‹ Un jour dans la luneChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Visions lunaires.

Il fait encore nuit dans la contrée où nous avons pri6 contact avec le 6ol de la Lune.

Le ciel brille d'une incomparable splendeur; l'œil y découvre des milliers et des milliers d'étoiles ; aucune féerie nocturne même dans nos régions tropicales ne peut donner une idée de la grande nuit lunaire.

Bientôt cependant le Soleil va paraître, et l'aurore ne saurait l'annoncer; mais déjà surgit à l'orient une longue traînée blanche en forme de fuseau, c'est la lumière zodiacale dix fois plus brillante que chez noue.

Pendant des heures cette aurore factice envahit la voûte céleste; ses teintes aux couleurs phosphorescentes vont s'accentuant du sommet à la base; au milieu de 1 énorme cône nuancé de vert et

d'opale, brille un astre resplendissant : c'est la belle Vénus à peine reconnaissable sous son manteau de lumière.

Déjà cependant les fins rayons de la couronne solaire annoncent l'astre du jour. Fendant quelques minutes la chromosphère apparaît tachetant de points rouges les sommets des hautes cimes montagneuses.

Tout à coup un rayon bleu, violent, que l'œil ne peut supporter, s'élance du lointain horizon ; de toutes parts cette fois surgissent des îles de lumière : voici le jour.

Où 6ommes-nous descendus?

Regardez attentivement : ici la perspective aérienne est inconnue et les îlots lumineux semblent dessiner une large ellipse sur le fond d'un tableau noir.

Evidemment nous dominons les som-

Vue perspective d'un cirque lunaire.

mets d 'une vaste enceinte circulaire, presque hexagonale, si j'en juge par la •disposition aérienne des tachée brillantes. Nous assistons à l'aube du jour lunaire du rempart élevé d'un cratère appelé Copernic.

Eh quoi ! cette énorme enceinte de 80 kilomètres de diamètre serait le cratère d'un volcan.

Evidemment, ceci passe toute vraisemblance, mais les anciens astronomes n'y regardaient pas de si près.

Dès lors que le rempart était grossièrement circulaire, ressemblant vaguement en apparence à nos volcans terrestres, l'assimilation était obligatoire. Et comme c'est le propre de l'esprit humain d'assigner une cause aux i ffetfl qu'il

constate, sans attendre plus Iongteir.]*, on eut vite trouvé l'explication de ces immenses dispositions orographiques dont 1?. moindre lunette vous -montrera des spécimens par centaines.

Armez- vous de grossissements plus puissants et vous ne tarderez pas à remarquer que bon nombre de « cratères * lunaires possèdent à leur intérieur une montagne centrale.

Cette particularité n'avait pas échappé aux première sélénographes et voici le raisonnement qu'ils firent à cette occasion :

Nous savons par le calcul que l'intensité de la pesanteur est environ six fm^ moindre sur La Lune que chez nou> : ad mettons, ce qui est encore vraiseuibiabi* ,

Un Jour dans In Lune

que les effets explosifs des gaz intérieure aient en la même violence que sur la terre : les débris volcaniques ont dû être rejetés six fois plus loin. La montagne centrale a donc été autrefois le cône actif du volcan et tout s'explique.

Alors que le cours des siècles n'avait îpaissi I i route superficielle et que •rieur liquide ou pâteux communiqua le dehors par le6 soupiraux les bouches éruptives ient dans l'espace à des hauteurs prodigieuses, les entrailles mêmes de la Lune. Rocher^, débris volcaniques de t-cutee sortes, minéraux vitrifiés, poussièrc^ et cendres chaudes, tout cela est des iches sous-jacentes par le piont rai et est allé se déposer en rond à des distances plus ou moins grandes du m.

Qu'il y ait dan6 la Lune quelques poi its cratères formés de cette sorte, cela paraît bien hors de doute, mais la théorie

':: i illé soi J a France, le cirque lunaire de Copernic irait la région s'étendanï de Paris à Orléans.

mienne des cirques lunaires n'expli- , m b ni d pourrai! objecter tout d'abord

- t bien curieux de n'apercevoir

en général « l'intérieur des cirque- au-

érieuse, aucune montagne

ci rempart extérieur. De

véritables anneaux concentriques auraient dû, en jalonnant la distance au centre, marquer ainsi la décroissance continue du phénomène éruptif au cours des temps géologiques.

Pas du tout ! Bien mieux, le pic central ne manifeste pas souvent une forme rappelant la bouche de nos volcans.

Et puis, à qui pourrait-on faire croire que ce piton intérieur, toujours moins élevé que les montagnes d'alentour, a pu lancer des matériaux à des distances telles que leur amoncellement a produit néanmoins d'énormes bourrelets circulaires dont la hauteur dépasse le plus souvent les cimes les plus élevées des Alpes?

Et l'exemple est là sous nos yeux.

Copernic est le monarque des montagnes annulaires sur notre satellite, c'est le roi des ring-plains pour employer l'exprèssion chère aux sélénographes anglais, expression que nous devrions adopter au lieu de cette vieille terminologie de cratères, fantaisiste et grotesque.

Plus de 40 kilomètres nous séparent de son centre en ce moment et nous sommes perchés sur un point de son rem-, part dominant la plaine de près de 4 000 mètres.

Le diamètre de cette montagne annulaire ne mesure pas moins de 90 kilomètres en comptant les talus extérieurs.

D'un bord à l'autre de Copernic il y a la distance approximative de Paris à Orléans.

Un observateur attentif peut passer sa vie à étudier Copernic, il y découvrira chaque jour de nouveaux détails,, et cet objet merveilleux renferme toutes les caractéristiques intéressantes des autres enceintes dont plusieurs toutefois le surpassent en dimensions

Petavius mesure en effet 160 kilomètres d'un bord à l'autre et Maginus ou Lagrange montrent les mêmes proportions. Herschel offre un diamètre de 145 kilomètres: Gauss est encore plus vaste,. 178 kilomètres; Humboldt en a 210 et Clavius dépasse ce dernier de 18 kilomètres.

La Lune après le premier quartier (Image rexvebj Copernic brille sur la droite dans la direction de la chaîne des Apennins.

Mais nous connaissons des cirques géants comme Grimaldi, Stœfler ou Mau rolycus dont le diamètre moyen atteint 240 kilomètres.

Si Ton transportait Maurolycus sur le territoire de la France en installant son centre à Orléans, les remparts circulaires limitant son enceinte passeraient vers Le Mans, Tours, Nevers, Saint-De nis. Paris, Melun, Sens, La Charité, Bourges, Blois, Chartres, seraient englobés dans leur intérieur.

Singuliers cratères en vérité dont le fond ressemble à s'y méprendre aux grandes plaines de la Sologne et de la Beauce, où l'on pourrait faire des lieues et des lieues sans apercevoir aucune montagne à l'horizon.

Faute d'avoir mesuré très exactement ces énormes formations, les anciens astronomes s'étaient laissé prendre aux apparences.

Mais pendant ces explications, le Soleil e6t entièrement levé. Sur notre Terre, dans les latitudes centrales, le temps que le Soleil emploie pour découvrir son disque entier, depuis l'apparition de son bord supérieur jusqu'au moment où il est tangent à l'horizon, n'est que de 2 minutes 1 4. Sur la Lune il ne faut pas moins d'une heure pour réaliser pareil phénomène... et vous en devinez la raison.

Notre satellite tourne environ 28 fois moins vite que la Terre et tout est proportionné à cette lente rotation.

Depuis l'instant où le Soleil se lève, il s'écoule un espace de 354 heures auquel succède une nuit d'égale durée.

Telle e^t la longueur des jour6 séléniens, elle m'a toujours paru bien propre à nous faire comprendre la relativité du temps.

Nos divisions en heures, minutes, secondes, sont évidemment arbitraires et fondées sur le retour du Soleil en un même point du ciel. Or, cet intervalle de deux passages au méridien est réglé par notre mouvement de rotation. Et de même que nous n'allons pas établir notre mesure du temps et notre calendrier

sur la rotation et la révolution de Jupiter, les Séiénites n'ont aucune raison de calquer la leur sur le calendrier terrestre. Aussi, lorsque je vous ai promis de vous faire passer un jour sur la Lune, ai-je entendu parler d'un vrai jour lunaire et nous avons plus de trois cents

Région couverte par le cirque de Maurolycus installé sur la Franco.

heures devant nous pour visiter notre satellite et accomplir des excursions qu'envierait plus d'un explorateur terrestre.

Ce n'est pas cependant que des jours aussi longs soient totalement inconnus dans notre monde. Nos régions polaires nous en offrent dont la durée est autrement considérable, mais le Soleil des contrées boréales est une torche fumeuse à côté de l'arc électrique resplendissant dans les ciels lunaires.

Voyez vous-même, le Soleil vient à peine de surgir à l'horizon et déjà vous distinguez tous les détails de cette nature fantastique créée pour des Titans.

Maintenant nous apercevons les cinq montagnes centrales du cirque, mas imposantes dont les sommets resplend rut d'une lueur crue alors que leurs bases sont encore plongea dan- le clairobscur d'une nuit, jamais noire, mais éclairée par le clair de Terre.

Là-bas, à l'horizon, brillent les hauts sommets du rempart opposé et le plus élevé porte 6on cône terminal — j'allais dire a dans les airs » — à plu6 de 4 000 mètres d'altitude.

Mais il faut changer ici notre terminotre littérature. L'absence

Le cirque de Copernic (photographie).

d'air ou de gaz respirable modifie complètement notre façon de voir.

Point de perspective aérienne sur la

Relief exact du cirque de Copernic

Lune; tort brille dune éclatante lumière; les rayons s'accrochent aux aspérités des rocs avec une crudité invraisemblable.

Lointains et premiers plans se confondent et l'œil n'est plus guidé dans son appréciation des distances par l'atténuation des teintes.

Les nuages qui tempèrent l'action du Soleil, qui montent des vallées en prenant des formes plus précises, qui volent déchiquetée dans l'océan aérien emportant les rêves des âmes poétiques, estompant les crêtes, atténuant les tons, jetant çà et là leurs notes grises ou colorées, tout cela est inconnu sur le" sol de la Lune. Et ceci ne nous étonne qu'à moitié puisque déjà, dans notre première visite, nous avions constaté qu'actuellement l'air et l'eau sont inconnus sur la terre que nous foulons aux pieds.

Les premiers sélénographes étaient loin de s'en douter, sans quoi ils n'eussent pas donné à ces grandes plaines désolées les noms bien mal choisis de mers, d'océans ou de marais.

Devant vous, ce désert rocailleux au milieu duquel s'élève Copernic, c'est l'Océan des Tempêtes ; nous en traverserons la fin, « la lisière », en continuant notre voyage vers le nord.

L'absence d'atmosphère constatée par les astronomes modernes nous explique une autre particularité bien caractéristique de ce monde vraiment tout différent du nôtre.

Sur la Terre les rayons du Soleil nous arrivent après une longue traversée de la couche atmosphérique : il y a donc une absorption sélective, un tri pour ainsi dire des différentes couleurs dont

Un lotir dans la Lune

"beaucoup se perdent au travers des mailles de ce tamis d'un nouveau genre.

Les ondulations les plus courtes, celles du violet et du bleu restent en chemin et seules les larges radiations voisines du rouge nous parviennent facilement.

En voulez-vous une preuve palpable ?

Assistez à un lever de Soleil et suivez la teinte du paysage jusqu'au milieu du jour.

Dès l'aurore, l'orient s'illumine d'une teinte rose chantée par les poètes ; les nuages se bordent de filets écarlates; toutes les surfaces blanches reflètent les mêmes couleurs; puis l'astre du jour paraît et le rouge se mélange aux autres parties du spectre pour donner des nuances violacées d'abord et peu à peu des tons plus jaunes.

A mesure que les rayons du Soleil s'élevant à l'horizon traversent une couche d'air moins épaisse, les radiations plus courtes nous arrivent plus aisément et c'est vers midi que leur maximum nous parvient.

A ce moment, surtout dans les contrées tropicales, les ombres des objets affectent des teintes complémentaires facilement observables.

Mes lecteurs habitant l'Algérie ou la Tunisie peuvent le constater au moyen de leur appareil photographique. Qu'ils regardent sur la glace dépolie et le6 ombres portées leur apparaîtront franchement bleues.

Sur la Lune où la moindre trace d'atmosphère n'existe pa6, les radiations solaires ne rencontrent aucun écran avant d'atteindre le sol et c'est la couleur bleue qui donne au paysage la note dominante. Et voilà pourquoi le Soleil vu d'ici ressemble à un arc électrique, lampe gigantesque d'un bleu resplendissant; flambeau dont la lumière brutale, aveuglante, augmente encore l'impression de froid produite par la vision de ce monde figé dans la mort, irréel et cependant vrai, obscur et lumineux, bleu et noir tout à la fois.

Cependant, en y regardant de plus près, nous y découvrons comme sur la

Terre toute la gamme de6 couleurs. Au milieu de ce cirque inondé en partie par les rayons solaires, à côté de la note bleue dominante, vous pouvez remarquer, noyées en elle, les nuances de nos minéraux et de nos rochers terrestres.

Et c'est ici le lieu de remarquer ce que valent les assertions de certains astronomes modernes recopiant les sottises de leurs devanciers et nous assurant que sur la Lune il n'y a pas de milieu : tout objet est noir ou lumineux suivant que le Soleil est absent ou darde sur lui ses rayons.

Non, les objets lunaires conservent leur couleur propre, lavée de bleu évidemment, puisque telle est la nuance de l'astre du jour vu de ce sol tourmenté. L'obliquité des parois éclairées, la déclivité du terrain, la hauteur du Soleil, toutes ces causes concourent à la fois à donner ici des demi-teintes, des tons chatoyants, des effets changeants aussi bien que sur la Terre.

Pendant la nuit, dans cet hémisphère de la Lune constamment tourné vers le globe terrestre, notre planète sert de Lune aux Sélénites : astre énorme reflétant une lumière quatorze fois plus intense que la blonde Phœbé, illuminant nos paysages lorsqu'au moment de sa plus grande phase et de son maximum d'éclat, elle passe au zénith et verse sa douce clarté dans les moindres recoins de nos profondes vallées.

Quand la pleine Terre renvoie sur la Lune le reflet du Soleil et que notre propre atmosphère ajoute encore à cet éclat formidable, il fait complètement jour à la surface de notre satellite : les ombres violentes des montagnes sont, atténuées et le noir absolu ne peut se réfugier que dans les anfractuosités profondes.

Même au milieu du long jour lunaire le Soleil et la Terre s'associent et combinent leur éclairage pour adoucir la crudité des ton6.

Voilà une remarque que les Terriens n'avaient pas encore faite et qu'une pre-

Le critère de la chaîne des Cascades, dans lOrégon (Grater Lake).

Paysage Lunaire avant la disparition des eaux.)

été le séjour d'êtres vivants?

Si nous avions à notre disposition « la machine à explorer le temps » si pittoresquement décrite par Wells, le romancier de6 invraisemblances les plus étourdissantes, nous pourrions assister à un spectacle du même genre... en regardant la Terre.

Un ou deux tours de roue et le volant de la machine se met en branle.

Dix millions d'années ont défilé avec la rapidité de l'éclair ; vingt millions, cinquante, quatre-vingt, cent millions d'années.

mière excursion nous montre d'une façon indubitable.

Et cependant nulle comparaison n'est possible avec nos paysages terrestres.

Etendez vos regards au delà de ces effrayantes déclivités, de ce6 pentes raides coupées seulement par deux ou trois talus en terrasse : ce qui s'offre à vos yeux éblouis, c'est avant tout le spectacle de la plus effroyable désolation ; nuls vestiges de vie organique, ni mousses, ni landes pour adoucir les arêtes et les bords aigu6 de ces abruptes surfaces ; point de cryptogames ni de lichens pour atténuer l'aspect flamboyant et donner au paysage une véritable apparence de vie.

Et nous comprenons mieux maintenant ce passage de Nasrnyth, le plus enthousiaste des sélénographes, lorsqu'il écrivait : a Le paysage entier, aussi loin que l'œil peut atteindre, est la réalisation du rêve le plus épouvantable de désolation et de nature sans vie. Ce n'est même pas un

de mort, mais c'est la n d'un monde où la vie n'a jamais existé. »

Et cependant qui pour-

affirmer qu'aux temps lointains des premiers âges de la Terre, la Lune n'a pae

Arrêtons le mouvement et regardons.

Dans le ciel, l'astre du jour a pâli, notre beau Soleil brûle de ses derniers feux.

Ses rayons rougeâtres parviennent encore à la Terre, mais c'est, hélas! pour éclairer le plus lugubre tableau.

L'atmosphère terrestre n'existe plus, les roches, les minéraux, les 6els calcaires l'ont absorbée peu à peu; les eaux des océans se sont infiltrées dans les couches sous- jacen tes ; le froid interplanétaire a congelé les dernières traces d'humidité. Sur le sol désert les moissons ne mûrissent plus ; la terre e6t devenue stérile, prairies et forêts, tout à disparu,

Modèle en relief du Crater Lake

La. Terre vue de lv Lune.

Reconstitution d'un paysage dans les Alpes lunaires.

Au début de ce refroidissement lent mais continu, l'humanité s'est réfugiée en masse vers les zones équatoriales. Une végétation rabougrie a succédé à la flore puissante des tropiques.

Encore quelques millions d'années et la végétation polaire a pu seule résister à ce climat glacial.

Successivement la plupart de6 espèces animales se sont éteintes ; pour résister plus longtemps les dernières familles humaines se sont terrées dans les puits et leurs galeries profondes, et c'est là, dans ces dernières catacombes, que gisent maintenant leurs ossements glacés.

Encore dix millions d'années et un voyageur parcourant ces mornes silencieux pourrait se croire autorisé à penser comme Nasmyth.

Toute trace organique aurait disparu, en effet. Nos monuments, nos machines puissantes, tous le6 éléments de notre industrie et de notre civilisation réduits en poussière seraient retournés à la Terre et pas une molécule ne décèlerait l'existence de la vie antérieure de notre planète.

Cette fin de la Terre et de ses habitants est la mort normale des mondes ians l'espace stellaire ; mais d'ici là notre pauvre humanité peut disparaître dans une épouvantable catastrophe et la science, même sous le couvert de la mamine de Wells, est impuissante à nou6 révéler le sort qui nous attend.

Quoi qu'il en soit, cette histoire de la fin de notre planète paraît bien s'applijucr au monde de la Lune. Notre satelite est 49 fois plus petit que la Terre, il 6'est donc refroidi plus vite et bien }ue ses jours soient matériellement plus longs, les phases de son activité astrale ;e sont précipitées plus rapidement que es nôtr< b.

Actuellement, rien ne nous autorise à :roire que la vie existe à la surface de la Lune et les astronomes terrestres l'ont cependant explorée dans tous les recoins.

Le phi6 petit angle que l'œil humain suisse apprécier, est d'une demi-minute

environ. Un grossissement de 30 fois nous fait voir une tache d'une seconde de diamètre; or, une seconde d'arc sur la

L'entrée d'un gouffre sur la Lune.

Lune représente à peu près 1 830 mètres. C'est la limite de visibilité pour les petites lunettes. Mais dè6 qu'on adapte à un instrument plus puissant un grossissement de 300 fois, l'œil peut saisir des détails ne mesurant que . 180 mètres.

Avec 600 fois on apercevrait un objet de 90 mètres. Cette dimension serait réduite à 54 mètres et à 27 mètres en employant des pouvoirs amplificateurs de 1 000 et 2 000 fois.

En pratique, il faut malheureusement tenir compte d'un élément important :

les ondes atmosphériques que les télescopes amplifient également et de la façon la plus désolante. L'entraînement, l'exercice de l'œil et le diamètre de l'objectif entrent aussi en ligne. On a souvent parlé de grossissements de 2 000 adaptés à de puissants télescopes. Or, de l'avis de tous les sélénographes, de pareils pouvoirs ne donnent rien, dè6 qu'on les applique à l'étude de la Lune et nous pouvons en moyenne nous contenter d'un grossissement de 400 fois.

Mais ici une autre question se pose et il faut éviter de tomber dans l'erreur de certaines Astronomies populaires recopiant le raison m- nient d'Arago.

Cet astronome prétendait que grossir

U.i Jour dans la Lune

2 000 fois une portion de la Lune, c'était ia rapprocher 2 000 fois et par conséquent la voir comme nous voyons une haute montagne, un objet terrestre, à 192 kilomètres de la même façon qu'un tou-

be aperçoit les montagnes de la Corse - hauteurs de Monaco (distance : 190 kilomètres).

Eh bien ! ce raisonnement perd toute valeur dès qu'on veut l'appliquer à un -ire élevé au-dessus de l'horizon et proche du zénith.

Ici, en effet, notre rayon visuel traverse une couche d'air équivalente seulement à celle qui nous sépare sur terre d'un objet situé à 10 kilomètres, tandis que si nous observons la Corse de Monaco, eu ''Etna de l'île de Malte, les rayons lumineux nous arrivent affaiblis par une couche atmosphérique 20 fois plus épaisse. Ce rideau plus ou moins opaque agité de remous violents, tremblotant, chargé de poussières et de vapeur d'eau, affaiblit les teintes, noie les détails et la comparaison ne vaut plus rien.

Ce qu'il faut dire, c'est que, avec un grossissement de 400 fois, et l'expérience est là pour le prouver, un œil exercé aperçoit sur la Lune un objet de 135 mètres de diamètre, et ce grossissement

est employé normalement par les astronomes.

En des cas exceptionnels — pureté et calme de l'atmosphère — nous pouvons utiliser des grossissements de 600 fois et observer sur la Lune des taches et des objets de 90 mètres seulement de diamètre alors que sur nos cartes photographiques, d'après le Dr Weineck, il faut se contenter d'apercevoir des taches de 700 mètres de diamètre.

La supériorité de la vision télescopique sur la photographie est encore plus marquée lorsqu'il s'agit de déceler un objet allongé comme une faille géologique ou une fente du sol. Avec un grossissement de 400 nous pouvons apercevoir des rainures n'ayant que 40 à 50 mètres de largeur.

Un monument analogue à une cathédrale, une gare de chemins de fer, un village, un régiment en marche seraient donc bien visibles ; or jamais personne n'a observé de pareilles traces de civilisation. Nous sommes donc bien placés pour étudier des changements du relief lunaire et les astronomes n'ont pas manqué de le faire... Mais le temps passe et cette question viendra naturellement au cours de nos excursions prochaines.

Le Cikque de Pline.

(Dessin de M. Honnorat.)

Les derniers contreforts des Alpes lunaires.

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