Louis Boucherat
2. Brulart de Sillery, précédemment évêque d’Avranches, où, dit Saint-Simon, « pétri d’orgueil etd'ambition, il était outré de se voir. Il
L'abbé de la Trappe a répondu au livre des Etudes monastiques du P. Mabillon. |
L'électeur est arrivé avant-hier.
Je vous envoie une copie manuscrite de la fable du Cygne, parce que j'en ai reçu une imprimée. Je me dédis sur l'heure ; je ne vous l'envoie pas, parce qu'il y a bien de la différence, et j'en pourrais avoir affaire. Dans le manuscrit, le P. Bouhours est traité de « rare et divin esprit, arbitre du bon goût et maitre en l’art d'écrire ».
Tout s'apprête ici pour une proscription des Jansénistes, si on en croit les jésuites, qui sonnent l’alarme par des écrits séditieux et pleins de fureur. Dieu sur tout!
Quesnel à du Vaucel, à Rome
4 avril 1692.
Je ne sais comment vous avez regardé les Remarques sur la lettre du P. de Waudripont comme superflues. C'est une lettre de la dernière importance pour cette affaire, et qui découvre l’auteur de la fourberie. On n’en avait encore rien dit. Des personnes de Liège, avant même que cela parût(ce que jen’ai pourtant su qu'après), disaient: « Je m'étonne comme on ne sait point qui est le faux Arnauld. C'est le P. de Waudripont. » Un autre, tenant un verre à la main, y a dit encore : « Jesuis aussi assuré que c'est lui que je le suis que je tiens ce verre. »
Un monsieur Beekman, de Liège, parent proche du. P. Beekman, les a vus, lui et le P. de Waudripont, chez lui à la campagne, travailler à quelque chose de
se donna, ajoute-t-il, à la cour et aux jésuites ». Nous le verrons plus tard, après l'affaire de la constitution Unigenitus, où 1l se livra tout entier à la compagnie, déclamer, à son lit de mort, contre la bulle en exhalant ses remords par des hurlements qu'on entendait de la rue.
fort secret. Ce Père se relirait aussitôt après les repas et prenait le soir plusieurs chandelles pour travailler pendant la nuit. Apparemment il faisait le libelle en ce lieu-là où 1l prenait les eaux de Spa, et on dit que sa trop grande application lui a rendu les eaux inutiles et lui a causé une surdité.
Si cette découverte se confirme, il en résultera qu'ils ont trompé le roi, en lui présentant un faquin au lieu du faux Arnauld, et en l’assurant que ce n’est point un jésuite. Cela vaut bien la peine d'être éclairei. La Récapitulation est sur quoi vous auriez plus de sujet de vous plaindre desrépétitions. Cependant il me sembleque ce ramas doit faire un bon effet, outre qu'il y a des choses qui n'avaient point été éclaircies. Enfin cela est fait.
Il y a eu des conférences chez M. l’archevèque au sujet des lettres écrites par le P. Bouhours à la demoiselle. Le P. de La Chaise s’y est trouvé avec M. de Lamoignon, avocat général. On prétend que cette affaire fut terminée le dimanche 23 mars dernier.
M. d'Argouges! devait être sacré le dimanche des Rameaux, en Sorbonne. M. de Sens? s’est excusé d’en faire la cérémonie, pour ne pas se brouiller avec Rome, n'ayant pas le pallium. On à mandé que M. de Rouen’ avait écrit à Rome que, si on ne le lui envoie, il fera ses fonctions sans pallium.
On nous a envoyé de Paris une thèse de théologie soutenue à Lyon au collège des jésuites, le 9 février 1692: Cette thèse est fort dette contre les prétendus Jansénistes. Rien n'est plus insolent ni plus faux que ce qu'ils y disent.
1. François d’Argouges, nommé à l'évêché de Vannes, depuis le mois de décembre 1687.
2. Hardouin Fortin de la Hoguette, « un prélat qui honorait l’épiscopat sans rien de farouche et d'austère. » (Saint-Simon, Ecrits inédits, VI, 202.)
3. Jacques-Nicolas Colbert, membre de l’Académie française, mort en 1707.
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Je ne comprends pas comment les Romains souffrent que des théologiens fassent ainsi de leur chef des articles de foi. Ces gens-là n'ont d'amour ni pour la vérité, ni pour l'Eglise. Les thomistes s’endorment sur tout cela, et ils ne voient pas que l’on sape de tous côtés la doctrine de la grâce efficace. Ils crieront au feu quand la maison sera brûlée. Ils croient gagner beaucoup, s'ils viennent à bout de faire mettre Craneberg dans un index. Devinera-t-on pourquoi il y est? Ils se font brebis, le loup les mangera. |
Quesnel à du Vaucel, à Rome
12 avril 1692.
Vos nouvelles touchant le formulaire sont bonnes, pourvu qu'elles ne changent point. Les Romains paraissent aussi commencer à entendre raison sur la lecture des Ecritures en langue vulgaire, et il me semble que le moyen le plus efficace pour les persuader sur cela est que, dans une matière où ils n’ont aucun intérêt et où ils voient qu’au moins en France on se moque de leurs défenses, il leur est bien plus avantageux de paraître y donner les mains, en expliquant les anciennes défenses, que de s'opiniâtrer à soutenir celles-ci et à commettre inutilement et sans fruit leur autorité. Ils se feront honneur, au contraire, et auprès des catholiques et auprès des protestants, faciliteront à ceux-ci leur retour dans l'Eglise et, par-dessus le marché, ils feront une bonne œuvre en soutenant le bien et en arrètant des vexations qui font honte à la religion.
Ce que M. Du Pin aura résolu de faire, il le fera, et ni moi ni d’autres n’y pourrons rien pour l'arrêter. On me mande que M. l’archevèqne de Paris l’a envoyé quérir pour lui parler de son différend avec M. de Meaux,
et qu’il lui a offert sa médiation et sa protection. Cela rendra ce docteur encore plus fier. Si M. de Meaux avait du courage, il irait droit au roi et lui ferait connaitre les choses.
On mande de Paris, du 5 avril, qu'il y avait de nouvelles brouilleries à Rome et que M. de Paris avait eu ordre d'aller de bon matin, le lundi saint, à Versailles au cabinet du roi, ce qui l’empêcha de dire la messe du Saint-Esprit pour l'ouverture du jubilé.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
Bruxelles, 18 avril 1692.
Les jésuites, depuis la publication de la lettre du P. de Waudripont, n’ont pas soufflé sur son sujet et ne l’ont pas osé nommer. Je ne sais s'ils le feront; mais ce silence est une nouvelle preuve qu’on avait mis le doigt dessus. Les Jésuites ne souffriront pas beaucoup du décret. Ces censures, qui ne disent rien, ne font aussi rien pour l’ordinaire. Ts diront, à son égard, ce que les jansénistes disent de semblables décrets.
Je n'ai pas trop de foi aux miracles des papes modernes. S'ils réformaient la cour de Rome et qu'ils travaillassent aussi à la réforme de l'Eglise en commençant par renoncer à l'infaillibilité, ce serait un miracle que je croirais, parce qu'il serait public, s'il était vrai.
M. Gilbert! ne partit pas, le 4 février, de Thiers, comme ïil le croyait faire; mais le 10, comme on
1. Gilbert, docteur à Douai, fut dénoncé, en 1686, par les jésuites, comme fauteur de jansénisme. Il fut exilé à Saint-Quentin, puis à Thiers et à Saint-Flour, en février 1692. Enfin, craignant encore ce peu de liberté, ils le firent enfermer au château de Pierre-Encise, à Lyon, où il mourut en 1708.
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l'apprend d’une lettre de Saint-Flour, du 14 mars. Il lui a fallu onze jours pour faire dix-huit lieues, à cause des neiges où il était obligé quelquefois d'entrer jusqu'aux genoux et de se faire un chemin, ettraverser des torrents et des ruisseaux.
Voici ce qu'on mande de Paris. On prétend que M. le procureur général a été des assemblées qui se sont tenues chez M. l’archevèque au sujet des lettres du P. Bouhours. On ajoute que le curé de Saint- Benoist, qui avait été chargé de porter les lettrgs à l’archevêché, a dit qu'on les avait brülées à mesure qu'on les lisait. Mais, comme le curé n'entrait pas dans cette assemblée, on ne sait s'il a pu être bien informé de ce qui s'y passait. De plus, comme il fait la cour aux jésuites, son témoignage pourrait être suspect. Ce témoignage n'est pourtant pas trop avantageux, car on ne brûle point de bonnes lettres.
On diffère de trois mois le sacre des évêques, parce que le pape a souhaité qu'ils fissent leur profession de foi devant le nouveau nonce, qui n’est peut-être pas encore parti.
J'ai bien peur que ce que vous avez mandé des ordres envoyés à l’internonce, pour obliger les évèques à ne rien innover sur le formulaire, ne s’en aille en fumée.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
23 avril 1692,
Je laisse à M. Ernest [Ruth d'Ans| de vous mander ce que l’on apprit hier, de France, du départ du roi Jacques pour l’Angleterre sur une puissante flotte.
1. Louis XIV n'avait pas renoncé à rétablir Jacques II, qui s'avanca vers les côtes anglaises avec le maréchal de Bellefonds et Tourville.
se campagne devait aboutir au premier échec que subit la flotte royale.
Vous demandez des Recuerls de prières et des Nouveaux Testaments avec Réflexions, de la deuxième édition. Il faut, s’il vous plait, attendre qu'ils soient imprimés en ce pays; car, pour ceux de France, il n'ya pas moyen d’en faire venir!.
C'est une grande misère, si on n’a personne qui instruise un peu M. de Saint-Patrice [/e pape] des vexations de France, et qu'on laisse impunément les adversaires lui remplir l'esprit de calomnies et applaudir à l'oppression des plus innocents.
On mande de Paris que ceux qui ont vu les Avis importants disent que, dans l’entretien du 20 décembre, on a omis cette circonstance qui est que le P. Bouhours ajouta ces. propres termes : « Je me vengerai. » Sur quoi M°° de Lamoignon lui demanda si cela était chrétien, à quoi il fut obligé de répliquer « qu’il se vengerait saintement ». Sans doute en bien dirigeant son intention.
M'étant avisé d'envoyer à M.'Nicole le formulaire imprimé de M. de Malines, ou de M. Hayaerts, il me répond ainsi : « Cet imprimé est très propre à me con- « firmer dans une pensée que J'ai depuis longtemps, « que ce n’est point dans les lieux d’infamie, dans les « compagnies de voleurs et de bandits, que se com- « mettent les grands crimes ; mais que les plus noirs « desseins et les plus criminels naissent d'ordinaire « dans la tète des ecclésiastiques. Le temps de la Pas- « sion nous l’a fait voir dans la personne des phari- « siens et des scribes, et je crois que cela se vérifiera « dans la suite de tous les siècles. »
i. M. Arnauld écrivait à du Vaucel, le 1°" février 1692 : « Tout le Nouveau Testament avec des Réflexions morales, du P, Quesnel, est achevé d'imprimer. Je voudrais qu'il y en eût à Rome, car je ne saurais croire que toutes les personnes qui entendent le français n’en
fussent extrêmement édifiées. »
2, Avis importants, 1692, par F. Lefranc, pseudonyme de Quesnel.
Quesnel à du Vaucel, à Rome
2 mai 1692.
Il ne faut pas beaucoup faire de réflexions sur le voyage des dames, non plus que sur celui du roi. Il est reculé, et apparemment on veut voir auparavant l'affaire d'Angleterre en bon train. Toutes choses paraissent bien disposées pour le rétablissement de ce prince. Le roi Guillaume a fait passer par deçà toutes ses troupes, et il est à une maison de campagne à se divertir à la chasse. On ne fait aucun mouvement de ce côté-ci, pour traverser le dessein du roi Jacques. Cette entreprise les interdit un peu. Cependant les vents qui soufflent depuis quelques jours m incommodent, et j'ai peur pour la flotte qui porte César et sa fortune. |
Que les dames vous font faire de réflexions! Si le roi vient, elles ne l’empêcheront pas de faire quelque entreprise, c’est-à-dire qu'il assiégera quelque place, pendant que M. de Luxembourg tiendra la campagne et couvrira les assiégeants. Car d’entrer dans la mêlée, cela est bon à un aventurier comme le prince d'Orange qui doit s’accréditer par sa bravoure ; mais, pour un roi de France, en l’état où sont les affaires, ce serait une grande imprudence de s’exposer dans une bataille.
L'obstacle que vous trouvez à la paix est mal fondé, car on se tient assuré que le roi tiendrait religieusement ce qu il promettrait. Les manières de M. de Louvois ont beaucoup servi à décréditer la conduite de la France ;
1. Madame, duchesse d'Orléans, plus sceptique que les courtisans, écrit le 1° mai 1692 : « Ce qui doit résulter de la descente en Angleterre, l'avenir nous l’apprendra ; mais il ne m'est pas possible de croire que le prince d'Orange se laissera arracher aussi facilement les trois royaumes qu'il les à pris à son beau-père. »
mais les étrangers qui connaissent M. de Pomponne ont
d’abord jugé que les affaires se traiteraient d'une autre manière et qu'il n'aurait pas les airs du ministre à qui il succède. La vérité est que tous ceux qui sont maintenant dans le ministère sont gens sages, modérés, et dont la plupart ont de la religion et de la piété.
M°° de Fonpertuis dit merveilles de celle du neveu!
de M. D. [Arnauld|, car elle le voit souvent, et ils ont des tête-à-tète fort longs. M. le duc de Beauvilliers* a aussi beaucoup de piété. M. Le Peletier* et M. de Pontchartrain en ont eu autrefois, et je crois qu'ils sont toujours bien éloignés des manières dures et de tout ce qui peut servir à décrier le ministère.
Le curé de Saint-Germain l’Auxerrois avait résigné sa cure à M. l’abbé de Marillac; mais on mande de Paris qu'il n'est point agréable à M. de Paris, ni à la cour, par conséquent. Le mystère est que M. de Paris veut y mettre un M. Robert, son pénitencier et son mignon, et ce prélat a déclaré à l’ancien curé qu'il ne
voulait pas qu'il eût d’autre successeur que ce mignon.
Je perds l’envie d'écrire au comte“, depuis que je sais qui est son directeur. La lettre serait montrée et ne serviroit plus de rien.
1. M. de Pomponne, disgracié en 1679, avait été rappelé au Conseil, après la mort de Louvois, avec le titre de ministre d'Etat.
2, « C'était la vertu etla probité même. » (Diclionnaire historique de Chaudon).
3. Claude Le Peletier, ministre d'Etat en 1689. Il occupa la surintendance des postes de 1691 à 1697, époque à laquelle il quitta entièrement la cour pour vivre dans la piété et la retraite. II mourut en 1711.