‹ Un jeune legionnaireChapitre 10 sur 43 · LA COMPAGNIE SAUVE NOIRAUD · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE SAUVE NOIRAUD

— Je suis un héros, moi! semblait-il dire.

Au cantonnement, Noiraud fut installé à Y infirmerie du régiment. Jean ne le quittait pas et lui apportait lui-même deux fois par jour une gamelle de soupe et de la viande crue. Cela était absolument nécessaire, car la pauvre bête avait perdu beaucoup de sang et avait besoin de recouvrer ses forces.

Mais il fallut, bientôt après, quitter la Champagne, abandonner les secteurs dont on avait creusé les tranchées et organisé les défenses.

A l’aube, le réghnent partit avec armes et bagages pour une destination inconnue.

Les uns prétendaient que l’on allait prendre le train et renforcer le camp retranché de Paris; les autres, que l’on allait participer à une grande attaque.

Chacun avait le cœur un peu serré. Jean était heureux, cependant. Pendant les mois passés en Champagne, aucun de ses amis n’avait été blessé, sauf Noiraud, mais le griffon était actuellement parfaitement guéri.

On arrive à une gare et on s’embarque. Au moment où le train part, retentissent des chants militaires russes et espagnols, bientôt dominés par la Marseillaise, puis par

((Si tu veux faire mon bonheur Marguerite, Marguerite» . . .

qui est décidément la chanson préférée par le bataillon.

5 La nuit arrive; les chants cessent. . . .

Vers l’aube, le train ralentit sa marche; il s’arrête.

— Paris! C’est Paris!

Paris! Va-t-on pouvoir le visiter?

10 Tout le monde descend. Pendant que le commandant va aux ordres, on interroge un employé du chemin de fer:

— Avez-vous vu passer des tirailleurs et des zouaves?

15 — Oui.

— Vers où les avez-vous dirigés?

L’homme hésite, puis répond:

— Vers le Nord!

Dans l’éblouissant azur s’élevait la basilique 20 blanche du Sacré-Cœur de Montmartre.

Une sonnerie de clairon retentit et chacun regagne son wagon. Quelle déception ! Il faut tourner le dos à Paris sans l’avoir visité. Le bataillon n’est pas content.

25 En route vers le Nord!

Les localités succèdent aux localités. L’aspect du pays change. Vers le soir le train s’arrête

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