‹ Un jeune homme presseChapitre 3 sur 41 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Dardard. Occupiez-vous le numéro 13, second rang, première galerie, côté gauche? . . . dites-moi si vous étiez bien.

Pontbichet. Oh ! extrêmement bien . . .

Dardard. Enfin, n’y avait-il pas près de vous 5 une jeune fille . . . avec des yeux ! un nez ! une bouche !...

Pontbichet. En effet . . . ma fille Cornélie . . . Après?

Dardard, ôtant son paletot. Ça suffit. (Il paraît en 10 habit noir, gants blancs, costume de prétendu.) Monsieur, je suis un jeune homme pressé, Ernest Dardard- Lacassagne, de Dumirac, près de Bordeaux; et j’ai l’honneur de vous demander la main de mademoiselle Cornélie, votre fille. 15

Pontbichet. Ah çà ! monsieur, vous flanquez-vous de moi? Comment! vous venez à deux heures du matin violer mon sanctuaire ... et me conter vos polissonneries !...

Dardard. Il me semble que ma démarche ... 20

Pontbichet. Sortez !

Dardard. Par exemple !

Pontbichet. Monsieur, je vous préviens que ma table de nuit contient deux objets !...

Dardard, V arrêtant pudiquement. Chut ! on ne 25 nomme pas ces choses-là !

Pontbichet, continuant. Une paire de pistolets pour les malfaiteurs, et un verre d’eau sucrée pour moi . . . quand je tousse.

Dardard. En vérité ! eh bien?

(Air: Vaudeville de la Famille de V Apothicaire.)

Moi, je( blâme cet imbroglio.

Des pistolets, de beau sucrée !

On croirait pour un quiproquo 5 La chose à dessein préparée.

Voyez d’ici l’affreuse erreur . . .

Vous pourriez, prenant l’un pour l’autre, Sucrer ... la cervelle au voleur,

Et percer un trou dans la vôtre.

io Pontbichet. Ah çà ! monsieur, vous faites de l’esprit . . . moi, j’ai envie de dormir.

Dardard. Recouchez-vous.

Pontbichet. Quand vous serez parti.

Dardard. Moi ! partir sans l’avoir vue, sans avoir 15 revu Cornélie? . . .

Pontbichet. C’est ça, je vais la faire habiller pour vous.

Dardard. Ah ! je ne demande pas ça !

Pontbichet. C’est heureux.

20 Dardard. Qu’elle vienne comme elle est ... ce n’est pas sa robe que j’aime ... ce n’est pas sa robe que j’épouse . . .

Pontbichet. Mais, monsieur . . .

Dardard. Ah! Vous ne me connaissez pas; je 25 suis de Bordeaux, monsieur !... j’ai la tête chaude ! . . . Pontbichet. Qu’est-ce que ça me fait?

Dardard. Et, à Bordeaux, quand on aime, quand on distingue une jeune fille au spectacle, on ne s’in-

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