‹ Un janséniste en exilChapitre 48 sur 146 · En · texte numérisé non relu

En

qu’elle en gémit devant Dieu, priant quatre heures tous les jours pour ce sujet, et qu’ainsi, en suivant de mauvais conseils, elle mine elle-même ce qu'elle avait fait pour le bien de la chrétienté.

Je reviens à M. Alberti [Tourreil], qui, en cas de guerre, ne songerait pas à venir en ce pays.

En cas de paix, il faudrait que l’on changeât de maison pour y recevoir quelqu'un, et c’est à quoi M. David [Arnauld} aurait peine à se résoudre. En prenant une nouvelle maison et en multipliant les habitants, cela fera plus d'éclat. Cependant on y penserait plus sérieusement, si c'était tout de bon qu'il y pensât. Je ne voudrais pas le détourner absolument de venir en ces quartiers; on trouverait moyen de le joindre à quelqu'un, ou avec M. de Wittel, en cette province, ou avec M. Kerkré [P. Gerberon)?, en Hollande, où il serait bon qu'il y eût quelqu'un qui pût prendre soim des impressions que l’on médite.

S'il était en Hollande, il n’y serait renfermé et caché qu'autant qu'il voudrait, et il en est à peu près de même dans cette province, où l’on a une fort grande liberté.

[l est bien douloureux de voir qu’un pape, qui a réputation de probité et de droiture, ait si publiquement oublié les règles de l'Eglise dans le temps où il en devrait faire lecon aux autres , et qu'il ait fait d’une affaire ecclésiastique une affaire de politique, se soit montré très partial, ait fait acception de personne et ait mis en commerce le sang de Jésus-Christ et les âmes qu’il a rachetées. II manque de lumière en beau-

1. Gilles de Witte, curé de Malines, ardent défenseur des jansénistes et futur appelant de la bulle Unigenitus.

2. Dom Gabriel Gerberon, bénédictin de Saint-Maur, et l’un des plus

persécutés parmi les militants de son parti. Le Hilaire Dumas, dans

ses Leltres d'un docteur de Sorbonne, le présente, ainsi que M. de Witte, comme les deux seuls disciples de Jansénius qui soutinssent ouvertement sa doctrine, en l’état où Rome la condamnait,

Lu

CORRESPONDANCÉ DE PASQUIER QUÉSNEL 101

coup de choses; mais en celle-ci il a manqué de tout, etsa politique n’a pas mieux valu que le reste. Il fallait surtout éviter d’aigrir le roi en paraissant le buter, et il n'y avait pour cela qu'à se montrer neutre et à s’en tenir aux règles de l'Eglise en déclarant qu'il ne dispenserait avec personne. Le cardinal de Bouillon! serait venu naturellement à l'évêché de Liège, et quelque autre à celui de Cologne. Voilà ce dernier cardinal bien disgracié, On prétend que, faisant semblant de suivre les intentions du roi, il agissait sous main contre ce qu'il avait promis et que des lettres interceptées ont découvert le mystère.

M. Féret, son secrétaire, a été mis à la Bastille et transféré depuis au bois de Vincennes. La charge de grand chambellan est ôtée à sa maison et M. le prince de Conti l’achète, et l’on ôte à Son Eminence la grande aumônerie, pour la donner, les uns disent au cardinal d’Estrées, d’autres à M. de Beauvais?, et d’autres à M. l’évêque d'Orléans ?. Je ne doute point que le roi ne se déterminât par lui-même au dernier qu'il aime et qui est en possession, mais peut-être que d’autres vues et la cabale fera tomber cetle charge sur un autre.

M. de Tournai, que les gazettes faisaient bien malade ces jours passés, fait voir qu'il n’a pas l'esprit bien juste, ni le jugement exact, ni le cœur tourné comme il devrait l'être. [1 a toujours eu ces manières singulières et ces allures, et apparemment il ne changera pas.

1. Emmanuel-Théodore de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon,

une des physionomies les plus attirantes du xvr° siècle. Tout ensemble

courtisan et frondeur, caractère indépendant et hautain; il passa une partie de sa vie en lutte ouverte avec Louis XIV, qui l'accusa, à plusieurs reprises, surtout dans l'affaire du quiétisme, de jouer double jeu à Rome et à la cour de Versailles. Sa correspondance avec le roi offre un grand intérêt et donnerait matière à une bien curieuse étude. Elle se trouve au Dépôt des Affaires étrangères, fonds Rome.

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