‹ Un janséniste en exilChapitre 140 sur 146 · Bibl. nat., ms · texte numérisé non relu

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yen Le Cardinal Sfondrate était prédisposé à ce genre de maladie; car nous trouvons, aux Affaires Etrangères, une lettre de Maille au cardi-

Quesnel à du Vaucel 7 septembre 1696.

Il n'y a rien de nouveau pour les affaires publiques. La campagne est comme finie.

À ce moment, je reçois une ordonnance de M. l’archevêque de Paris qui m'afflige!. On m'avait fait espérer qu'il n’y en aurait point. Il l'aurait pu faire d’une manière qui aurait moins blessé. Mais non seulement il lève le masque contre Jansénius, mais 1l à encore

comme renouvelé la censure de Sorbonne, et il con-

damne l'Exposition de la manière la plus dure qui se pouvait. Je crois que c’est M. de Meaux qui à dressé cette ordonnance. On me mande que c’est son neveu qui la doit présenter au pape. J'ai peur que lapprobation donnée aux Réflexions sur le Nouveau Testament, qui semblait devoir empêcher la condamnation de ce livre, n’y ait contribué; car on lui aura fait craindre de

passer pour Janséniste. J'ai peur que, quand la Causa Janseniana viendra à paraitre, on ne la condamne aussi. [l n'importe ; il faut la faire imprimer. |

nal Le Camus, du 5 juin 1696, disant que « le cardinal Sfondrate a été un peu incommodé d'une colique avecvomissement.» (Fonds Rome 376.) [Il mourut seulement dans la nuit du 4 septembre.

1. L'instruction pastorale du 20 août 1696 contre le livre de Martin de Barcos, Exposition de la foi, est la première épreuve tentée par les jésuites pour forcer Noaïlles à prendre nettement position pour ou contre la doctrine de Jansénius. C'est le premier piège tendu à sa faiblesse.

Ce Martin de Barcos, sombre et austère janséniste, représentait l’élément irréductible, dans la période la plus batailleuse de l’histoire de Port-Royal. L'ouvrage dont il s’agit ne fut publié que dix-sept ans après sa mort, et probablement par les soins des jésuites. Afin d'éviter en partie la responsabilité de l'ordonnance qu’on lui arrachait, Noaïlles s’abrita derrière M. de Meaux et lui passa la pus pour toute la portion dogmatique.

Quesnel à du Vaucel

14 septembre 1696.

La Gazette de France mettait, il y a huit jours, la reine d'Espagne morte. Je dis la reine régnante. On n'en ra point encore de nouvelles ici à droiture, et le courrier, enu hier, Et qu elle se PUSTATE ve mieux.

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ily a huit jours, fait beaucoup de bruit à “UE et que … beaucoup de gens en sont mécontents. On ajoute que RMS de Meaux et M. Pirot r ont faite avec À M. de Paris, à

pr à

des de de Lition, On a toujours craint que ce bon Fiiess pas toute la fermeté nécessaire. Il serait

dr de Paris défunt.

à ET)

Quesnel à du Vaucel

20 septembre 1696.

, dont on dit que les suites Re fort, et leurs oi de Douai.

“ bonne ue 6 Le roue de Sainte- Gudule est terriblement pou

+ ce prélat y à he introduire, à la AE de du omte de Saint-Pierre, et que le chapitre a refusées.

M. Ernest [Ruth d'Ans] ne s'est point trouvé dans out ce chamaillis du chapitre, car il est encore à Maes-

tricht, dont il fait état de revenir pour la Saint-Michel, qui estle patron de son église.

La reine d'Espagne n’est pas morte, mais on ne croit pas qu'elle aille loin. Sa grossesse n’élait qu’une feinte, à ce qu'on dit. Elle tombe du haut mal. |

Vous n'avez donc pas retrouvé le papier de la Mère d’Agreda!? On me le demande de Paris, et je crois que c'est pour quelqu'un qui travaille sur cette matière.

Il est bon de faire connaitre aux sieurs Albin [cardinal Casanate|, Benoist [cardinal d’Aquire], etc., que l'ordonnance de M. de Paris fait beaucoup murmurer, qu'on en est fort mal content, qu’elle empêchera l'effet du bref dont elle parle, parce qu’au lieu d’imiter la sagesse du Saint-Siège à ne point parler de Jansénius, on y en parle d’une manière fort aigre, qu'on y fait valoir le formulaire de l’assemblée de 1656, ouvrage de M. de Marca, qui ne songeait qu'à satisfaire le cardinal Mazarin et les jésuites. Et tout cela ruine la prudente économie du bref de 1694. C’est l’ouvrage du sieur Pirot, grand zélateur de la censure de 1656. Au moins, il y aura bien poussé à la roue. On a pressé le prélat, l’épée dans les reins, et il n’a pas eu la force de résister.

1. Marie d'Agreda était née en Espagne, en 1602, et mourut en 1665. Après sa mort, on trouva plusieurs recueils de sa main, avec l'attestation que tout ce qu'ils contenaient lui avait été révélé. À peine imprimé, en 1680, à Madrid, ils furent accusés d'erreur. L’inquisition d'Espagne nomma des théologiens pour les examiner. Ils donnèrent un avis favorable et autorisèrent l'édition de Madrid. Les dominicains s'adressèrent alors à Rome, qui interdit l'ouvrage en 1681. Le roi d'Espagne et les cordeliers se plaignirent au pape, en réclamant la béatification de la religieuse, mais toujours en vain, et la Sorbonne censura plusieurs propositions du livre, en 1697. Bossuet, dans sa Traduction des nouveaux mystiques, porte un jugement très motivé sur cet opuscule extravagant, la Mystique Cilé de Dieu : « C'est une fille qui entreprend un journal « de la vie de la sainte Vierge. Tous les contes, ramassés dans les « livresles plus apocryphes, sont ici proposés comme divins. Ce qu'on « fait raconter à la sainte Vierge, dans le chapitre xv, sur la manière « dont elle fut conçue, fait horreur: »

Quesnel à du Vaucel

28 septembre 1696.

] ‘affaire de la Mère d'Agreda est finie en Sorbonne, noce -trois assemblées, depuis le 14 de juillet jusbide Nbre. De 152 voix, il JD en 85 ie

se dresse la. censure, qui a été conclue par le Fo. à la Run, et on ne se pourra tisse dit- -On, ay

: Enfin le pauvre P. du Breuil est mort dans sa prison. 2e Père confesseur avait voulu rendre le P. de La Tour uspect et avait proposé au roi un certain P. Bordes,

L ue du P. Thomassin. M. l’archevèque tint bon nu

Quesnel à l'abbé Golfert

28 septembre 1696.

« ancienne doctrine » veut parler le P. Quesnel ? En 1497, a Faculté de théologie imposait à tout candidat le serment suivant : he de tenir la détermination de la Faculté, touchant la sainte

ke cques no enseigne que Marie est venue au monde sans que sa mère Anne. ait perdu sa virginité. » La Faculté reprenait ainsi les

ces matières de contestation dont leurs thèses sont uniquement remplies, et dans la dernière desquelles, qui est un livre, on dit qu’il y a des erreurs grossières, fort. pernicieuses, sur la parole de Dieu. Mais on permet tout à ces gens-là, et on voudrait que ceux qui sont en état de Les repousser se tinssent Les bras croisés. Encore un coup, si on voulait la paix, on ferait imposer silence à ces brouillons-là ou par M5 d'Arras, ou par M. l’intendant. Mais on veut la paix, à condition qu’on donnera des armes à des furieux et la liberté de s’en servir, et que les autres se laisseront assassiner. Cependant, ce que vous me dites, Monsieur, du tonnerre qui gronde de ce côté-ci au hp de l’ordonnance, est apparemment de l’invention des adversaires, car je ne crois pas que l'ordonnance y soit connue. J en ai deux exemplaires que je ne communique à personne, et Je ne crois pas même que celui dont j'ai parlé l'ait encore vue. Pour ce qui concerne le livre condamné, il ne vient point assurément de ces quartiers. Je ne crois pas qu'il y en ait d'autre exemplaire qu’un seul, qui m'a été envoyé de Paris, le bruit qu'il faisait me l'ayant fait demander. Il faut qu'il ait été imprimé par-delà Paris. Je ne sais ni où, ni par qui, ni qui en est l’auteur, ni qui en a fait faire l'impression.

Les noms de Mons et de Migeot, quoique supposés, auraient donné plus de droit à M. l'archevêque de Cambrai qu'à pas un autre, d'en prendre connaissance. Et apparemment le prélat qui l’a flétri ne se serait pas pressé de le faire, s'il n'y avait été poussé et par les cris de ceux qui font trembler tout le monde, et par les empressements de certains politiques qui ont voulu se faire un mérite à la cour, en y engageant MS' de Paris. On m'en a nommé deux, par qui on assure qu'il a été déterminé, dans un voyage à Conflans, à faire l'éclat qu'il a fait. Aussi les personnes équitables

jugeront, par la pièce même, que d’autres que M. l’ar-

chevèque y ont eu part et que leur passion y a fait entrer, sans aucune nécessité, le fait de Jansénius, dont il nest pas dit un seul mot dans le livre, et qui est la seule pomme de discorde. On commencait à l'oublier. Le pape, par une grande sagesse, avait affecté dans son bref de n'en point parler, ou de ne le faire que fort obscurément et indirectement, afin de faciliter la signature des constitulions. Et, en même temps qu'on parait vouloir suivre la conduite du pape, on prend le contrepied, en renouvelant la question de fait de la manière du monde la plus claire, la plus dure, la plus capable d'échauffer les esprits de ceux qui sont persuadés de l'innocence de Jansénius. Et à cet ancien fait, en voilà un autre qu'on y Joint. Comme le livre n’est pas gros, il ne faut pas beaucoup de temps pour découvrir s’il y a quelque chose qui ne soit pas purement de saint Augustin. Beaucoup de gens se laisseront aisément persuader qu'il ne contient rien qui mérite ces anathèmes furieux. On le croira d'autant plus aisément qu'il paraît que ceux qui ont engagé M. l'archevêque à cette condamnation n’ont pas cru être en état de la défendre, s'ils avaient flétri quelques propositions en particulier. Dieu veuille qu’en voulant éteindre le feu on n'ait pas jeté dessus de lhuile au lieu d'eau. La dernière partie est belle, est juste, est excellente ; mais je la voudrais voir ailleurs, ou mieux accompagnée. Ces vérités sont si bien appuyées d’ailleurs qu'on ne pourra jamais lesaffaiblir. Mais la paix n'était que tropatfaiblie et trop peu affermie pour recevoir cette secousse sans en être beaucoup ébranlée. On ne compte plus pour rien la paix de Clément IX, on écrase tout le monde, on laisse pourrir les saints dans les prisons, dans Îles exils, dansla misère. On ruine les plus saints instituts, comme celui de l'Enfance, le chapitre de Pamiers, d'autres communautés et d'autres œuvres dont les plus saints évêques ont fait leurs délices, leur consolation,

leur soutien. Tout cela n’est rien. Les évêques, qui ont plus droit de parler et plus d'obligation de faire connaître la justice et l’innocence opprimées, gardent un profond silence, ne se plaignent point qu'on viole la paix, qu'on renouvelle les troubles, ete. Et si un seul inconnu fait imprimer un petit livre tout tiré de saint Augustin etdont on n'ose extraire une seule proposition, tout est perdu, on fulmine les anathèmes les plus terribles, et on en prend occasion dedéchirer de nouveau un grandévêque, qui a été unelumière de l'Eglise et qui, apparemment, règne avec Dieu dans le ciel.

Il faut en demeurer là; car J'aurais tant de choses à dire sur ce chapitre que cela me mènerait trop loin. Quoique je croie qu'il n’y ait rien dans ce livre qui ne soit de saint Augustin, je ne laisse pas de blâmer beaucoup celui qui Pa fait imprimer si à contre-temps, et qui ne devait pas mettre pour titre : Exposition de la foi. Mais, avec tout cela, je ne comprends pas comment on peut l'avoir chargé de tant d’exécrations.

Je finis, en vous remerciant, mon très cher Monsieur, de la confiance avec laquelle vous avez bien voulu répandre dans mon cœur ce qui se passait dans le vôtre. Je l’ai reçu comme une marque de votre amitié, et j'ai connu par là qu'elle n’était pas morte pour moi.

Quesnel à du Vaucel 19 octobre 1696.

Je souscris à tout ce que vous me dites de l’ordonnance de M. de Paris; mais 1l n’y a point de remède, et peut-être que le meilleur est de prendre patience et de ne pas faire de bruit. C'est assez le sentiment de plusieurs de nos amis de Paris, qu’on doit la laisser tomber pour ne pas blesser un bon évêque, qui a fait cela ense laissant aller trop facilement à des conseils poli-

Le F.

tiques. [1 semble qu'on ail été alarmé et qu'on ait appréhendé qu'il ne revint quelque chose de decà.

Deux jésuites se trouvant chez M. Despréaux le poète, on y lut l'ordonnance, et les Pères lui en ayant demandé son sentiment, il dit: « Voilà Jansénius condamné, et le jansénisme mis sur le pinacle. » Je vous ai envoyé un avant-goût de son poème de l'Amour de Dieu. Il l’embellit de jour en jour, et il y a ajouté ces quatre vers :

Enfin le jour viendra qu’en la gloire éternelle Dieu de ses vrais enfants couronnera le zèle, Et non les froids remords de l’esclave craintif, Où croit voir Abelly quelque amour négatif,

Vous vous souviendrez, s’il vous plaît, de me renvoyer le commencement de l'affaire d’Agreda avec cet avant-goût. Voilà la censure faite.

Quesnel à du Vaucel 26 octobre 1696.

C'est une chose admirable, que l'ordonnance, qu’on regardait de si mauvais œil, soit devenue un si excellent remède. On voit bien clairement, en cette occasion, qu'il n'appartient qu’à Dieu de tirer du mal le bien qu'il lui plaît. Qu'il en soit béni! Peut-être que ceux qui y ont poussé le prélat avaient quelque vent de ce qui se tramait, et qu'ils ont cru qu'il fallait faire Jouer cette contre-mine et crier bien fort contre le pauvre défunt, pour se mieux couvrir et empêcher qu'on ne le crüt d'intelligence avec la parenté de ce défunt. Quoi qu il en soit, on croyait savoir de bonne part qu'on avait résolu de n’en point faire, etelle a paru lorsqu'on y pensait le moins. De sorte qu'il faut que quelque chose soit survenu pour avoir fait changer de résolution. Je

n’ai voulu faire voir à M. Kerkré [Dom Gerberon| l’ordonnance ni le livre, de peur qu'il ne lui prit envie de décharger sa bile sur tout cela.

Le P. de Sainte-Marthe à, dit-on, la liberté de demeurer où il voudra; mais il y a bien de l’apparence qu'il ne demeurera pas à Paris.

On m'envoie, à ce moment, copie d’une lettre de M. de Sainte-Colombe [cardinal Le Camus]|, écrite à un curé de Paris, où il loue extrêmement l'ordonnance de M. de Paris.

M. l’évêque de La Rochelle est un M. de la Frezelière!, fort homme de bien, et que M°° de Méille [M% de Fontpertuis] a connu. Il est entré là, fort engoué des jésuites, à qui il a donné son séminaire. Il s'en repent bien, à ce qu'on me mande, et on ajoute qu'il humilie fréquemment ces bons Pères. Un de ces Pères, prêchant au dernier Jubilé devant ce prélat, celuici, à la fin du sermon, lui ordonna de l’écouter à son tour, pour entendre réfuter ce qu'il avait dit de relâché sur les indulgences.

LeP. Bouhours va publier enfin ses quatre Evangiles, avec la permission de M. l'archevêque ; mais c’est à condition de plus de cent cartons qu'il y a fait faire et que le nom de l’auteur soit ôté de la première page et de l'extrait du privilège. On refait l’un et l’autre. Quelques sollicitations que le Père ait employées, le prélat est demeuré ferme, ne croyant pas qu'un nom tel que celui-là, d'un homme occupé toute sa vie à des bagatelles, doive paraître à la tête d’un livre si saint.

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