille hommes ; d’autres au moins leur en donnent quatre-vingts. Le prince de
Wirtemberg est avec ses troupes à côté du camp des Français; le roi Guillaume est, dit-on, avec trente mille hommes de l’autre côté, et l’on disait tantôt qu’il s'avançait vers Notre-Dame de Halle. Comme il s'en faut bien qu'il soit assez fort pour attaquer les Français, il ny à pas d'apparence qu'il hasarde une bataille. L'électeur de Bavière continue le siège du château de Namur, qui, sans accident, ne se rendra pas sitôt. Il est, dit-on, fort chagrin de tout ceci, et il a grande raison. Il faut, pour prendre le château, qu’il le réduise en poudre, et on le lui offrait par la paix avec des conditions avantageuses. Et il voit, pendant cela, que l’on désole tout le pays, que la capitale va être mise en poudre et que tout cela se fait pour les intérêts du roi Guillaume. Nous avons les oreilles étourdies du canon de la ville, qui ne tire que d’un côté, parce que les Français ne sont que d’un côté. Mais c’est poudre perdue. Nous ne sommes pas ici les plus à plaindre, parce qu'on nous croit tellement hors la portée des bombes que tout le quartier d'en bas se réfugie en celui-ci; tout est plein. Tout le couvent des filles de [a Visitation est ici près, et d’autres de même. C'est cela qui est une grande désolation; mais elle sera bien plus grande quand le triste jeu sera joué et qu'une imfinité de familles ne sauront où donner de la tête. On croit que Madame l’Electrice sortira de la ville. Elle fit hier matin, ou la nuit auparavant, une fausse couche; ne le publiez pas. Si on voulait quitter le siège de Namur, je crois qu'on se désisterait du bombardement; et ce serait bien le meilleur; mais le roi Guillaume n'a garde d'y consentir. Cependant ce n'est pas chose sûre que l’on prenne le château; et, s’il est possible de le secourir, On n'y manquera pas. Il y en a qui disent qu'on ne le peut. On verra. Ce ne sera pas faute de monde; car il est encore venu un grand détachement des nue de Normandie, sous le ele de Choiseul,
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et un d'Allemagne, sous M. d'Huxelles ; et je doute que ce soit pour ne rien faire. Joignez à mille prisonniers de guerre qu’on a faits depuis la cam-
pagne commencée, un grand pays qu'on s'est ouvert,
des minutions en grand nombre qu'on a prises, beau-
coup d'argent, cinquante mille écus, qu'un parti a pris à Aix-la-Chapelle où il est entré, a passé au fil de l'épée ce qu'il y avait de garnison, a enlevé le trésor du marquis de Brandebourg, cinquante autres mille écus enlevés près de Louvain, quarante mille livres dans un paquebot. Voilà bien des nouvelles de guerre; mais nous y sommes jusqu'aux yeux: le moyen de n’en point parler?
On vous enverra aujourd’hui Les deux derniers grains qui n’en valent qu'un. Il reste quatre florins, qui sera joint au premier argent. Je crois qu'en ces onze quadruples vous trouverez tout.
Quesnel à du Vaucel 19 août 1695.
La désolation que je vous annonçais, il y a huit jours, ne s'exécuta pas la nuit suivante, mais le lendemain au soir, sur les quatre ou cinq heures. Elle commenca et
a duré les deux jours et deux nuits suivantes, jusque :
bien avant dans la matinée de la fête de la Vierge, qu'ils cessèrent. On ne saurait vous dire le désastre de cette pauvre ville. Bruxelles n’est plus Bruxelles!. C’est un amas de pierres où l’on ne distingue ni rues ni maisons,
1. Entrois jours, Bruxelles recut cinq mille bombes et douze cents boulets rouges. Plus de deux mille cinq cents maisons et douze ou treize édifices religieux furent brûlés, cinq ou six cents personnes tuées. « Jamais on ne vit un spectacle plus affreux, et rien ne ressemblait mieux à ce qu'on nous raconte de l'embrasement de Troie.» (Mémoires 3e Berwick, p. 342.)
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parce qu'iln”y en a plus dans le gros de la ville. L'hôtel de ville est ruiné et toutes les maisons d’autour, la tour de Saint-Nicolas ruinée, l’église rasée, les cloches et Le beau carillon fondus ; les Carmes chaussés, les Cordeliers, les Dominicains rasés, les Augustins ont eu peu de mal; l'hôpital, la Madeleine, “Na Géry, Sainte-Anne et re les rues où étaient ces édifices, absolument ruinés. Notre quartier, grâces à Dieu, n’a rien souffert. On y avait réfugié une partie des effets et des meubles de la ville. Tout le pare était comme un camp, où l’on était campé sous des tentes, dans des carrosses, ou à la belle étoile ; et c'était une chose bien triste de voir tout ce pauvre peuple transporter tout ce qu'ils avaient de meilleur. Nous eûmes pourtant peur, le dernier jour;
car on assurait que les Français changeaient leurs batteries et voulaient attaquer le côté qui n'avait été à la portée de leurs bombes et de leurs canons. Il nous en coûta un peu de fatigue et d’embarras pour vider les greniers et transporter dans le jardin, à la cave et dans la citerne, ce qu'il y avait de papiers, de livres et de meubles. La nuit fut terrible et toute la ville était en feu, aussi bien que l’autre nuit et les autres jours ; mais le mal n’approcha pas de nous; le quartier du Sablon où est la poste, celui de la Cour, du Conseil, de Sainte- Gudule, a été exempt du. mal. On dit qu'on avait fait compliment à Son Altesse que le roi avait ordonné qu'on épargnât la Cour. Tout cela s’est exécuté fort paisiblement, à la vue de deux armées qui faisaient près de soixante mille hommes. Le prince d'Orange s'était venu aboucher avec le prince de Vaudemont, son confident, à quelques lieues de la ville. L'on croyait qu'il venait défendre la ville en combattant les Français. Point du tout: il s’en retourna au camp devant le château de Namur, et envoya l'électeur prendre le divertissement de la tragédie, qui se joua le même Jour qu'ilarriva ici.
I s'en re hier matin au camp. L'armée de France
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est demeurée encore un jour campée au même lieu d'Anderlech, après quoi on dit qu’elle a pris le chemin d'Enghien. C’est assez celui de Namur. Il est venu un détachement d'Allemagne aux alliés et un aux Français. Si on se bat, le combat sera sanglant, et j'ai peine à croire qu'on ne se batte point.
Pendant qu’on bombardait Bruxelles, les Anglais et Hollandais ont voulu bombarder Dunkerque. Ils ont perdu quatre vaisseaux et n’ontrien fait. Trois vaisseaux de cent pièces de canon chacun défendaient le port et la rade et les ont désolés. Le mal qu’ils ont fait à Saint-Malo et à Granville est peu de chose. Il n’a pas tenu à eux de désoler les côtes de Bretagne, de Normandie et de Provence. Dieu les a confondus.
Vous savez mieux que nous que la flotte de l'amiral Russel a été étrangement maltraitée, qu'il a perdu huit gros vaisseaux, qu'on ne sait ce que sont devenus une douzaine d’autres, et que quinze autres ont été démâtés. Le roi, à l'heure qu'il est, a une puissante flotte dans la Méditerranée. Comme la rue de la Madeleine de Bruxelles à été rasée, il y a trois libraires presque ruinés : Lambert Marchand, et Fricx, et un troisième. Fricx y perd pour trente mille écus de livres; Marchand, sept maisons.
Le siège du château de Namur va lentement; il n’y a que deux ou trois jours qu’ils ont commencé à le battre, et on fait état qu'ils y ont déjà perdu près de vingt mille hommes. Et le roi n’en perdit en tout que six ou sept cents au plus, prit la ville en six jours et Le château en vingt-quatre. Tous ces bombardements sont une invention diabolique, et, selon les règles de l'Evangile, cela est abominable; mais, selon les lois de la guerre, on n'y peut trouver à redire. Outre le dommage, c'est un sanglant affront de voir la capitale du pays ravagée en présence du gouverneur et de deux armées.
L'on fit le 9, à Port-Royal, le service anniversaire de
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feu M. Arnauld, pendant que l’on enterrait M. de Paris dans sa cathédrale. M. de Pomponne, avec son fils l'abbé et son docteur, étaient au service de Port-Royal, où tout se fit très bien.
Nous ne savons encore qui sera archevêque de Paris.
Le roi (vous le savez) a donné sa nomination pour le.
cardinalat à M. l’évêque d'Orléans, bon ami de M. de Grenoble. M. de Reims sera proviseur de Sorbonne, M. de Meaux supérieur de Navarre, le cordon bleu à M. l'archevêque de Cambrai.
L'église de Sainte-Catherine n’a reçu presque aucun dommage de la bombarderie, et la paroisse a aussi été conservée. Le pasteur est malade ou convalescent à Malines, où M"° Vaës le mena le dernier jour du bombardement, parce qu'il ne pouvait dormir à ce carillon. C'était, en effet, une chose terrible que le bruit des mortiers, des canons et boulets rouges que l’on entendait siffler de tous côtés, et de ceux de la ville qui faisaient ce qu'ils pouvaient pour éloigner les bombardeurs, sans effet.
Quesnel à du Vaucel 26 août 1695,
Je ne sais si je vous ai mandéque, le même jour que l'on faisait à Port-Royal le service du bout de l’an de feu M. Arnauld,oùse trouva M. de Pomponne et M. son fils l'abbé, on enterrait, à Notre-Dame, feu M. l’arche-
vêque. On me mande que ce prélat était tombé plus de quinze fois en apoplexie sans qu'on en ait rien su,
parce qu'il avait défendu à ses gens d’en rien dire, SOUS
peine d'être cassés aux gages. Ce qui a fait, dit-on,
que, dans cette dernière attaque, il n'a pas été secouru
àtemps. On remarque que M. de Louvois, M. de la 1. 24
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Feuillade et M. de Paris, tous trois favoris du roi, sont morts fort prestement et sans sacrements.
Après avoir enterré le défunt, il lui faut donner un successeur. Vous savez déjà sans doute que c'est M. de Noailles, évêque de Châlons-sur-Marne. C’est un choix auquel tout le monde applaudit, excepté les intéressés. Le roi l’a fait mofu proprio, et on croit même que le Père confesseur ne l’a su qu'après le coup fait!. Il y a tout sujet d'espérer que ce prélat gouvernera bien son . diocèse. Le roi avait dit auparavant qu'il voulait mettre à Paris un archevêque qui n'aurait rien que cela à faire. Il est bien certain que ce prélat n'a point demandé, encore moins brigué, cet archevêché. Il était venu à Paris pour le sacre de M. de Cambrai et s'en était retourné aussitôt après à son diocèse. Après la mort de l’archevèque, il parait que le roi jeta les yeux sur fui, uniquement par l'estime qu'il fait de sa personne. Il lui envoya fort secrètement un courrier pour lui dire qu'il le nommait à l’archevêché de Paris. Il renvoya le courrier, en suppliant Sa Majesté de le dispenser de se charger de ce pesant fardeau,et le refusant absolument. Le roi lui envoya un second courrier, qui rapporta la même réponse. Le troisième courrier lui porta l’ordre de venir en personne dire ses raisons au roi. Il arriva samedi 20, jour de Saint-Bernard, ne fit que passer à Paris et alla à Versailles, après que le P. de La Chaise en fut parti pour Paris. On assure que ce prélat paraissait plus mort que vif, de l’angoisse où il se trouvait. Il fit tous ses efforts pour persuader M Sa Majesté d'accepter son refus, et leroi lui dit quilne « se rendrait point et ne se lasserait point de le lui
1. Louis XIV écrit de Versailles, le 24 août, au cardinal de Janson, son ambassadeur à Rome : « J'ai nommé l'évêque de Châlons à l’arche- M vêché de Paris. Je considère beaucoup les services que le feu duc de Noailles son père, le maréchal de Noaiïlles son frère, m'ont rendus et continuent de me rendre tous les jours. (Aff. Etr. Rome, 310.)
offrir, qu'il le préférait à tous les autres, parce qu'il le croyait plus homme de bien. Enfin il fallut céder du fardeau, le roi lui promettant tous les secours qui dépendraient de lui pour le soulager. La nuit du 20 au 21, Sa Majesté en envoya la nouvelle au R. P. de La Chaise, et on croit que c'était la première nouvelle qu'il en ait eue. On assure que la bonne duchesse de Noailles, sa mère (et en même temps sa fille, parce qu'il est son directeur et son confesseur) a été accablée de cette élévation; mais sa piété, me dit-on, est si lumineuse et sa foi si vive qu'elle lui fera concevoir l’espérance que le Souverain Pasteur, qui impose à son fils cette redoutable charge, aidera puissamment à la porter. On voit avec consolation, m écrit-on, que ce nouvel archevêque a les qualités qui ne se suppléent pas d’ailleurs quand on ne les a pas, et qu'il peut tirer d’ailleurs tout le reste. Il a l’innocence et la sainteté de vie éminemment, une piété et une ferveur qui ne se ralentit point, une égalité d'esprit peu commune, une tranquillité parfaite, une assiduité au travail et une vigilance toute épiscopale, une conduite et un ordre où rien ne se dément, ni ne se dérange.
Il s’en retourne à Châlons pour y demeurer jusqu'à ce que ses bulles soient venues, ne croyant pas assez canonique de se rendre vicaire général du chapitre de Notre-Dame. |
Je vous écris ce que l’on me mande de ce prélai, qui à très bien gouverné son diocèse. Cependant je ne voudrais pas qu'on le vantàt tant!. Il monte sur un grand théâtre où il aura bien des occasions de se faire connaître. Ce qu'on peut craindre pour lui est quil
1. Comme le craignait Quesnel, la solidité du caractère ne secondait
pas, chez M. de Noailles, la droiture du cœur et de la raison. Trop
souvent sa volonté faisait défection à sa conscience. Nous le verrons chef de parti; mais ce sera, ainsi que le dit le cardinal de Janson, « sans le vouloir ni le savoir ».
n'ait pas la force nécessaire au grand poste où il va ôtre placé. Mais, si Dieu l'y appelle, comme toutes les apparences y sont, il saura bien le revêtir de l’esprit de force et de conseil qui lui est nécessaire. Il y a apparence que le gouvernement de son diocèse sera son unique occupation, et qu'il ne cherchera pas à se faire des matières d'audience comme le défunt. Il n’a guère plus de quarante-quatre ans, est grand, bien fait et tout à fait aimable. Je pourrai, avec Le temps, vous dire quelque chose particulière qui vous le rendrait encore plus estimable; mais cela n’est pas encore mûr. Voilà un grand article; mais on ne fait pas tous les jours des archevêques de Paris si bien tournés. Il faut peu le vanter et beaucoup prier pour lui, afin qu'il ne manque pas aux desseins de Dieu, qui paraissent extraordinaires.
L'armée de France est vers Nivelle, tirant vers Namur qu'on prétend qu'ils veulent secourir, quoiqu'il soit fort difficile à cause de la situation. Les armées ne sont pas fort éloignées l’une de l’autre. On dit ici que le château est fort pressé, non par les travaux, mais par Les bombes et les canons qui jouent en‘un nombre prodigieux et font pleuvoir les foudres sur ce rocher-là. Cependant ni le fort du Diable ou la Cassotte, ni le fort Guillaume ne sont point encore emportés.
Vous témoignez que vous avez fait l'anniversaire, le mercredi d'avant votre lettre. Vous auriez donc oublié le jour. Car c’est Le 8 que notre cher Père nous quitta. On ne Île fit que le 9, à Port-Royal, à cause de M. de Pomponne.
Je vis dernièrement une partie de la désolation. M Elle n'est pas imaginable. On dit qu'il y a bien une M douzaine d’églises ou de chapelles à bas. La Gazette de France en a fait une relation en gros dans un article de Bruxelles, et, à la fin de la Gazette, une espèce d’apo- … logie, fondée sur ce qu'il y a deux ans que les alliés M
désolent les côtes de France; qu'on n’a pu faire cesser ces exactions qu'en usant de représailles; qu’on avait écrit au gouverneur avant que de faire celle-ci, en offrant de se retirer sans bombarder, pourvu que les alliés promissent de n’en plus faire autant, qu'on n'a point eu de réponse, etc.
IL a pris aujourd'hui une terreur panique en cette ville, sur un faux bruit que les Françaisrevenaient pour piller Bruxelles, de sorte que tout le monde était occupé à sauver ses meilleurs effets à Anvers. On ne trouvait point assez de barques pour tout charger, et on à été obligé d'empêcher que les barques ne se chargeassent de bagages. Il y a déjà deux jours que des gens y ont envoyé des meubles pour plus grande sûreté.
Quesnel à du Vaucel
2 septembre 1695.
M. Lescuyer étant venu ici dans le temps qu'on était près de finir le paquet, et m’'étant mis à causer avec lui, j'oubliais de donner cette lettre. J'en fus mortifié; mais ce que je vous disais, il ya huitjours, ne laissera pas d’être bon aujourd’hui.
Il paraît que le roi a été instruit sur l'importance de bien donner cet archevèché. On dit qu'il avait fait beaucoup prier Dieu pour cela, et ila dit que, s'il avait connu au bout du royaume un plus homme de bien que celui qu'il a nommé, il l'aurait été chercher [à pour Île faire archevèque de Paris. C’est M. de Noyon, et non pas M. de Cambrai, qui a le cordon bleu.
M. de Reims a été élu proviseur de Sorbonne tout d’une voix par soixante-treize docteurs de cette maison, entre lesquels étaient sept ou huit évèques, et le roi a nommé M. de Meaux pour la supériorité de Navarre.
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