CHAPITRE VU
Sur la liune.
Il s'agit maintenant de quitter cet •observatoire élevé dominant les crêtes circulaires de Copernic et de descendre visiter ces grandes plaines que les rayons solaires baignent de leurs obliques rayons.
La ligne de moindre pente n'est pas facile à déterminer. Partout les flancs abrupts s'abaissent en une effrayante déclivité et, par ressauts, vont rejoindre des chaînons montagneux ou des plissements de terrain disposés autour de Copernic comme les rayons d'une énorme roue.
Nous ne pouvons songer à gagner la région du Sud, dont vous apercevez les gorges profondes, précipices effrayants où les roches tombent sans bruit, où les avalanches de pierres restent sans écho.
Prenons plutôt la route du Nord; les
sentiers s'y montrent plus praticables.
Mais, attention! souvenez-vous qu'ici le globe lunaire nous attire 6 fois moins que le globe terrestre. Voilà qui explique cette sensation de légèreté tout à fait caractéristique.
Avez-vous réfléchi quelquefois à la cause de la pesanteur? Celle-ci n'est au fond qu'une variété d'attraction ; la chute d'une pomme considérée, paraît-il, par Newton, le génial mathématicienphilosophe, a été suffisante pour laisser entrevoir que les corps célestes s'attirent les uns les autres de la même façon que la Terre dirige la chute des corps à .-a 6urface. Plu6 tard la considération du mouvement de la Lune sur son orbite permit de fixer d'une façon définitive ces grandes lois de l'attraction, base de notre
Mécanique céleste. « Les choses se passent, disait Newton, comme si les corps s'attiraient suivant leur masse, c'est-à-
Cette région que nous allons parcourir est une des premières qui aient été obtenues photoçrapJiiqaement. En haut. Copernic, en bas : les Apennins, les Alpes et 1" cirque de Platon. (Cliché des Frères Henry.)
dire suivant la quantité de matière qu'ils renferment. »
Le poids d'un corps n'est donc pas une qualité inhérente à la matière.
posons, en effet, un atome seul au
monde et dans l'espace; cet atome n'est attiré par rien, donc il ne pèse pas. Mettez en sa présence un faible amas d'au
très atomes : immédiatement les deux masses inégales tendent l'une vers l'au tre ; la pesanteur prend naissaure.
Oette force attirante de la pesanteur est donc éminemment variable suivant la masse des corps. La masse de la Lune étant plus faible que celle dr globe terrestre on conçoit très bien qu'une pierre transpor tée sur notre satellite y soii moins attirée, donc moins pesante,
Tenez, voilà précisément un bloc de rocher qui, à première vue pèserait bien chez nous 100 kilogrammes Prenez-le dans vos bras, vous aurez la sensation de soulever 20 kilogrammes à peine.
Et chose extraordinaire, point ne fut be soin pour les astronomes d'excursionner dans la Lune pour déterminer le poids des corps à sa surface et même pour peser notre satellite. Les méthodes ne manquent pas et la plus simple à saisir peut aisé
En haut in chaîne du Caucase, Autolvrhus. arlstille, Cassini. Sur Ifl droite, an milieu, la chaîne el la vallée des Alpes. En face, sur la gauche, les grands cirques d'Eudox< et d'Aristote Image renv rsé<
(D'à tirés une plwtograph c di Lœioy ei l
ment être comprise par lout le monde.
Si la Lune était aussi pesante que la Terre, les deux corps s'attireraient également et tous les deux se mettraient à tourner autour de leur, centre de gravité commun, c'est-à-dire autour d'un point situé à mi-chemin de la Terre à la Lune.
Or, en fait, les masses sont inégales et au moment où la Lune devance la Terre sur son orbite, il est facile de constater que nous sommes attirés quelque peu par notre satellite. La valeur du déplacement, calculée par le dérangement apparent du Soleil dans le ciel, est de 4 634 kilomètres, 6oit à peu près la 81e partie de notre distance à la Lune. D'où Ton peut conclure que la masse de la Terre est 81 fois plus grande que celle de la Lune; en tout cas, elle est très certainement comprise entre les nombres 80 et 83.
Poursuivons les conséquences de ce raisonnement. Newton a démontré par une seconde loi que l 'attraction diminue avec la distance. Nous le constatons déjà sur la Terre où les corps pèsent d'autant moins qu'ils sont plus éloignés du centre. Si donc la Lune et la Terre avaient même grosseur, une pierre sur notre satellite pèserait 81 foi6 moins que chez nous ; mais la conclusion ne peut subsister telle quelle, puisque la pierre sur la Lune est plu6 proche de son centre attractif. Le chiffre précédent est donc loin d'exprimer la réalité et tout calcul fait, puisque nous connaissons le rayon de la Lune, nous trouvons que la force de la pesanteur sur notre satellite est seulement la sixième partie de l'intensité de la pesanteur moyenne à la surface de la Terre.
Autre conséquence 6i
vous pesez 60 kilogrammes chez nous, ici vous n'accuseriez sur un peson à ressort qu'un poids correspondant à 10 kilogrammes, et comme votre force musculaire est res-
tée intacte, vous comprenez maintenant comment vous pouvez arriver à soulever facilement un bloc énorme de rocher.
De même, avant de sauter un obsta-
Détails observés dans le cirque de Platon par M. Stanley Williams.
cle, de franchir un talus ou une crevasse, ferez-vous bien de prendre vos précautions et de vous rappeler que tout effort vous permettant de faire un saut do 2 mètres « en votre pays » vous portera à 12 mètres cle distance sur le sol lunaire.
En observant quelques précautions, cette diminution de la pesanteur va précisément nous fournir des moyens inespérés d'arriver sans encombre au bas de ce vaste talus et de gagner rapidement les premiers contreforts de la grande chaîne des Apennins.
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Variations de détails observés sur les mêmes pointa lunaire. •!>■ ssttt» de M J.
de la surface DessfiUffny.)
Des pics isolés élevant leurs cimes au-dessus d'un vaste désert, de fréquents tumulus au sommet desquels 6'ouvrent des puits béants dont le regard est impuissant à sonder la profondeur, puis s'étageant jusqu'aux limites de notre horizon, des collines basses, des sillons parallèles, quelques cavités en forme d'auges, parfois d'énormes crevasses, tel nous apparaît le Région sur la large détroit que nous tra- cru voir de
versons au nord de Copernic pour rejoindre la grande mer des Pluies.
Nous pourrions marcher ainsi pendant des centaines de kilomètres et ce serait toujours le steppe désertique au sol flamboyant, brûlé par les ardeurs d'un insupportable Soleil.
Au midi lunaire, c'est-à-dire lorsque l'astre du jour aura parcouru la moitié de sa course dans le ciel, le sol s'échauffera au point de rôtir instantanément des êtres organiques transportés à sa surface. La température dépassera une centaine de degrés et pendant la longue nuit lunaire, de deux semaines environ, un thermomètre à gaz, accuserait un froid de près de 270 degrés au-dessous de zéro.
Quelles plantes, quels animaux résisteraient à de sembla-bles extrêmes de température et à de si violentes alternatives?
Mais déjà les Apennins sont en vue.
Pendant 643 kilomètres cette chaîne, la plus belle de notre satellite, va nous fermer l'horizon du côté oriental.
Aucune ressemblance, d'ailleurs, avec nos massifs alpestres. Ici, c'est un amoncellement titanesque de matériaux entassur une largeur atteignant en certains endroits, notamment du côté de la mer des Vapeurs, une étendue de 256 kilomètres.
De cette masse informe s'élèvent des pics effilés dont vous voyez les ombres allongée but votre droite, forêts de clo-
chetons, de colonnes, de minarets, d'obélisques géants enchevêtrant leurs formes invraisemblables dans un panorama irréel, taches bleues éblouissantes sur un fond noir tout constellé d'étoiles.
Derrière nous, le grand cirque d'Eratosthène se détache puissant sur la plaine monotone qui marque le commencement de la mer quelle on a des Pluies.
la fumée. Avançons toujours vers
le Nord. Saluons en passant la masse carrée des monts Wolf dont la cime extrême atteint 3 660 mètres, le mont Huygens avec son pic dont le sommet va se perdre à 5 500 mètres d'altitude.
Devant nous, maintenant, un peu sur la gauche, un môle énorme a surgi, c'est la montagne annulaire d'Archimède dont le diamètre intérieur atteint 80 kilomètres. Nous voici dans le marais des Brouillards. Donnez en passant un regard sur Théetète, ce petit volcan près duquel certains astronomes ont cru voir un panache de fumée ; maintenant nous avons atteint les premiers contreforts des Alpes lunaires. Des pics se dressent à nouveau moins nombreux toutefois que dans les chaînes des Apennins où les sélénographes en ont compté plus de 3 000.
L'œil ici n'en découvre que quelques centaines dont le plus remarquable est le mont Blanc avec ses 3 650 mètres d'altitude.
A la base de ses flancs taillés à pic, s'ouvre une large vallée, brèche fantastique s'étendant à perte de vue en ligne droite, couloir gigantesque que le6 forces souterraines se sont pratiqué au milieji de cette nature impénétrable et de cet entassement chaotique.
Non loin de là s'élève le grand cirque annulaire de Platon, vaste arène de 96 kilomètres d'étendue.
Mais les heures passent, le Soleil lentement gagne l'occident ; hâtons le pas
Variations de teintes dans le marais de la Putréfaction pendant un jour lunaire.
!)■ ssins de M. J. DesseUigny.)
vers la mer de la Sérénité et continuons notre excursion en gagnant la partie méridionale de la Lune.
Nous voici vers Linné, faible cratère qui, depuis des années, pose aux astronomes la question de6 variations lunaires.
Linné a été fort bien observé par les anciens sélénographes ; or, le6 descriptions modernes ne répondent plus du tout à ce qu'enseignaient Lohrmann, Schrœter, Huggins et plusieurs autres.
Il se serait produit dans la première moitié du xixc siècle d'importants changements dans l'aspect de cet objet bizarre qui aurait été comblé en 1866 par une sorte de matière blanchâtre, de la lave très probablement.
Les deux petits cratères Messier offrent aussi des variations d'aspect fort
curieuses : tantôt ils sont visibles, tantôt ils sont cachés par un écran ressemblant à de la fumée.
Faut-il encore rappeler les observations de MM. Charbonneaux et Millochau qui ont aperçu des phénomènes analogues — taches blanchâtres de 7 kilomètres de longueur — 6e dessiner audessus d'un petit cratère situé près de Théetète que nous avons aperçu en. passant.
La discussion de tous ces faits et de quantité d'autres à peine étudiés remet donc en question le problème de l'activité interne du feu central sur notre satellite. Sans doute il est difficile d'admettre 6ur la. Lune la présence de phénomènes dus à un reste de végétation, même dans plaines basses, niai- il revt<> à expliquer des changements de teintes constates à
chaque lunaison et nombre de variations s "accordant assez bien avec l'hypothèse que les forces internes remanient encore la topographie du sol lunaire.
Au surplus, la géologie de cette terre si proche de la nôtre est bien faite pour déconcerter les plus savants. La croûte superficielle de notre satellite a été soumise à des actions puissantes san6 analogie avec celles qui paraissent avoir présidé au relief du globe terrestre.
Il est probable qu'au début, c'est-à-
Lv chaîne des Alpes lunaires.
dire au moment où la Lune était à l'état Mieux, les gaz emprisonnés dans la masse interne ont soulevé çà et là d'énormes dômes, sortes de bulles gigantesques qui ont crevé, déterminant ainsi de vastes affaj e de forme elliptique ou circulaire.
Ainsi auraient pris naissance les grandes dépressions comme la mer des Crise la mer de la Sérénité, la mer des
Pluies, etc. Toutes, en effet, sont limitées par des massifs montagneux dont la déclivité la plus brusque fait toujours face aux parties affaissées.
Plus tard, à mesure que la croûte gagnait en épaisseur, les boursouflures se sont localisées en des régions plus restreintes; l'affaissement résultant a provoqué des cirques comme Tycho, Ptolémée, Théophile, etc.. La présence des montagnes centrales s'explique même assez bien dans cette hypothèse : faute de place, certaines parties du dôme ont été obligées de 6erecouvrir les unes les autres.
En certains cas, l'ascension des laves a comblé plus ou moins le fond de l'arène et débordé en coulées métalliques le long des parois extérieures.
Enfin lorsque la croûte externe n'a pu, en raison de son manque d'élasticité se plier à l'effort ascendant des gaz intérieurs, l'enveloppe a éclaté, s'est fendillée autour des points menacés, et noue pourrions ainsi expliquer ces larges traînées qui rayonnent autour de certains cirques comme ceux de Tycho, de Kepler et de Copernic. Tantôt les failles résultant de cette poussée interne ont formé des rainures béantes comme dans le6 environs de Triesnecker ou d'Hyginus, tantôt elles ont été comblées par les lave6 métalliques comme dans les rayonnements de Tycho, où nous les.
voyons briller de plus en plus à mesure que le Soleil s'élève au-dessus de l'horizon.
La partie méridionale de la Lune, celle que l'on voit en haut dans une lunette astronomique renversant les objets, ne ressemble en rien aux régions gue nous venons de visiter.
Pour nous en rendre compte, élevons-nous au-dessus de la surface lunaire^
LISTE DE 348 OBJETS DÉSIGNÉS SUÇ M CARTE DE M ItUflE
dressée par l'abbé Moreux
(Cirques, Montagnes et reliefs du sol)
Les lettres NE, SE, NW, SW, signifient Nord-Est, Sud-Est, Nord-Ouest, 8ud-Ouest elles indiquent dans quel quart de la Lune les objets doivent être recherchés.
Abenezra
Abulfeda
Aenarium (Prom.)
Agatharchides
Agrippa
NW.
Airy
Albatègne
Alexandre
Alhazen
NW.
Aimanon
Alphonse
Alpes (Monts)
Sud.
Alpes (Vallée")
Alpetrage
Altaï (Monts
Anaximandre
NE
Anaximène
Ansgar
Apennins (Monts)
NE
Apian
Apollon
Arago
NW.
Aratus
Archimède
NE
Archytas
Argelander
Aristarque
NE
Aristiile
NW
Aristote
Arzachel
Atlas
Autoiycus
NW.
Azophi
Azout
NW.
Bacon
Bailly
Baily
Bail
Barocius
Bayer
Beaumont
Behaira
S VV
Bérose
Bessarion
Bessel
Bianchini
Biela
Birt
Boguslawski
Bohr>enberger
Bond
Bonpland
Borda
S VV
Boscowich
Bouguer
Bouïliaud
BoiiEsingault
Bouvard
Bradley (Monts)
Briggs
Buch
Burckhardt
Burg
Busching
Calippe.
Campanus.
Canon
Capella.
Capuanus.
Cardan
Carlini
Carpathes (Monts)
Cassini
Catherine
Caucase (Monts)
Cavendish
Céphée
Cichus
Chevallier
Chacornac
Clairaut
Clavius
Cléomède
Colomb
Condamine
Condorcet
Cook
Copernic
Cruger
Curtius
Cuvier
(vrille
Cysatus
D'Alembert (Monts)
Damoiseau
Davy
Dawes
D^lambre
I >e la Rue
Delisle
De lue
Démocrit
Descartes
Diophant<-
Dœrfel (Monts)
Donati
NE
NW.
NE
NE
NE
NW