‹ Un janséniste en exilChapitre 65 sur 146 · Voir la lettre de février 1684, à M. de Pontchâteau · texte numérisé non relu

Voir la lettre de février 1684, à M. de Pontchâteau

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chose que d’être assuré qu'on donnerait au cardinal Casan!... la commission de marquer les endroits à corriger, et que ce cardinal-ne touchât à rien d’essentiel; mais je crains toujours le crédit des adversaires et les allures des Italiens.

Il serait assurément important que le P. Guzman fit bien comprendre au confesseur du roi [d'Espagne], et par lui à la cour d'Espagne, combien sont injustes les vexations qui se font aux Pays-Bas sous prétexte de jansénisme. [In’y a, entoutcela, rien à gagner que pour les jésuites. Ce sont eux qui mettenten mouvement tous Les autres moines et les puissances, et tout tend à les rendre seuls les maîtres de tout, s’ils venaient à bout de miner l’université de Louvain, les Pères de l'Oratoire et tous ceux qui sont pour la vérité. Les sieurs B...et M... sont des misérables qui, par différentes vues, font tout ce que veulent les Jésuites. Les pauvres Pères de l’Oratoire se verront peut-être abandonnés de tout le monde; mais ] espère que Dieu sera pour eux, et cela suffit.

Plus je lis l'Avertissement du P. Bouhours, plus je le trouve insolent. N’y a-il pas moyen d’en avoir justice? Il y a une réfutation toute prète, il faudra voir si on l’'imprimera. |

Je vis hier une lettre écrite de Dinant à un honnète homme de cette ville, le 31 juillet au soir, qui mande que M. de Louvois avait écrit à M. de Boufflers que M. de Lauzun avait dépêché un exprès d'Irlande au roi pour lui apprendre la mort du prince d'Orange*,

1. Jérôme Casanate fut nommé cardinal en 1673. Son amour du travail et des lettres lui procura, en 1693, la place de bibliothécaire du Vatican. Il passait pour un ennemi ardent des jésuites et pour un ami de leurs adversaires. Il entretint des relations avec Bossuet, au moment de l'affaire du quiétisme, et se montra très sévère pour Fénelon.

2, « Cette fausse nouvelle fut recue à Paris avec une joie indécente et

honteuse. On fit des illuminations, on sonna des cloches. Les réjouis-

sances ne furent point le fruit de la crainte, mais de la haine. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV.)

et que M. de Boufflers l'avait écrit au gouverneur de Dinant, et un grand nombre d’autres lettres le disent aussi positivement. Celle du duc de Schomberg était certaine avant celle-ci, de l’aveu de tout le monde. En douze jours perdre une bataille sur terre, une sur mer, le chef de la ligue et son meilleur capitaine, ce n’est pas un petit échec pour les alliés, et la perte du duc de Lorraine, depuis peu de mois, y peut être ajoutée. Dieu a pitié de son Eglise, et il y a sujet d'espérer que tout cet orage qui la menaçait se dissipera.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

8 août 1690, château de Johai, à quatre lieues de Liège.

Je vous écris d'un château à quatre lieues de notre habitation, où nous sommes venus prendre l'air en bonne compagnie. M. David [Arnauld], avec qui nous y vinmes jeudi dernier, a achevé d’y reprendre son embonpoint ordinaire; car l'air v est fort bon, et nous y sommes en sûreté, el nous ne nous rendrions pas sans voir Île canon. Vous avez pris l’alarme bien chaude. La fluxion était forte; mais elle n’était accompagnée ni de fièvre ni d'aucun autre accident.

Est-ce donc que l’examen du Coram ne finira point?. N’a-t-on personne qui puisse solliciter auprès du président de Saint-Martin [/e pape] la réponse à la lettre, car il serait très important qu'on en eût une ?

Il ne serait pas mauvais de faire comprendre au cardinal d’Aguire! que, s’il aime la vérité et la paix, il

1. Joseph Saenz d'Aguire, né à Logrono, ville d'Espagne, en 1630, de l’ordre de Saint-Benoit, fut fait cardinal par Innocent XI, en 1686. Il était censeur et secrétaire du tribunal du Saint-Office. Il mourut à Rome, en 1699. À la mort du grand Arnauld, en 1694, il lui consacra un magnifique a en plein consistoire et ordonna des prières dans les principales églises.

ne doit rien omettre pour faire autoriser ou du moins

pour ne pas affaiblir les cinq articles. Ce bon homme,

qui ignore tout ce qui s’est passé sur cette affaire et combien le Saint-Siège même s'y est trouvé embarrassé, croit lui rendre un grand service en disant qu'il faut se soumettre absolument à la bulle d'Alexandre VIT, et 1l ne comprend pas que ce serait rallumer un feu que l’on a eu bien de la peine à éteindre. Il serait bon aussi qu'il connût bien quel cas l’on fait du cardinal Albizzi!, que l’on ne peut regarder que comme un fripon, qui a vendu son crédit à la cour de Rome aux ennemis de saint Augustin. Vous savez qu'il ne tint qu'au P. Hilarion, abbé de Sainte-Croix, de le perdre pour avoir inséré le nom du livre de Jansénius dans la bulle d'Urbain VIIL?, contre la défense expresse du nouveau pape.

M. Dirois a beau dire que le suspenditur de l’Amor pænitens n'est rien, les moines le sauront bien faire valoir, si on en demeure là.

Il est aussi vrai que le prince d'Orange assiège Dunkerque qu'il est vrai qu’il soit mort. La nouvelle était fausse ; mais, de la manière dont on la débitait, on ne pouvait quasi pas s'empêcher de la croire. C’est un grand rabat-joie; cependant il y a de l'apparence qu'il aura encore de la besogne pour longtemps en Angleterre et qu'il ne sera pas si tôt en état de descendre chez nous. Je crois vous avoir mandé que le P. Duguet se montre maintenant à Paris et qu'il est entré chez M. de Ménars, intendant de Paris. Il y est d’une manière fort libre et fort agréable, mange à part et à ses heures, a un valet qui l’a déjà servi ailleurs et y est regardé de tous avec beaucoup d'estime. Il a vu M. l'archevêque de Paris,

dont les manières à son égard ont été tout à fait hon-

1. Assesseur du Saint-Office, ardent moliniste; ce fut lui qui dressa la bulle contre Jansénius, sous le pontificat d'Urbain VIIT.

156 CORRÉSPONDANCE DË PASQUIER QUESNEL

nôtes. Il devait aussi voir le R. P. de La Chaise, son compatriote. Cela vous fait peur ; mais ce sont des cérémonies nécessaires à qui veut se faire voir, après avoir eu la hardiesse de se cacher. Il a fait aussi ses visites à l’Oratoire, à l'institution, à Saint-Magloire, où il a diné, et à Saint-Honoré. Dieu veuille tirer sa gloire de tout cela! Il y ena qui en espèrent quelque chose pour la liberté d’autres gens. J'en doute, mais Dieu peut tout. Il a eu la liberté de se faire voir sur le pavé de Paris, encore l’a-t-il fallu acheter à force de sollicitations etd’amis ; il l'aurait eue en sortant de l’Oratoire, s’il avait voulu, sans qu’elle lui ait rien coûté. Mais je ne crois pas qu’on lui eût permis de rentrer dans l’Oratoire sans signer, et sans cela rien n’est changé à notre égard. Nous verrons ce que Dieu voudra en tirer de bien. Il est certain que, s'il pouvait arriver jusqu'aux oreilles des puissances par ce canal, il les charmerait et leur ferait ouvrir les yeux sur beaucoup de choses.

Quesnel au P. du Breuil

Août1690.

I ya un si grand chaos entre vous et nous, mon cher Père, qu'il ne faut pas vous étonner de ce que Je ne vous ai point entretenu il y a longtemps. Je le ferais bien souvent, si j'en avais toutes les facilités à souhait. Je fais cependant un effort en apprenant que vous sortez d’une grande maladie, pour vous rendre une petite visite en la manière que je puis.

Je voudrais avoir des nouvelles de la République des

Lettres à vous mander, car je sais que vous les aimez

toujours.

Vous aurez su sans doute que M. de Tillemont fait imprimer son Histoire des Césars. J'en ai vu quelque

chose, et ce qui y saute d’abord aux yeux, c’est une exactitude sans exemple.

M. Huet, évêque de Soissons, a fait en latin une critique de la philosophie de M. Descartes. Elle est fort contredite, et je ne sais si son caractère le mettra à couvert et rendra sa censure incensurable.

Le P. Lamy, de l’Oratoire, dans sa Nouvelle Harmonie, en supposant que saint Jean à été mis deux fois en prison, la première par les Juifs, la seconde par Hérode, prétend trouver un ordre fort exact dans les Evangiles et renverser celui des autres concordes. On l’a chicané là-dessus et sur une lettre justificative qu'il a fait imprimer, dit-on, sans la participation de ses supérieurs. Il semble que ses conjectures ne blessent en rien la foi ni la tradition. Il parait même démontrer que Notre-Seigneur ne fit point la Cène légale ou la Pâque, l’année de sa mort.

Ce qu'il dit pour ne faire qu'une femme de sainte Magdeleine, de la pécheresse et de la sœur de Lazare, parait faible, et la première prison de saint Jean, trop peu fondée pour servir de base à un nouveau système de l’histoire évangélique.

Plût à Dieu qu'il n’y eût point d’autres combats que ceux-là sur la terre ! Nous n'aurions pas tant de sujet de gémir de voir toute l’Europe en feu. Peut-on aimer la vie, où l’on a de si tristes objets devant les yeux?

Vous avez su sans doute qu’un M. Codde!, que vous avez pu connaître autrefois et qui a été Père del’Oratoire, est vicaire apostolique dans la Hollande, sous le titre d’archevèque de Sébaste.

1. Pierre Codde devait être, en 1702, suspendu de ses fonctions, puis déposé par la cour de Rome, en 1705. Cette grande injustice et cet acte arbitraire furent l’origine de l'Eglise janséniste de Hollande, qui existe encore aujourd'hui.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Liège, 16 août 1690.

Nous avons reçu votre dernier paquet dans un château, à quatre lieues d'ici, où nous étions avec de fort bons ecclésiastiques de ce diocèse et avec nos chers hôtes. Notre Père abbé !Arnauld| s’y trouvait fort bien, et l'air, la bonne compagnie et la courte oisiveté lui a fait retrouver ce qui manquait à sa parfaite convalescence. Il nous est arrivé une aventure dont il faut que je vous divertisse. Vendredi dernier, 1l vint deux capucins que nous crûmes qui passaient leur chemin, et dont l’un (qui est de naissance et parent de la dame dont nous occupions la maison) demanda à dire la messe dans l’église de la paroisse, qui est dans la première enceinte du château. Ce capucin, s’entretenant avec un ecclésiastique, lui dit que les jésuites de la ville étaient fort alarmés de ce qu'Arnauld était dans ce château avec plusieurs ecclésiastiques et autres personnes avec qui 1l était venu tenir un conciliabule, pour trouver moyen de faire recevoir les Pères de l’Oratoire. Je vous laisse à penser si nous n'eûmes pas bien envie de rire, de nous voir prendre pour une assemblée de jansénistes qui avaient à leur tète M. Arnauld, et nous pensâmes aussitôt à l'assemblée de Bourg-Fontaine!. Il n’en fallait pas davantage pour

1. Vers 1654, les jésuites prétendirent avoir la preuve qu'une assemblée avait été tenue secrètement, en 1621, à Bourg-Fontaine, qui ne tendait à rien moins qu'à bouleverser la religion chrétienne en élevant sur ses ruines une sorte de déisme. Jansénius, Saint-Cyran, et A. A. (Antoine Arnauld, disaient-ils, qui n'avait alors que neuf ans et qu'ils confondaient avec Arnauld d’Andilly) étaient à la’tète de ce complot. Les jansénistes nièrent absolument et détruisirent sans peine, certaines allégations, purement fantaisistes, de leurs adversaires au sujet des prétendues conférences. Un doute plane cependant sur la réalité d'une entrevue entre Saint-Cyran et Jansénius, à cette époque même:

Ne:

RÈSS

achever de nous divertir. Notre divertissement augmenta néanmoins le soir, lorsque nous apprimes qu’il y avait déjà six ou sept jours que le bruit s'était répandu dans la ville de cette assemblée, et qu'une

dévote, voisine du lieu où nous étions, y avait porté cette

nouvelle et l'avait dite, en présence d’autres personnes, au Père préfet des jésuites. Jamais nous n'aurions cru qu'on nous dût faire tant d'honneur. Cependant, comme des étrangers qui sont dans un pays qui est en guerre avec le leur craignent d’être visités par des gens curieux des affaires d'autrui, nous jugeâmes à propos de déloger, de peur qu’en cherchant des jansénistes on ne trouvât des Français. Nous avions même une double crainte, car nous n’étions qu’à deux lieues d’une garnison du pays, et les Français n'étaient qu'à trois lieues de la ville, c'est-à-dire un détachement de trois mille chevaux, et nous craignions autant les uns que les autres. Voilà notre aventure, qui nous a fait changer d’auberge pour quelques jours. Plusieurs de nos amis nous faisaient espérer merveilles du côté de Paris. On espérait surtout que le pauvre

P.'du Breuil serait remis en liberté. Il paraît qu'il y

avait de puissantes sollicitations pour lui; mais il est arrivé que, selon qu'on l'a vu les autres fois, on n’a fait qu'accroître son affliction par les efforts qu'on à faits pour la faire finir. [Il a donc reçu un ordre du roi par un exprès qui doit le conduire à Brescou'. Cest

Sainte-Beuve, dans Port-Royal, I, 289, admet, en principe, l'existence de cette entrevue sans y voir, à aucun degré, une tentative de conspiration. Le passage de Quesnel est assez important, car le rapprochement qu'il établit, entre leur situation présente et l'événement de Bourg-Fontaine, va directement à l'encontre de l’allégation des jésuites.

1. C'était sa sixième prison. De là il fut conduit à Alais, où il mourut, le 4 septembre 1696. Quand on le transféra à Brescou, dans la Méditerranée, il avait soixante-dix-huit ans. C’est un des plus frappants exemples de l'injustice et de la cruauté des persécutions religieuses sous Louis XIV:

un fort qui est dans une petite île sur les côtes du Languedoc, inhabitable pour tous ceux qui n’y sont pas nés et à cent trente lieues de l’île où il était [à la citadelle d'Oléron). Jamais on n'a vu une inhumanité pareille à celle-là, et on voit bien que l’archevèque veut signaler sa vengeance Jusqu'au bout. Un roi qui se rend ainsi l'instrument de la vengeance d’un prêtre est bien petit, quelque grandeur qu'il affecte.

Il n’est pas mauvais que l’on sache à Rome que c’est M. l’archevèque de Paris qui fait traiter si Imhumainement un prêtre par esprit de vengeance et qui Île fait transporter d'île en île et de prison en prison. Voilà déjà la sixième.

J'apprends que le même Jour que nous partimes de notre maison de campagne trois révérends Pères, le recteur et deux des plus huppés, étaient venus pour voir cette maison, et ils la visitèrent d’un bout à l’autre. C'eût été un grand plaisir de nous y trouver pour leur faire deviner si nous étions ceux qu'ils cherchaient.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Liège, 19 août 1690.

Nous sommes toujours dans notre trou!, où nous attendons donec veniat immutatio nostra:

On a parlé de plusieurs miracles arrivés à l’invocation de notre ami | Pontchäteau?; mais on n'a pas cru

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