‹ Un janséniste en exilChapitre 138 sur 146 · PRE NE CRU DAT AQU PA M · texte numérisé non relu

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flotte des alliés à Cadix, pour empêcher celle de France de revenir dans ces mers. C’est peut-être tout ce qu’on a voulu pour maintenant, et c'est beaucoup que la flotte soit à portée. Avec le temps, on s’en servira. La France entend bien son jeu; laissez-la faire, et le duc de Savoie entend fort mal le sien. Le capitaine Jean-Bart, qui est avec son escadre dans la mer du Nord, et le marquis de Nesmond avec la sienne, d’un autre côté, font plus de mal qu'une flotte et désolent le commerce des alliés.

On dit ici que les Hollandais veulent la paix à toute force. S'ils la voulaient bien, il leur serait facile de la faire.

On parle du siège de Dinant, et, après qu'on l'aura pris, de celui de Charleroi. Le temps nous apprendra ce qui en sera.

Quesnel à du Vaucel 13 juillet 1696.

Je ne sais ce que c’est quune Marie d’Agreda!, pour le livre de laquelle on me mande qu’on doit s’assembler demain en Sorbonne.

M. Kerkré [Dom Gerberon] est un homme intraitable et qui n'a pas appris à vivre dans son cloitre. Il demeure ordinairement en cette ville. Il va faire, l'été, un tour en Hollande, et il a été plus longtemps cette année à cause de son livre de Baïus. L'auteur de la Défense lui envoya son manuscrit, composé alors de deux parties : la première, de la souveraineté des rois,

la deuxième, de l'Eglise romaine, bien plus courte

1. Célèbre béate, supérieure du couvent de l'Immaculée Conception, à Agreda, en Espagne. Elle écrivit le journal de ses visions, sous le titre de la Mystique Cité de Dieu, qui parut après sa mort, fut censuré en Sorbonne, en 1696, et condamné à Rome:

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plaint. On a continué à lui envoyer quelques nouveau-

alors. Kerkré [Gerberon|, au lieu de lui dire bonnement ce qu'il en pensait en bien ou en mal, le lui ren- … voya sans lui rien dire. On y renvoie. Il en dit tout là ; mal qu'il put à la fille qui lui fut envoyée, sans rien. écrire. Et, s'étant douté de l’imprimeur, il lui écrit ou. lui fait écrire pour le détourner, en lui blasonnant : l'écrit à sa manière. J'ai le billet. On ne s’en est pas

tés à voir, on lui a donné la Lettre aux Visitandines, le Mémorial, etc. Il n’a pas laissé de redoubler, en écrivant un second billet en flamand pour le même sujet à « l'imprimeur. On n’a pas laissé de lui envoyer la Défense " sans faire semblant de rien. Il est allé faire vacarme en Hollande auprès de tous les amis. Je ne compte tout cela pour rien, Dieu merci. S'il revient revoir l’auteur, il le recevra à l'ordinaire, il n’a point dessein de se brouiller avec lui; s’il ne revient point, tant pis} pour lui. 3

Voici un petit portrait tout nouveau. On vous l'en voie. Il n’est pas des moins ressemblants ; mais il 34 manque toujours quelque chose. C’est peut- ètre parce . qu'on l’a vu beaucoup plus vieux et habillé d’une autre manière. x

Quesnel à du Vaucel 20 juillet 1696.

Vous aurez déjà su qu'il y a une trêve conclue av la Savoie, et on est persuadé que c’est une affaire fai que son accommodement. On dit que la flotte des alliés est devant Dunkerque et que l’on assiégera pan mer et par terre. Il est bien tard. Il y a deux mois. qu'ils sont à accorder leurs flûtes. M. le maréchal € Boufflers s’est campé. de telle manière qu’ils n'ont pu assiéger Dinant, et il y a aussi longtemps que M. de

| Villeroy 14 to en a resserrés derrière le canal de Bruges et vit chez eux et à leurs dépens. La paix pourra bien résulter de tout cela, et on en parle fort. Dieu veuille nous la donner! Je Site tous Îles amis avec respect. Le R. P. Martin [P. de Hondf] vous rend mille grâces.

# f*! Quesnel à du Vaucel 21 juillet 1696.

J'avais bien envie de vous battre dos à ventre sur e les affaires de la France, mais me voilà au bout. La flotte est revenue à Brest en très bon état, quoi qu'en Ge disent les nouvellistes de la place Navone.

L'armée du prince d'Orange et celle du duc de ÿ Bavière se sont lassées d'attendre durant deux mois que ni le maréchal de Boufflers leur fit place pour assiéger Pr

Dinant ou Charleroi. Elles sont décampées et vont | : chercher fortune ailleurs. Elles viennent et sont déjà … à Soignies, Je crois, entre Mons et Bruxelles. Si c'est fe 0 assiéger Mons ou Tournay, je n’en sais rien. On dit ici bien des injures au duc de Savoie sur son À D ode ment avec la France. ; Le livre de l’abbé Faydit, dont je vous parlai la dernière fois, a comblé la mesure. On la mis à Saint- Lazare par ordre du roi.

M. l'archevêque de Paris a fait publier une fort belle ordonnance pour les ordinations. Il oblige à neuf mois de séminaire avant le sous-diaconat, trois autres avant Je diaconat, et trois avant la prêtrise, et il nomme pour cela cinq séminaires en cet ordre : Saint-Magloire, Saint-Sulpice, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, les Ponte (on Enfants et Notre-Dame-des-Vertus.

de . On travaille toujours, en Sorbonne, contre le livre de | Marie d'Agreda. Elle a ses défenseurs, et beaucoup vont

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à ne condamner le livre qu'en gros. On opine là des trois ou quatre heures et plus, sans que personne s’y oppose, comme on fit en 1655 et 1656. Il y a bien de la cohue, et on dit que tout cela ne fait guère d'honneur à ne. la Sorbonne. 2 On m'a envoyé un gros factum, d’un particulier voi= sin de la Trappe, contre cette abbaye, pour cause de fief. Si on l'en croit, l'esprit de procès est entré dans cette solitude par la porte ou par la fenêtre, mais il faut entendre l’autre partie. ax

Quesnel à du Vaucel 10 août 1696.

Quand vous aurez reçu les quatre grains en valeur M

de vendredi dernier, vous en aurez recu seize; le sur-

plus, pour faire les 200 livres, ira avec la première voi= M ture. Car J'ai parole d’un petit secours du côté de la srande ville. Si la paix se faisait, on toucherait peutêtre ce que doit le duc de Holstein. La part de feu

M. David [Arnauld] doit revenir à M. Frenesck |[Ques- 4

nel}, et je sais qu'il a une pensée sur cela, qui est de céder cette portion aux Dames de la Viémur [Port- Royal des Champs], qui sont pauvres maintenant, à. condition de faire une rente viagère de soixante livres au petit frère [Guelphe, secrétaire d'Arnauld|, selon la M volonté du testateur, et une autre plus forte à M. de La Rue [du Vaucel|.

Les armées ne font rien. Il semble que les alliés aient dessein de faire quelque entreprise, mais il est bien M tard; et puis M. de Boufflers ne les perd point de vue. Il a laissé des troupes au poste qu'il a quitté, et il a

suivi l’armée des alliés. Il y a près de trois mois que

M. de Villeroy vit tranquillement dans le cœur de leur Epays et à leurs dépens.

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M. de Croissy est mort et, avant que de mourir, il a signé le contrat de mariage de son fils! avec M'° de Pomponne. Il a eu peur sans doute que le roi ne rendit à M. de Pomponne la charge qui lui avait été enlevée. C'est le roi qui a fait cette affaire, qui se minutait il y a déjà du temps. Le beau-père formera son fils à cette charge ; c'est, je-crois, ce qu'on veut dire quand on dit quil l’exercera. Ainsi ce que M. de Pomponne ne pouvait espérer de perpétuer dans sa famille par un de ses enfants, il le fera par son gendre. Sa fille à réputation d’avoir bien de l'esprit et du brillant. J'ai vu un livre qui lui est dédié. Elle s'appelle Félicité Arnauld?. Voilà, selon le monde, un retour bien heureux pour un ministre disgrâcié.

Bruxelles, 17 août 1696.

Les armées sont toujours dans l’inaction. On dit que la paix se fait; d’autres, que l’on va attaquer une place. Il est bien tard, et je n'en crois rien. On dit même que les troupes de Hesse, etc., s’en retournent en Allemagne, et le prince d'Orange en Hollande, dans peu de jours. C'est une chose certaine, dites-vous, que la France ne sait plus de quel bois faire flèche. Vous ne prenez pas garde que vous êtes dans un pays plein d’Autrichiens, qui vous bercent de ces fadaises, pendant que la France est partout supérieure. Soyez persuadés que la Hollande, l'Angleterre et l'Espagne sont

1. Jean-Baptiste, marquis de Torcy, succède à son père, en 1696, comme ministre et secrétaire d'Etat. « C'était, dit Saint-Simon, un homme bon et ferme, il avait tous les talents pour se faire aimer, toutes les qualités pour se faire respecter et craindre. »

2. « Il n'est personne qui n'ait rendu hommage à la douce vertu de Mwe de Torcy. Janséniste, elle était et demeura. Son jansénisme n’était point pourtant d'espèce rigoureuse ou frénétique. » (Introduction, par M. Frédéric Masson, au Journal inédit du marquis de Torcy.)

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sans comparaison plus épuisées que la France. Dès … l’an 1690 que nous étions en Hollande, nos hôtes \ disaient que tous leurs biens étaient si chargés d'impositions et de contributions qu'ils n’en recevaient quasi rien. Et, d’ailleurs, leur commerce est ruiné. 4 Aussi demarident-ils la paix à cor et à cri, et l’on soup-. conne même que les Etats Généraux l'ont arrêtée avec. + la France. Cette couronne ne se pouvait dispenser d'entreprendre la guerre que vous dites qu'elle a commencée mal à propos. Elle savait la ligue du prince « d'Orange avec l'Empire et l'Espagne, qu'il avait faite u pour pouvoir envahir les royaumes de son beau-père avec sûreté. Le roi fit offrir au roi d'Angleterre, son 74 allié, un secours de troupes et une flotte. Ce pauvre . 4 roi, craignant que ce secours étranger n'augmentât le à en de de ses sujets, ne crut pas le devoir ù recevoir. Le roi aurait donc dû voir tranquillement le ‘4 prince d'Orange se rendre maître de l'Angleterre et. s'y élablir à son aise, et attendre qu'ensuite il fût venu fondre sur la France avec toute sa ligue, ses royaumes et la Hollande, et s’en laisser accabler. Ils l’auraient fait assurément, si le roi ne les avait prévenus en attaquant le chef de la ligue, l'Empereur, avant que le roi 4 as fût établi. Votre zèle devrait bien plutôt à ’échautfer contre les alliés catholiques, qui ont cons- L rs pour détrôner la religion catholique et pour faire accabler les catholiques, comme on fait en Angleterre, 4 sans qu ils s’en plaignent. ;

Quesnel à du Vaucel 31 août 1696.

Le cardinal Sfondrate! n’était pas mort, dans votre lettre du 11; mais il l'était, dans une de Florence du 14. «

1. Célestin Sfondrate, abbé de Saint-Gall, était cardinal depuis 1695, malgré la vive opposition de la France. Il à combattu les doctrines galli-

Ainsi ce bon cardinal n’a pas trainé si longtemps qu’on

croyait. Dieu sait pourquoi il a fait en sa personne un

si grand changement, qui, aux yeux des hommes, n’a abouti à rien. Quelques sentiments de piété qu'il eût, je n'aurais pas beaucoup compté sur lui. Entèté comme il était de l’infaillibilité, de l’immaculée conception, de préjugés contre le vrai augustinianisme, il pouvait autant nuire que servir. Ainsi il faut d'autant plus être content de ce que Dieu a fait de lui en le retirant que, sans cela même, il eût été de notre devoir de nous y soumettre sans raisonner.

Vous êtes bien bon de vous payer des contes violels qu'on vous fait à Rome de bonne part. Vous savez sans doute maintenant ce que nous savions, il y a déjà deux mois, de meilleure part, que la paix de Savoie n’a point du tout dépendu de l'agrément ni du consentement des alliés. On leur a donné un mois pour songer à leur conscience, et la condition est que le duc se joindra aux F ançais pour chasser les alliés d'Italie, s'ils n’en veulent pas sortir de leur bon gré, c’est-à-dire des états du duc. S'ils prennent des quartiers d'hiver dans le Ferrarais, cela ne fait rien. Qu'ils prennent garde qu'il ne se fasse une ligue en Italie contre eux! Il est bien plaisant, ce prince que vous nommez, de trouver mauvais que le pape s'applique à la paix et surtout à celle d'Italie. A-t-il consulté le pape pour allumer la guerre, en se rendant chef d'une ligue formée pour aider l’hérésie à remonter sur le trône? J’ai peur que Dieu ne le punisse par quelque désolation que je ne lui souhaite toutefois pas. Vous me faites bien rire, quand vous dites que les alliés sentent bien que la France nest plus en état, etc. Plus que jamais, et je vous dis qu'on le sent très bien partout, que la France leur fera la loi, et canes dans plusieurs ouvrages, dont un surtout, le Nodus prædeslina-

lionis dissolutus paru après sa mort, fit grand bruit. Bossuet et Noaiïlles durent en demander la condamnation à Rome.

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qu'après la paix, que l’on croit fort proche, ilse trou-

vera que ce que le chevalier Temple disait d'eux se

trouvera encore vrai, que pour la guerre et la négocia-

tion ils sont supérieurs à tous les autres de beaucoup.

Le roi Guillaume est en Hollande; le landgrave de Hesse est retourné avec ses troupes en Allemagne;

l'électeur de Cologne, qui avait fait la campagne pour reprendre possession de Dinant et y mettre garnison liégeoise, s’en est aussi retourné, et l’armée principale

des alliés est vers Grammont et Ninove. Leurs troupes pillent jusqu'aux portes de Bruxelles, et on y réfugie tout des villages voisins. Pendant que les Français vivent à leur aise en pays ennemi, depuis plus de trois mois les troupes ne sont point payées.

On me mande que les dévots protecteurs de Marie d'Agreda crient fort contre le livre de /a Dévotion & la Vierge, de M. Baillet. Le P. Alexis Dubuc!, supérieur des théatins (auteur d’une lettre que vous avez vue), a.

dressé un placet signé de lui et d’un P. de La Croix,

théatin, où il parle au roi de cet auteur comme d’un homme bien dangereux, que Sa Majesté devrait s'en assurer, le mettre à la Bastille plutôt qu à Vincennes, afin que M. l’archevèque le puisse plus facilement interroger. Le roi, ayant ce placet en main, le sépara des autres, qui étaient pour le Père confesseur, et le donna. à M. de Pontchartrain, qui envoya quérir le P. Dubuc, qui à, dit-on, fait le malade. Il envoya un autre à sa place, auquel on lava la tête d'importance. On lui a. défendu d'écrire à l'avenir. Il a pourtant trouvé de la santé pour prêcher contre le sieur Baillet, le nommant l’auteur du Jugement des savants sans jugement, etc. C'est une personne, bonne amie de M. Baillet, qui m'écrit cela. | Autre vision ou autre fureur : on me mande qu'on

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