‹ Un janséniste en exilChapitre 26 sur 146 · Le P. de La Tour, supérieur de l'Oratoire · texte numérisé non relu

Le P. de La Tour, supérieur de l'Oratoire

2. Duguet écrit, le 31 mars 1685, àM"° de Fontpertuis: « J’ai commencé mon noviciat, Madame, par un grand sacrifice en obéissant à ceux qui m'ont conseillé de passer le premier mois sans vous assurer de mon très humble respect et de ma parfaite reconnaissance. » Et plus loin: « Les solitaires les plus réguliers de ce désert pensent à vous au moins trois ou quatre fois par jour. » (Archives d'Amerssfoort.)

Je n'ai point encore reçu la somme que vous me vouliez faire tenir ici.

Je vous supplie, Madame, que l’on ne parle point du tout des deux demoiselles! qui sont entrées au petit béguinage, car elles Le souhaitent ainsi pour de bonnes considérations.

J'écris à Madame..., mais je suis bien aise que cela n'ait point de suite. Nous sommes trop éloignés pour entretenir un commerce de conscience, et il est bon de lui faire comprendre, comme je le ferai de mon côté, que ce commerce me serait fort préjudiciable. Elle est dans un pays où l’on ne manque pas de gens à consulter dans les occasions. Le supérieur de Saint-Magloire, ou le P. Moret, ou M. Roulland, ou M. le curé de de Jacques, peuvent suppléer à l'absence des autres. Je ne crois pas être d’ailleurs fort importuné de lettres, et je suis bien aise de me donner au nécessaire.

Je vous supplie, Madame, si vous voulez que l’on vous laisse faire, de prendre sans façon toutes les petites dépenses sur ce que vous avez, ou,.si vous ne l’avez plus, sur ce qui reviendra, corme la dépense du cheval, les ports et emplettes, et autres choses que Je puis oublier. Sans cette bonne foi, le commerce ne serait pas agréable et ne se pourrait continuer.

Au reste, vous avez bien raison de croire qu'il y a bien de la douceur dans notre petite famille, et il serait assurément difficile d'y en avoir davantage. Le

plus jeune des deux nouveaux venus [Duguet| est fait

pour la consolation du chef de la famille [Arnauld|, et c'est, en ellet, un admirable et aimable personnage. Je vous avoue qu'on ne regrette guère les rues de Babylone, quand on se voit dans une solitude si douce et si charmante. Dieu veuille nous la rendre utile pour notre salut et pour sa gloire, et vous faire trouver

1, Quesnel et Duguet;

toujours, Madame, au milieu du monde, ce que vous voudriez aller chercher dans un désert! Consolez-vous dans votre exil, qui est toujours exil quelque part que l’on soit, aussi bien dans le lieu le plus reculé du com- merce du monde que dans les voies larges de la cité du monde. Je vous supplie encore une fois que l’on parle beaucoup de nous devant Dieu, et le moins qu'on pourra aux hommes. Il faut qu'ils nous oublient, comme nous devons les oublier. Je suis à vous, Madame...

Mille et mille remerciements, s'il vous plait, à M. des Granges, de sa lettre. Mais comment s’est-on adressé à vous, pour venir à moi, de Gif? Il me fâche que vous soyez regardée comme un canal à nous, et c'est pour vous seule que j'en suis fâché.

Quesnel à M"° de Fonipertus

Bruxelles, 6 avril.1685.

Je vous écris un tout petit mot, aujourd'hui, pour vous dire que je ne suis pas si barbare que vous me le faites entendre. Le gros ami et mon emballeur sont assurément exceptés, et Je croyais même que je les avais suffisamment marqués dès le commencement ; mais enfin je me suis mal expliqué. Ceux que j'eus l'honneur de voir chez vous portent naturellement leur exception. Je ne puis refuser M"°de Montirin (Pontchdteau), ma conscience me le reprocherait, M. de Fresnes le jeune (Guillaume Quesnel), M®° d'Husseau, pourvu que ce ne soit pas souvent; car, n'en déplaise à votre sexe dévot, il est un peu trop écrivain sur les matières de conscience, et il aime à consulter de loin, lors même qu'il le peut faire de près. Ce qui, soit dit sans vous y comprendre, Madame, car on vous délie de trop écrire, et on craint moins que vous consultiez trop,

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qu'on n'appréhende que vous ne suiviez guère vos consulteurs pour suivre votre zèle. Ce petit coup de peigne vous soit donné en passant. J’ai donc prineipalement voulu éviter de certains commerces réglés de lettres qui n’aboutissent à rien, tel que serait celui d’une personne dont le nom marque l’'empressement. Vous m'obligerez donc, Madame, de m'envoyer au plus tôt les lettres que vous avez pour moi.

J'ai écrit à votre voisin [Nicole] et à l’ecclésiastique que Je vis chez vous, Madame ; mais ce sera par une autre voie. Ma sœur de Luzeau [Duquet] vous écrit aussi. Elle vous fait mille compliments. C'est une aimable personne. Quoiqu'elle me touche de si près, je ne saurais m'empêcher de le dire. Elle fait toute la joie de notre famille, qui est, Dieu merci, en bonne santé et qui parait fort contente. Je suis, Madame, avec tout le respect et la reconnaissance que je dois.

Le coffre n’est pas encore arrivé. Je crois qu il vaut mieux le faire ouvrir et attendre la clé à loisir, par occasion d’un retour par quelqu'un. .

Quesnel à M°° de Fontpertuis

2 mai 1685.

Nous sommes toujours dans une grande sollicitude pour la santé de M. de Béthincourt [Nicole]. On nous a fait cependant espérer qu’elle $e rétablirait. Dieu sait avec combien d’ardeur nous le désirons et que nous lui demandons cette grâce pour son Eglise de tout notre cœur. C'est une victime que Dieu semble préparer par de continuelles épreuves pour la consommer bientôt. Ce serait une grande miséricorde pour lui; mais il y a sujet de craindre que ce ne fût un jugement sur son Eglise. Je ne saurais lui dire combien nous l’honorons et avec quelle tendresse, mon frère et moi.

Notre Père abbé [Arnauld] a un rhume, c'est-à-dire une fluxion sur la poitrine sans fièvre. Il y a huit jours qu'elle le tient. Il a une toux un peu fatigante: nous l'avons fait saigner une fois. Il n’y a aucun accident … fâcheux qui accompagne ce rhume, pour ce qu'il garde …. Le lit. Nous espérons que cela n'aura point de suite. On lui à fait aussi prendre de petits remèdes pour tenir le ventre libre. Il mange peu et se contente quasi de -. potages et d’eau d'orge, fort peu de viande le matin, quelques sirops, sans omettre son lait. Comme ce mal lui prend souvent, il serait bon qu'il eût sur cela un régime prescrit. Il n'y a pas de quoi s'alarmer, et il faut prendre garde d’en parler trop.

RS er pa ES t MÉS AS dr ae

Quesnel à M°° de Fontpertuis

à Bruxelles, 16 mai 1685,

Je suis très affligé de l’état de notre bonne petite Lan- …—. guedocienne!; mais que puis-je faire pour elle, sinon …— prier Dieu et lui écrire aussi souvent qu'elle voudra ? Je suis très disposé à le faire; mais elle voudrait autre chose, et vous savez bien que je ne le puis. Son âme est à Dieu; j'espère qu'il en aura soin. Je vous souhaite, ma très chère sœur, mille et mille bénédictions du Ciel, qui vaudront mieux que mille et mille remerciements.

Notre bon Père abbé [Arnauld] est quasi tout à fait guéri. Il ne s’en faut guère. On n'a pas laissé de craindre, quand on à vu commencer cette Incommodité ; mais Dieu a tourné tout en bien.

Je salue de tout mon cœur nos amis, et surtout Île voisin [Wicole|.

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