‹ Un janséniste en exilChapitre 17 sur 146 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

En ce renouvellement d'année, je vous souhaite de tout mon cœur, mon très honoré Seigneur et Père, toutes les plus abondantes grâces et tous les succès les plus heureux que votre sacré ministère puisse obtenir.

La traduction de l'Amour pénitent est toute achevée. J'ai mis dans ma traduction les additions et les changements que vous m'avez marqués dans vos deux lettres. Il n'a pas été difficile d’adoucir et de rendre recevable et plausible, aux plus délicats et aux plus sensibles, l'expression de la dernière période du troisième paragraphe du chapitre v du dernier livre, qui vous a paru trop forte. Vous savez mieux que moi, Monseigneur, qu’il y a un secret, dans la rhétorique chrétienne, pour exprimer les vérités les plus fortes et même foudroyantes, d’une manière douce, humble, qui les fait recevoir avec un esprit de docilité et de paix. Ce secret est de s'appliquer et de s'adresser à soi-même, comme en s’exhortant, ce que l’on pourrait dire aux autres ou des autres en les notant ou les reprenant d’une manière âpre et véhémente. J'ai suivi cette méthode en changeant cette période, comme vous le verrez dans l'extrait joint à cette lettre. Je vais relire bien exactement toute la traduction, et je suivrai très soigneusement ce que vous me prescrivez en ce qui est des tempéraments et des adoucissements. C'est assez le génie de notre langue de tempérer et d’adoucir les expressions latines en ce qu'elles peuvent avoir de trop fort, et qui souvent ne paraît pas si offensant et si rude dans le latin que dans le français, à cause de certaines libertés que l’on a dans cette langue-là et que l’on n'a pas dans la nôtre sur beaucoup de choses.

Page 1