‹ Un jeune legionnaireChapitre 9 sur 43 · SAUVA NOIRAUD · texte numérisé non relu

SAUVA NOIRAUD

A quelque temps de là, Noiraud, selon son habitude, accompagne la patrouille. Des feux de mitrailleuses obligent les hommes à s’espacer ou à se coucher dans des trous d’obus.

Mais à l’aube Noiraud ne rentre pas avec 5 ses compagnons.

La pluie tombe; le brouillard s’étend. . . .

Jean dit:

— Il se sera perdu.

On n’y croit pas. Cela ne lui est jamais 10 arrivé depuis qu’il suit le bataillon.

Le caporal Saigne suggère:

— Il est peut-être aux cuisines.

Des soldats en reviennent. On ne l’y a pas vu. Vers trois heures de l’après-midi, le venti5 chasse les nuages et le brouillard. Le capitaine, avec sa lorgnette, découvre, entre les lignes, une tache noire et qui bouge, semble-t-il.

— C’est lui! C’est Noiraud!

On demande des volontaires pour aller ra-20 masser le chien, à la nuit. Toute la compagnie se présente. Les camarades avec qui il est

tombé — sans un cri — iront le chercher. L’obscurité venue, on sort. Dix minutes après, Noiraud est ramené.

Il avait une patte cassée et, en rampant vers 5 les lignes françaises, son cou s’était pris dans un nœud de fils de fer dont il n’avait pu se dégager. Mais son cœur et son intelligence lui avaient affirmé que ses camarades n’abandonneraient pas leur sauveur; et à demi étranglé, 10 son sang coulant à flots, il avait patiemment attendu la patrouille et la nuit.

Dans toute l’armée française il n’existe pas un grand blessé qui puisse se vanter d’avoir été soigné par ses infirmières comme Noiraud 15 le fut par les hommes de son bataillon.

Il faut avouer qu’il eut de la chance. Le lendemain de sa blessure, le bataillon s’en alla au repos.

Noiraud, sa patte minutieusement plâtrée 20 par le major, fit le voyage dans la voiture d’ambulance, couché sur des couvertures.

Il était pénétré par la dignité de sa situation. Pendant les haltes, ses amis venaient lui rendre visite et lui offraient des biscuits, du pain, 25 de la charcuterie. Il acceptait ces présents comme un prince accepte les hommages de ses sujets.

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