‹ Un jeune legionnaireChapitre 12 sur 43 · UNE ATTAQUE D’INFANTERIE · texte numérisé non relu

UNE ATTAQUE D’INFANTERIE

L’ordre est de traverser les lignes ennemies sans s’y arrêter, d’avancer le plus loin possible. D’autres troupes ont mission de soutenir l’attaque et d'organiser le terrain conquis.

Les escouades reçoivent des revolvers, d’au- 5 très des grenades, d’autres des poignards. On distribue aussi des masques. C’est pour demain.

L’artillerie lourde tonne. Le tir est lent, mais régulier. A la tombée de la nuit, des nuages 10 montent de l’horizon, se rejoignent, et un orage éclate. Au loin, les lueurs blanches des fusées se mêlent aux rouges lueurs des canons. Le fracas du tonnerre roule dans celui de l’artillerie. L’ensemble formé par ces détonations 15 et ces lueurs est tragique. Les hommes, au seuil des maisons ou sous les tentes, regardent. . . .

On mange gravement la dernière soupe.

Ceux qui n’ont jamais pensé que l’on pourrait 20 mourir, y songent soudain. Les derniers préparatifs changent le cours des idées: on graisse les souliers et les fusils, on examine les pointes des baïonnettes, on compte les grenades et les cartouches. 25

Jean a embrassé tous ses amis. Il reste au cantonnement. La garde des magasins où sont enfermés les sacs, lui est confiée.

A minuit, les compagnies se rassemblent.

Un commandement se transmet:

— En avant, lentement!

Les hommes partent en silence et marchent

5 à la file indienne. Pas un nuage. Le terrain est presque sec. On traverse une ferme et on monte en première ligne par un boyau. A l’angle d’un carrefour, le commandant. Les hommes le saluent. Il incline la tête:

10 — Bonjour! — et il ajoute le nom de l’homme.

Et le salut de l’homme veut dire:

— Comptez sur nous, commandant. Il faut se battre; on se battra.

Le «bonjour» du commandant signifie:

15 — J’y compte.

Les positions d’attaque sont occupées.

L’artillerie française ne tire pas encore. Les Allemands envoient des 210, des 155 sur les batteries, les fermes, les tranchées et les routes.

20 Soudain quatre détonations déchirent l’air: les 75 se réveillent.

Les hommes de la première vague d’assaut sont assis à terre.

Le caporal Saigne s’écrie:

25 — Brr! Il fait froid; si on déjeunait pour se

réchauffer!

Page 1