Archives d'Utrecht
Il est certain qu'il faut que nous fassions notre possible pour faire imprimer la traduction en France et qu'elle s’en répandra avec beaucoup plus de facilité. La réputation que l'original s’est acquise avec un si juste fondement donnera cours à la traduction, Dieu aidant. Je n'oserais, Monseigneur, m'étendre à vous expliquer mes sentiments touchant votre ouvrage. Le grand sujet que vous y avez pris ne pouvait être traité plus dignement ni plus parfaitement. Je dois donc tenir à un grand bonheur que vous m’ayez fait la grâce d’avoir agréable que je le traduisisse en notre langue.
Quesnel à la Mère Angélique, abbesse de Port-Royal-des-Champs
Orléans, 9 janvier 1684.
Je n’entreprends pas, ma très révérende Mère, de vous consoler dans la perte que vous venez de faire! et que nous avons tous faite avec vous. C’est une lumière qui s'éteint au milieu des ténèbres, c’est une source d’eau vive qui se tarit dans le désert, c’est un sel qui est ôté à la terre dans son plus grand affadissement et son extrême corruption. Et quelle foi peut nous empècher de pleurer une si grande perte dans un si grand besoin, puisque, au contraire, plus on aura de foi, plus on sera forcé de connaître la grandeur de cette perte et d’en sentir la douleur ?
Dieu la peut réparer, ilest vrai; mais nos péchés et ceux du monde nous permettent-ils de nous attendre à une si grande grâce ? N’avons-nous pas sujet de craindre que la rébellion des hommes à cette lumière n'ait obligé celui qui l'avait donnée à la retirer? Et l'expérience ne nous apprend-elle pas qu’il faut que l'Eglise gémisse