‹ Un janséniste en exilChapitre 42 sur 146 · Voir la note de la lettre précédente · texte numérisé non relu

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Quesnel à M*° de Fontperturs

Veille de Noël 1687.

Puisqu'il n’y a rien à faire autre chose qu’à disposer du reste de la somme, je vous supplie, Madame, d’avoir : la bonté de me la faire tenir. Il y a des misères en grand nombre en cette province, et 1l y a peu de secours. Il est juste que nous reconnaissions la grâce que Notre-Seigneur nous fait de nous y donner retraite en faisant part à ses membres, que nous y voyons souffrir, des biens qu'il nous a donnés. Ce qu’il y a de bon dans les Réflexions m'a été donné ici, et, puisque cet argent en provient, il est juste qu'il y revienne, au moins en partie.

Il y a de pauvres gens en prison par des accusations dont ils ont été justifiés en justice, et qui y demeurent faute d’avoir de quoi payer au geôlier la dépense qu'ils y ont faite, et une femme, entre autres, qui y est accouchée, a son enfant à nourrir dans un lieu fort incommode. Je tâcherai d'engager quelque autre personne à contribuer à leur délivrance, en y contribuant moi-même.

Quesnel à M°"° de Fontpertuis

Aer février 1688.

Vous nous avez envoyé, dans le paquet d'hier, une partie du grand arrêt que nous avions reçu tout entier par la poste !. C'est un ami qui a cru nous faire plaisir,

1. Ilest question de l'affaire de Charles-Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin, envoyé en ambassade à Rome, à l’époque où . Louis XIV avait un différend avec Innocent XI au sujet des franchises. Entré dans la ville malgré la défense du pape, il fut excommunié.

sans se nommer, en nous donnant le moyen de contenter de bonne heure notre curiosité, et, en effet, il nous à obligés, car nous l’avions su dès mercredi, et nous avons eu moyen d'en faire part à plusieurs curieux. C'est un terrible coup pour les Romains, et ils y ont donné lieu par leur conduite, qui n'est pas régulière dans cette excommunication prétendue.Les pauvres jansénistes y sont maltraités; mais il y a longtemps qu’ils doivent s'être accoutumés à être battus, et, s'ils n’ont point d'autre dédommagement à attendre que ces grâces dont le pape les comble tous les jours, je tiens leur ressource bien mince et bien légère. Je les plains encore moins que le pape et les Romains, puisque voilà une affaire dont j'ai peine à croire qu'il voie la fin pendant sa vie, les engagements étant si grands de part et d'autre. Dieu, le Dieu de la paix, est le seul qui sait la donner, quand le monde ne la peut trouver. C’est à des moines comme nous de lever les mains au ciel pour l'obtenir, et de gémir de nos péchés et de ceux du monde, qui nous attirent ces malheurs.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Bruxelles, 20 février 1688.

Nous avons trouvé ici un manuscrit espagnol de La Nuza, célèbre dominicain, qui était provincial de la province d'Aragon en 1597, dans le temps où l'inquisition avait imposé silence aux jésuites et aux dominicains sur la matière de la grâce. Ce sont deux lettres ou

requêtes, l’une au roi d'Espagne ct l’autre à l’inquisi-

Quesnel fait allusion à un arrêt du parlement contre l'interdit et

-l'excommunication de l'ambassadeur. On trouvera, sur cette curieuse

aventure, des renseignements précieux dans le Recueil des instructions données aux ambassadeurs, Rome, publié par M. Hanotaux, t. 1, pp. 283 et suiv.

Te, SA MORE < 2. 0

teur, et qui sont en substance la même chose. C'est un écrit de trente ou quarante pages, où ilse plaint de cette interdiction comme d’une chose inconnue avant les jésuites, et qui met en parallèle la vérité ancienne et les erreurs nouvelles. En sorte qu'aussitôt que les jésuites s’aviseront d'attaquer une vérité et que cette contestation fera quelque bruit, il ne sera plus permis d'en parler, ni d'en écrire.

Il y a dans cet écrit beaucoup de petites histoires des jésuites, et ce saint homme paraît bien animé contre eux. Il rapporte la prognostique de Melchior Canus, tirée d’une lettre qu'il écrivit au P. Regla, de l’ordre de saint Jérôme, confesseur de l’empereur Charles- Quint, où il dit : « Dieu veuille que je ne sois pas comme « Cassandre, à qui on ne voulait point avoir créance « qu'après que l’on eut vu Troie brûlée et ruinée. Si « on laisse continuer ces Pères de la Société comme ils « ont commencé, plaise à Dieu que Le temps ne vienne « pas auquel les rois voudront leur résister et qu'ils ne « pourront! »

Quesnel à du Vaucel, à Rome

27 février 1688.

L'Histoire de la Monarchie des Solipses est fort jolie et mérite de n'être pas oubliée. (Vous avez voulu dire vieux où jeune, quand vous avez dit que Julius Schotti était entré chez les jésuites assez... ; maisl’un des deux est demeuré au bout de votre plume.)

On a mandé, en effet, de Paris que l’on y avait fait une seconde édition du livre du P. Tellier!, et on l'avait prise même pour un second volume. On dit qu'ils ne

1. Défense desnouveaux chrétiens el des missionnaires, par le P. Tellier, ouvrage qui fut déféré au tribunal de l'inquisition et mis à l'index en 1101.

CORRESPONDANCÉ DE PASQUIER OUESNEL 89

savent où ils en sont, qu'ils passent quelquefois beaucoup d'heures chez les dominicains pour y chercher des mémoires, mais qu'ils n’y trouvent pas leur compte. Il n’est pas étonnant que ce livre se soit débité en sipeu de temps, les Pères le donnent partout à leurs amis et à ceux qu'ils voudraient engager à en être, comme ils ont fait ici au conseiller qu'ils ont invité à faire les exercices chez eux. J'ai oui dire aussi qu'on fera une nouvelle édition in-4° de l’Abrégé de la Morale du Nouveau Testament, du P. Quesnel, et qu'il va travailler à étendre un peu plus celles de l'Evangile, parce qu’on l'en a fort pressé et qu'il paraît trop de différence entre celles-ci et celles de saint Paul et du reste.

La Vie de Saint Louis, que nous avons et que nous lisons, est très belle. C’est un in-4° en deux volumes, dédié à M‘ le Dauphin. La puissance des papes v parait avoir été, en ce temps-là, dans une terrible élévation. Leurs entreprises et leurs excès n'y sont pas épargnés, et je doute qu’on en soit fort content à Rome. C’est sur les mémoires de M. de Tillemont qu'eile a été faite et sur d’autres.

L'auteur de la Tradition! doit être bien content de ce que ce livre a le bonheur de plaire à de si habiles gens. Îl est vrai que saint Thomas n’y est pas séparé de saint Augustin, et, en effet, il possédait bien la doctrine de ce Père. Il faudrait assurément que les disciples de l’un et de l’autre travaillassent à se bien unir. Le crédit des adversaires croît de jour en jour, et, sion était bien conseillé, on s’unirait de tous côtés contre eux pour mettre la bonne doctrine à couvert de leur violence.

1. Tradition de l'Eglise romaine, par le P. Quesnel (1687), 4 vol.

Le Dictionnaire des Livres jansénistes dit que le P. Quesnel, dans cet ouvrage, « tourne en ridicule la grâce suffisante » et cite cette phrase du livre : « Grâce nécessaire pour pécher, grâce qui n’a jamais aucun effet, vous ne faites jamais de bienet vous faites toujours du mal. Allez-vous promener ».

Nous reçümes hier une réponse de plus de trente pages à l'écrit italien fait contre la protestation de. M. de Lavardin. Elle est très bien faite, et il ne paraît pas qu'on y puisse répondre; on y tourne en ridicule le livre du cardinal d'Aguire! et son élévation au cardinalat, sans le nommer. En vérité, le pape devrait

chercher des voies d'accommodement avant que les

affaires s'aigrissent davantage.

Quesnel au P. du Breuil

17 mars 1688.

Notre R. P. abbé [Arnauld?] est, Dieu merci, dans une parfaite santé, et ses religieux pareillement. Il est âgé, et, quoiqu'on voie bien qu'il l’est, on ne voit point néanmoins que sa vieillesse le charge et l'appesantisse. Il n’a ni cornet à l'oreille, ni lunettes sur le nez, ni bâton à la main, ni goutte aux pieds. Il a bon appétit, il dort fort bien, il a du feu et de l’ardeur plus que beaucoup de jeunes gens, il a toujours l’esprit aussi bon et plus solide que jamais, il vous honore comme vous Savez.

Et quant à M. Baptiste [P. du Breuil], il lui donnerait de ses nouvelles lui-même, s’il ne craignait que cela lui pourrait être plus fâcheux, par quelque rencontre, que consolant. Car vous ne pouvez douter qu'il ne porte dans son cœur, vivement enraciné, le souvenir de l’occasion qui a causé la maladie à cet honnête homme, et qu'il n’en gémisse quand il y pense.

Il y a plus de deux ou trois ans que je n’ai reçu de lettres de M. Arnauld; vous jugez bien, par la situation

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