ÉPITAPHE DU DÉFUNT ARCHEVÊQUE DE PARIS
+ Ci-gît un demi-cardinal.
Il fut parfait, selon nature.
En cour il fit grande figure.
Passant, n’en dis ni bien ni mal.
| Quesnel à du Vaucel
6 janvier 1696.
Le pauvre P. Thomassin mourut, le 24 du passé, à | Saisons âgé de soixante- dix-sept ans et devenu enfant. L'’évèché de Langres est donné à l'abbé de
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Clermont-Tonnerre, neveu de MS de Noyon!. Voilà trois pairs ecclésiastiques, de ce nom de Clermont: Laon?, Noyon et Langres. Celui de Châlons est donné, comme on s’en doutait bien, à l’abbé de Noailles, frère de M. l'archevêque de Paris, frère en piété aussi bien que par la naissance. C’est lui qui avait quitté l’abbaye de Haute-Fontaine et l’a fait donner à celui qui était grand-vicaire à Châlons et l’est à Paris, appelé Roannet. L'abbé de Noailles, sentant approcher le jour de sa nomination, dont il savait des nouvelles, a passé plusieurs nuits dans l’insomnie et dans les larmes. Voilà de bons évêques qui se font, et J'espère beaucoup pour l'Eglise de France.
Voici ce qu’une personne de considération, et qui voit des personnes bien informées, m'écrit du 31 décembre dernier. Il fait le Roulier [/e jésuite].
« Il se répand sourdement une nouvelle, mon révérend Père, à laquelle, si elle est vraie, vous ne serez pas insensible, nous aimant comme vous faites. On dit, et ce bruit ne vient que de très bon endroit, que les affaires ecclésiastiques ne passeront plus par les mains de notre révérend P. de La Chaise, mais qu'elles seront jugées au conseil des ministres, en présence de Sa Majesté. On ajoute même que le roi a dit qu'il s'était fait plusieurs affaires dont il avait grand sujet de se repentir. Nous appréhendons fort que les bénéfices ne prennent le même train et, si cela était, etc. »
Il ajoute qu’on dit qu'un P. Thierry, jésuite, a dis-
1. Henri-Louis de Clermont-Tonnerre, d’abord grand-vicaire de son oncle, fut ensuite évêque de Langres, de 1695 à 1724. Il était attaché au cardinal de Noailles et gémissait, en 1711, sur la demande dela bulle « qui achèvera de déshonorer l'Eglise de France». (Lettre au cardinal de Noailles.) Ce beau zèle ne dura guère. « 11 avait fait beaucoup de bruit avant le combat, mais fut le premier vaincu », nous dit d'Aguesseau. (Mémoire inédit, pp. 7 et 47.) Nous le voyons, en effet, parmi LES quarante acceptants de la bulle Unigenitus, en 1714.
2, Louis-Anne de Clermont- Chatte de Roussillon, |
paru et à emporté avec lui onze cents louis d’or neufs. Il ne faut pas encore répandre ces bruits, jusqu’à ce qu'on en ait confirmation.
Quesnel à du Vaucel 12 février 1696.
Voilà enfin la Réponse aux Lettres Provinciales!, que je vous envoie pour l’usage que vous en voudrez faire. Je ne l'ai que d'aujourd'hui. J'en ai acheté deux exemplaires. Celui que je garde est de même impression, acheté avec l’autre, et il n’y a que cette différence qu'il y a: à Cologne, chez Pierre Marteau, à l'Arbre-Sec. Nous en venons de lire le premier entretien, en nous promenant après le dîner, et nous n’y avons rien trouvé qui mérite réponse. Dès le 7 d’août 1694, on me mandait quil était imprimé et que le P. Daniel en était cru l’auteur. S'il trouve mauvais qu'on ait fourni des mémoires à M. Pascal, eux-mêmes en fournirent au comte de Bussy-Rabutin pour l’engager à réfuter les Provinciales. Car, lorsqu'il est à la Bastille, ils lui offrirent leurs services et le crédit de la société, en cas qu'il voulût entreprendre ce travail. Ce comte essaya de faire quelque chose; mais, voyant quil fallait quelque chose de plus que des paroles pour réfuter /es Provinciales, il abandonna l’entreprise et leur rendit leurs mémoires, en leur déclarant qu'il ne pouvait rien faire de bon sur cela. Il n’a point fait de façon de conter ce fait à tout le monde, depuis son retour de Bourgogne.
1. Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe. Cette édition de 1696 est la seconde, la première est de 1694. Bayle écrivait, le 26 août 1694: « La Réponse aux Provinciales, par le P. Daniel, a disparu quasi avant de paraître. Elle ne coûtait que cinquante sols, et l’on dit que l’on a offert un louis d’or de quatorze francs à tous ceux qui l'avaient achetée, s'ils voulaient la rendre. » On prétendit, en effet, que le P. de La Chaise et M, de Harlay firent tout pour supprimer l'ouvrage dès sa naissance,
C'était le P. Nouet qui était son confesseur à la Bastille et qui lui porta cette requête de la part de sa compagnie. Il est bon de savoir ce petit fait.
Je vous remercie du portrait du cardinal Noris. Il n’est pas trop beau garçon ; mais il a l'air d’un homme de résolution et d’une bonne tête. On pourra le faire graver à l'in-folio, et peut-être même à l’in-quarto. Si on en faisait quelqu'un plus ressemblant, il serait bon de l'envoyer.
Quesnel à du Vaucel
9 mars 1696.
Vous avez grand'raison d'y penser sérieusement avant que de reprendre le chemin de la patrie, et la face n’en est pas encore si riante qu'on ait sujet de s'assurer qu'on y aura satisfaction.
Le sieur Regnauld | P. de La Chaise], conservant son crédit, est plus maître que Jamais, parce qu'il n’a plus de contre-poids. Car le sieur des Arquins [M. de Harlay|, qui ne voulait point qu'il fût le maître, lui rompait quelquefois les chiens. J'ai peine à croire que Dom Bernard [M. de Noailles] ait dit quelque chose de malin contre Îles amis en général. Encore aurais-je peine à comprendre qu'on püût faire sur lui moins de fond que sur le défunt.
Je ne crois pas votre prélat un grand politique. S'il faisait fond sur le sieur des Arquins [M. de Harlay|, cest sans doute qu'il lui promettait tout, se réservant toujours de n’en rien tenir, et que l’autre ne promet peut-être rien, parce qu'il ne veut rien promettre qu'il ne soit en état de pouvoir exécuter, et ouil ne se sent peut-être pas assez fort pour cela dans ses commencements. Si on lui a fait entendre qu'il ne se mêlàt de rien que de ce qui regarde son diocèse, il
ne se veut peut-être aussi charger de rien pour ne se pas brouiller et se réserver pour les choses de son diocèse, qui iraient seules assez loin, s’il y réussissait. Il serait aisé de lui faire dire qu'à l'égard de ceux qui sont à Rome il doit mettre grande différence entre ceux-ci et ceux-là.
Il a couru ici des bruits, depuis dimanche dernier, dont je ne suis pas bien éclairci. Les premiers disaient que le roi Jacques était en Ecosse avec une armée de 40.000 hommes ; que c'était l’escadre de Jean Bart qui l'y avait mené ; et, après, d’autres ont dit que c'était en Irlande. Une autre nouvelle est que l’on a découvert une conspiration contre la vie du roi Guillaume; qu'on devait s'en défaire à la chasse; que le jour qu'il y devait aller il n’y alla pas, lui étant venu des dépêches; qu'un page ou officier à lui, qui était de la conjuration, croyant que ce qui empêchait ce prince d'aller à la chasse était qu'on avait découvert le mystère, s’accusa et ses complices, et en demanda pardon ; qu’on en avait arrêté plusieurs ; que le prince de Wirtemberg y est allé. Voilà ce qui court.
On ajoute que le duc de Berwick, fils naturel du roi Jacques, est passé de delà la mer.
Tous ces bruits qui courent me font croire qu'il y a quelque chose; mais, n'ayant vu personne qui m eût pu dire des nouvelles assurées, je ne vous assure rien aussi. La conjuration m'a bien la mine d'être une invention du prince. On en feint, de temps en temps, de semblables, pour avoir lieu de s'assurer de ceux dont on se défie et pour écarter tous ceux qui comploferaient quelque chose contre le gouvernement. On voit tout cela ordinairement s’en aller en fumée.
Le Jubilé a commencé à Paris le lundi de la Quinquagésime!, et il commencera ici lundi prochain.
4. « Nous avons un jubilé, s’écrie la duchesse d'Orléans, la chose est bien mal nommée, vu que rien n’est plus triste. Il faut être cons-
Quesnel à du Vaucel
6 avril 1696.
Je crois vous avoir déjà mandé que je ne suis pas seul. J'ai un bon petit flamand wallon, le meilleur enfant du monde, qui a demeuré quatre ans avec M. Hilaire [Huygens], et qui m'a prévenu par le désir qu'il a témoigné de venir ici dans le temps que je pensais à l'y inviter, voyant que M. Vanderstraet m'allait quitter. Ainsi c'est un don de la Providence. Ce n’est pas un génie de la trempe de M. Vander.…..; mais il a bon sens, du jugement, de la sagesse, est silencieux, fort doux, fort serviable, zélé pour la bonne cause, propre à aller de côté et d'autre, ce qui est une des choses plus nécessaires. Il a vingt-quatre ans environ et est fils d’un bourgeois de Lille bien accommodé. Enfin nous vivons, prions Dieu et conversons fort doucement ensemble, et j'en suis fort content. Nous disons même la messe ensemble. Mais ne l'allez pas dire à la congrégation des Rites ni à celle du Saint- Office. C'est-à-dire que tout ce qui se chante à l’église, nous le disons ensemble dans notre chapelle, à la messe, le Gloria in excelsis et le Credo, alternativement chaque verset. L'Introït, le Graduel, le Trait, l'Offertoire, le Sanctus et la Communion, quand je les ai commencés, il continue avec moi. Et pourquoi non ? Ÿ
a-t-il aucun inconvénient dans le secret de notre pro-
senque ? Tous les laïques le font bien dans l’église.
tamment fourré dans les églises, manger force poisson, jeüner et communier. Tout, en un mot, est ennuyeux. Le roi Jacques fera son jubilé en mer. » Marly, 1° mars 1696.
Quesnel à du Vaucel 27 avril 1696.
J'admire ce que vous dites des affaires du roi d’Angleterre et comment vous prenez d’abord le parti de le condamner, aussi bien que le roi et son conseil, en supposant sans façon une chose que vous ne devriez croire qu'après en avoir vu des preuves claires comme le soleil. Au lieu que toutes les apparences sont contraires et qu'il y a même des preuves très convaincantes, qui font voir que le roi Jacques n’a eu nulle part au complot d’assassinat, ceux qu'on a fait mourir pour cela l'ayant déchargé par une déposition de mort. Il y a eu des Aline entre le roi et ses fidèles sujets. Ils étaient ALT du dessein d’une descente. Quelquesuns avaient des commissions pour amasser des armes, des chevaux, pour lever des troupes, pour faire tout ce qu'ils pourraient pour favoriser la descente. Sur cela, des zélés, pour se distinguer et se faire un mérite, forment divers desseins, les uns d'attaquer le roi Guillaume en chargeant ses gardes avec quarante ou cinquante hommes bien résolus : ce qui pouvait aller à se rendre maître de sa personne, en même temps que Île rol prendrait terre. Cela était un peu chimérique ; mais il ny a point là d’assassinat. Il peut y avoir eu d’autres gens qui, par le même faux zèle et par un emportement qui est assez du génie de la nation, ont pris le dessein d’attenter à la vie de ce prince (ce qui est très criminel, quoique peut-être ils ne le crussent pas tel).
Il semble qu'un des trois exécutés ait été d’un semblable complot, quoique cela ne soit pas tout à fait clair. Mais, que les deux rois ni leur conseil aient eu
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part à un tel complot, c’est ce que je ne croirai jamais!. Les exécutés ont déposé tout le contraire. Au reste, vous vous étonnez trop aisément que je ne sois pas … informé, le 16 mars, du mauvais succès de l’entreprise. Où est-il, le mauvais succès? Nous ne savons pas le secret, ni vous ni moi, et il y a bien de l'apparence que l’on n’a point eu dessein de rien entreprendre qu'après l’arrivée de la flotté de la Méditerranée; que le roi Jacques cependant a levé l’étendard pour tenir tout en échec, pour animer ses sujets et leur faire entendre qu'il est prèt, pour tenir les alliés en suspens, pour rompre le coup à des négociations dans les cours étrangères, favorables au roi Guillaume et que cette démarche fait tenir en suspens, pour embarrasser le roi Guillaume, etc. Il faut donc attendre la flotte et ce que le roi Jacques fera. Peut-être l'affaire ne réussira pas et que le zèle indiscret et brutal de quelquesuns de ses sujets aura beaucoup nui à son dessein, à cause qu'il a donné lieu à arrêter beaucoup de gens et à faire prendre des précautions. Mais enfin il n'y a … encore rien de fait ni de défait, et Le roi Jacques attend. toujours sur les côtes. Il est à plaindre, et il n’y a point de catholique qui ne doive compatir à son malheur, puisque c'est compatir à la religion. C’est un prince qui a beaucoup de piété et qui a rejeté plusieurs fois des propositions qu’on lui a faites d'entreprendre sur la vie de son usurpateur. Cependant on l’accuse, on lui insulte, on le condamne. Et le roien a sa bonne part, et M. d'Amboise {M. de Pomponne]; et, à moins qu'il ne fasse une apologie publique, on croira qu'il à comploté avec des assassins. Nous n’allons pas si vite en Ces pays-Cl. 4 La flotte a passé le détroit. Celle de l'amiral Roock à 1. Madame écrit, elle aussi, à la duchesse de Hanovre : « Ici on nie
‘la tentative d'assassinat. Vous voyez par là que notre roi n'y a aucune part. » (6 avril 1696.)
\ “été obligée de revenir à Cadix se radouber. Le mar- quis de Nesmond, en se promenant, à pris la flotte d'Ostende sur les côtes d’ Espagne, qui est une prise de cinq ou six millions. Ce fut lui qui prit, l'année passée, ___ trois des cinq gros vaisseaux anglais qui venaient des : Indes et qui valaient dix ou douze millions.
Quesnel à du Vaucel | 4 mai 1696.
Il faut prier Dieu qu'il donne à Dom Bernard : es la force et la fermeté nécessaires. Ses in- - tentions sont bonnes; mais, pour entamer un homme aussi fort dans la confiance de M. Desmarets [Louis XIV] . comme est le sieur Regnauld [P. de La Chaise], il faut être bien fort, il faut se résoudre à attaquer de front un favori. Cependant ce que vient de faire Dom Ber- = nard ne vous déplaira pas. Vous avez oui parler du
P. de Fresnes [Quesnel] et d'un ouvrage de piété en : Date volumes in-8°, qui est, en bien des endroits, 1 assez fort, et que vous jugez bien n'être pas au goût des : D ou Pères. Ce Dom Bernard a mis dans la tôte à M. l'archevêque de Paris d'aujourd'hui de recomman- * der cet ouvrage par un mandement de quatre pages qui est à la tête, et où il dit de cet ouvrage plus de bien assurément qu’il n’en mérite. Il est vrai que ce n’est pas comme archevêque de Paris qu ‘il le fait, mais comme Ë évèque de Châlons, et que son nn est daté du . 23 juin 1695, qui est Le temps où 1l avait pris cette résolution.
Quesnel à du Vaucel
8 juin 1696.
La Relation du Capucin ne fait que confirmer ce qu'on ne sait que trop, d’ailleurs, de l’entètement des Espa- I. 26
gnols. Je ne m'en étonne pas. Cent mille bouches si nn ouvertes en ce pays-là pour publier que les jansénistes sont aussi hérétiques que Luther et Calvin; et iln’y en « a pas une qui veuille ou qui ose s'ouvrir pour dire le contraire. Tant que les Romains agiront aussi faiblement qu'ils font, on ne guérira point les entêtés. Ils font de petites démarches de rien, en deux ou trois ans, pour faire croire au monde qu'ils veulent faire 1 justice et pour endormir les gens et les tenir attachés à leur ceinture. I faut autant d'années pour en voir le succès, et tout cela, à la fin, s'en va en fumée. Dieu les bénisse ! À Vous savez maintenant que les flottes sont, l’une à Brest dès le 15 du passé, et l’autre sur les côtes d'Angleterre. Je vous admire de vous imaginer que celle. de France n'’osera faire tète aux deux autres jointes ensemble, comme si elle ne les avait pas déjà battues. Si elle ne se remet pas en mer pour cela, c’est qu'on a … peut-être d’autres desseins. Conme si la France ne faisait pas tête à tous les alliés, et supérieure partout! Demandez-en des nouvelles au duc de Savoie. Il y 8 É. déjà trois semaines qu'on les mange chez eux et us on y fait le dégât. 4 Le roi Guillaume est arrivé à l’armée des alliés, en.
Flandre.
Quesnel à du Vaucel 15 juin 1696.
Il y à aujourd’hui un mois que la flotte mouilla dans M la rade de Brest. Quand le roi d'Angleterre n'aurait M fait que cela, de lui donner moyen de repasser Le détroit, ce ne serait pas peu; or, sans la posture où il 4 s'est mis, elle n'aurait pu repasser, parce qu'il y avait une puissante eseadre qui devait aller renforcer la.