SERRE NEES DUO ET
1. Jacques-Joseph Duguet, de l'Oratoire, né en 1649, mort à Paris en 1733, est le modèle achevé du directeur de conscience. Il connaît les sinuosités, les détours du cœur féminin. On lui doit cette délicieuse phrase sur l'immortalité de notre âme, si précieuse et si précaire: « Vous portez un trésor dans un vase de terre. Malheur à vous, si vous n'en connaissez et n'en craignez pas la fragilité! »
Sa conversation était charmante ; il avait l'urbanité du langage, la distinction des manières et une intarissable bonne humeur. Le P. de La Chaise le dépeignait ainsi au président de Ménars : « Vous n'avez qu'à tourner le robinet, vous verrez couler telle essence que vous voudrez; »
et toute notre famille est bien en colère de ce que je suis parti contre l’inclination de tous, tant qu'ils sont; mais vous savez bien quejene pouvais pas faire autrement. Il faudra faire ma paix, si nous pouvons. Le temps apportera remède à tout. Je vous ai écrit, machère cousine, à dix lieues de chez vous, et je ne doute point que vous n'ayez reçu ma lettre et celle que j'écrivais à notre bonne amie. J'aurai toujours pour toutes les deux les mêmes sentiments que je vous y témoignais. Assurez-vous-en,
s’il vous plait, et elle pareiïllement.
Quesnel à M"° de Fontperthus
Bruxelles, mars 1685.
Pour moi, me voilà avec bien de la douceur dans le monastère que J'avais tant désiré. Ma chère sœur [Duquet]| y estarrivée en bonne santé, et elle commence les exercices avec un goût et une disposition qui donne lieu d'espérer beaucoup pour le succès de son dessein que je recommande. Sa dévotion ne l'empêche d’être fort gaie, et la révérende Mère prieure [Arnauld\ en est si contente que rien plus ne lui est un vrai sujet de joie et de récréation.
M. de Fresnes! vous prie de lui faire envoyer son coffre. Il ditqu'il n'a pas besoin ici d'aucune des soutanes qui y sont, non plus que M. de Lory |Duquet] de la sienne, mais bien de sa casaque. Il faudra, s’il vous plaît, si le coffre n’est pas plein, y mettre quelques livres nouveaux que mon frère a reçus pour moi. Pour l'argent quiest entre vos mains, si nous avons plus tèt
1. Nous lisons, dans un ouvrage jésuite, Errores P. Quesnel, à propos de la vie de notre fugitif à Bruxelles : «11 s’habillait tantôt en oratorien, tantôt en abbé français, parfois en laïque. Il prenait les nomsles plus divers: Le P. Prieur, le P. Provincial des Augustins, M. de Fresnes, M. de Frekenbergh, le baron de Rebeck, M"° Quesnel, M. du Puis. »
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que vous une occasion à vous marquer, nous vous le ferons savoir.
Je plains mon Père ! de son état; j'ai toujours bien cru que mon éloignement et celui de ma sœur [Duquet) seraient un coup de poignard pour lui. Je prie Dieu d'être son confort etsa consolation. Masœur vous rend mille et mille grâces de vos bontés, vous offre ses très humbles respects et vous prie de l’excuser si elle ne vous écrit pas?, Vous savezqu'au commencement d’un noviciat on est extrèmement réservé à écrire. Elle a pour vous, ma bonne tante, les mêmes sentiments que mot,
Quesnel à M°° de Fontpertuis
Bruxelles, avril 1685.
J’attendais, il y a déjà du temps, cette occasion pour avoir, Madame, la joie de vous écrire et de vous remercier, avec toute la reconnaissance possible, de toutes vos bontés et de toutes vos peines, anciennes et modernes ; car, avec vous, c'est toujours à recommencer, et on ne saurait finir sur le chapitre des remerciements, parce que vous ne finissez Jamais en matière d’obliger.
J'aurais plus tôt fait de vous remercier pour une bonne fois de toutes les grâces passées, présentes et à venir, si je ne prenais autant de plaisir à vous témoigner la gratitude de mon cœur, que vous de penser à répandre le vôtre par de continuelles obligations qui en
portent toujours le caractère.