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C'est-à-dire : empêcher la députation au roi de partir

5. Charles Hervé, d'abord conseiller au Parlement de Grenoble, venu à Paris le 26 février 1633; il siégeait à la troisième des Enquêtes et mourut doyen en 1697. Oncle de Denis Talon, fils de l'avocat général, il était parent du président Le Bailleul.

6. Les députés du Parlement, envoyés en février 1649 à Saint-Germain, furent bien un peu maltraités en paroles, mais ne coururent aucun risque dans leurs personnes (cf. Omer Talon, |). 339-343). Le duc d'Orléans exagère ici, emporté par sa passion contre Mazarin.

veut séparer le Parlement de Paris, en ôter toutes les compagnies souveraines, et il en a déjà ôté le Conseil et les finances', afin d'interrompre le paiement des rentes et faire crier ; c'est ainsi que les étrangers ne se soucient de dépeupler les villes pour y trouver leur établissement ; mais qu'on l'en empêchera bien, si l'on ne veut plus s'amuser au galimatias des payeurs, et leur faire défense de sortir de la ville sur peine de la vie. Quant à l'état des affaires de la cour, un chacun lui mande qu'elles sont au désespoir : sur quoi il avoit encore écrit une lettre au Roi, après laquelle, s'il arrivoit du désordre, il s'en lavoit les mains ; cependant, qu'il falloit empêcher le passage du Cardinal en quelque manière que ce soit, et, pour cet effet, députer des commissaires pour se transporter le long des rivières, avec pouvoir d'assembler les communautés, les obliger à prendre les armes et s'opposer au passage du cardinal Mazarin.

M. Le Goigneux P. 2 s'est rangé à l'avis de M. Foucquet et, se plaignant de ceux qui composent le Conseil du Roi, il a dit que Dieu leur avoit envoyé spiritum vertiginis, tant il y avoit d'inégalité et d'aveuglement dans leur conduite; mais, « soit qu'ils nous veuillent effrayer, soit qu'ils nous veuillent ruiner, nous empêcherons bien l'un et l'autre » ; donc, qu'il n'y avoit lieu à rappeler la députation, mais plutôt à l'avancer, et supplier le Roi de revenir à Paris pour faciliter la réunion de Monsieur le Prince avec Sa Majesté.

M. de Mesmes a pareillement été de l'avis de M. Foucquet ; mais, quant au retardement de la députation, il a représenté que des lettres de cachet ne dévoient faire obstacle aux délibérations de la compagnie et que les députés auroient toute sûreté, tant que M. le premier président et M. de Châteauneuf seroient en cour.

M. de Nesmond a ajouté aux autres avis que M. le duc d'Orléans seroit prié d'employer l'autorité du Roi et la sienne pour empêcher le passage du cardinal Mazarin, ce qui seroit facile, si on le vouloit ; il a parlé aussi fort honorablement de M. le premier président, eu disant que, lorsqu'il avoit pris congé de lui, il lui

1. Le surintendant, le trésorier de l'Épargne et tous les financiers, à l'exception du directeur d'Aligre, avaient quitté Paris le 29, en même temps que Mathieu Mole (ms. fr. 250i5, fol. 529 r").

2. La lettre P indique qu'il s'agit ici du président à mortier Jacques Le Coigneux, qui, reçu conseiller le 10 juin 1644, avait succédé à son père en août 1651, et non de son frère François, sieur de Bachaumont, le futur compagnon Je Chapelle, qui était conseiller aux Enquêtes depuis le 2 mars 1646.

avoit témoigné qu'il désiroit que l'on sût que, dans son séjour à la cour, il ne se départiroit jamais des sentiments d'homme de bien et d'honneur qu'on lui avoit vus dans cette compagnie.

De tous ces différents avis, ou de la plus grande partie d'iceux, a été composé l'arrêt de ce jour, lequel n'a souffert de diversité d'avis qu'en ce qui regardoil la députation ; mais il a passé des deux tiers à envoyer les députos nommés; et quant à l'avis de représenter le Cardinal mort ou vif, toute la compagnie s'y est rangé, à l'exemple de M. le doyen; même, il semble que M. Molé< a fait quelque plainte de ce qu'on lui ôtoit l'honneur d'être le chef de cet avis. La contestation auroit été plus grande sur l'avis ouvert que M. le duc d'Orléans seroit prié de s'opposer au passage du cardinal Mazarin par toutes voies : car les uns, se contenant aux termes qu'il seroit prié d'employer l'autorité du Roi et la sienne, n'y vouloient rien ajouter, et les autres vouloient davantage s'expliquer; même, il sembloit que M. le duc d'Orléans l'auroit ainsi désiré ; mais, voyant que les sentiments se partageoient, il se contenta de demander si la compagnie n'entendoit pas qu'il mît ses troupes dans toutes les villes et passages qu'il trouveroit à propos pour s'opposer au passage du Cardinal : sur quoi lui étant répondu, par un vœu commun de toute la compagnie, qu'il en étoit prié, il dit qu'il se contentoit du second avis et qu'il n'estimoit nécessaire de l'étendre.

M. de Bragelongne2 seul a été d'avis de n'employer point d'autre force, pour empêcher le passage du cardinal Mazarin, que celles des baillis et sénéchaux : ce qui a été fort mal reçu.

Ce jourd'hui, 2 janvier 16523, toutes les Chambres assemblées, où étoient MM. les ducs d'Orléans, de Beaufort, de Brissac, le maréchal de l'Hospital et le Coadjuteur, M. le duc d'Orléans a dit, présents les gens du Roi, que, par lettres écrites aux autres Parlements en conséquence de l'arrêt du 29« du passé, ils n'étoient point invités de donner un pareil arrêt contre le Cardinal, ce qui étoit très nécessaire de faire, mais seulement avis leur étoit donné de l'arrêt rendu contre lui. Sur quoi la délibération ayant été commencée, il a passé, par un suffrage général, à convier les

1. Il s'agit de Mole de Jusanvigny, le président aux Enquêtes (ci-dessus, p. 44).

2. Thomas de Bragelongne, conseiller depuis le 12 mai 1637, puis président à la deuxième des Enquêtes, plus tard président au Parlement de Metz; c'était un modéré, qui fut en 1653 du Parlement de Pontoise.

3. Sur cette séance, cf. Journal du Parlement, p. 160-161 ; Mémoires de Retz, t. IV, p. 71-72; Vallier, t. III, p. 114; ms. fr. 25026, fol. 3 r°.

autres Parlements de donner un pareil arrêt; et bien que M. le duc d'Orléans ait appuyé fortement la proposition de M. Vedeau et de quelques autres, qui vouloient rappeler les députés, sur la crainte qu'ils avoient que la malice du cardinal Mazarin ne prévalût en cour, néanmoins l'on n'a pas trouvé à propos de les rappeler. M. le duc d'Orléans a pareillement trouvé grande froideur, lorsqu'il a voulu préparer les esprits à trouver un fonds pour la subsistance et augmentation de ses troupes, quoiqu'il les eût décrites de 2,200 hommes de pied et 500 chevaux seulement, et mal armés ; même, la proposition a été mal reçue de se saisir des deniers publics et parties casuelles*, un chacun ayant dit que M. le duc d'Orléans useroit de ces choses ainsi qu'il lui plairoit sans obliger la compagnie à donner des arrêts de cette conséquence; et sur ce que quelqu'un a voulu expliquer la puissance que M. le duc d'Orléans avoit en conséquence de l'arrêt du 29, l'on a répondu que lui seul le devoit faire, et que, sous ces mots « employer l'autorité du Roi et la sienne », toutétoit compris.

Il a encore été proposé de faire un fonds pour les voyages et autres nécessités pressantes du Parlement, mais cette proposition n'a été suivie. Seulement on a pressé MM. les commissaires pour s'opposer au passage du Cardinal de partir, et M. de Ghamplâtreux^ a assuré que M. le premier président avoit assuré un fonds pour leur voyage.

Ce jourd'hui, 5 janvier 1652, toutes les Chambres assemblées pour la réception de M. Bitault^, a dit à la compagnie que ayant envoyé le jour précédent un greffier de la troisième Chambre chez M. d'Herbelay, doyen des maîtres des requêtes^, pour le sceau de

1. On appelait parties casuelles les droits et revenus éventuels. La proposition, dit Retz {loc. cit.) « fut rebutée avec indignation et clameur ».

2. Jean-Édouard Mole, seigneur de Champlâtreux, conseiller d'honneur au Parlement de Paris, maître des requêtes depuis 1643 ; c'était le second fils du premier président, l'aîné étant d'Église.

3. François Bitault, seigneur de Chizé et de Vaillé-Rochereau, conseiller aux Enquêtes depuis le 24 mars 1623, et fils d'un ancien maître des requêtes, avait été chargé, avec son collègue Genicrs du Coudray, d'aller publier, dans les contrées où l'on supposait que Mazarin devait passer, l'arrêt du Parlement du 29 décembre et de soulever les populations. — Il est question ici non de le recevoir comme conseiller, mais de l'entendre sur la plainte qu'il allait déposer. Il n'est question nulle part ailleurs de cet incident avec le maître des requêtes d'Herbelay (cf. l'article de M. Maurice Roy, Un épisode de la Fronde. Rencontre du 9 janvier 1652 au Chesnoy, près de Sens, Sens, 1893, in-S", p. 6).

4. Jacques Le Prévost, .seigneur d'Herbelay, conseiller au Parlement le

la commission que la compagnie lui avoit donnée contre le cardinal Mazarin, il lui avoit dit qu'il scelloit cette commission avec regret et qu'il le cbargeoit de dire de sa part à lui, Bitault, qu'il étoit encore assez jeune pour lui faire son procès dans la Grand' Chambre pour raison de cette commission, laquelle étoit directement contraire au service du Roi ; que ces paroles, à la vérité, ne l'offensoient aucunement, parce qu'il n'estimoit pas M. d'Herbelay capable de ruffenser de la bouche ^, mais que, pour la dignité de la compagnie, il avoit été obligé de lui en donner avis. Cette remontrance de M. Bitault ayant été bien reçue et le greffier de la troisième Chambre entendu, M, d'Herbelay, lequel tenoit le sceau, a été mandé et s'est tiré de cette affaire fâcheuse par une négative assez brusque et qui marquoit assez le désordre dans lequel ce fâcheux rencontre l'avoit réduit 2.

Ce jourd'hui, 10 janvier 1652, sur l'avis que l'on a reçu d'un arrêt rendu par la Grand'Chambre portant surséance en détail de la bibliothèque du cardinal Mazarin 3, et que la Grand'Chambre travailloit au règlement des monnoies*, les Enquêtes ont pris leurs places, et, après les plaintes qui ont été faites de ce que l'on avoit travaillé au règlement des monnoies sans y appeler toutes les Chambres, M. Portail-' a fait plainte de l'arrêt de surséance

11 février 1617, maître des requêtes à la place de Nicolas Le Prévost, son cousin, le 28 septembre 1624, mort en 1653. Il avait épousé Marie Sanguin, fille d'un conseiller à la Cour des aides (notes manuscrites de Chassebras).

1. En marge : « Nota qu'il est cocu, s Tallemant des Réaux {Historiettes, t. VII, p. 536) légitime la crudité de cette note marginale en disant de M"' d'Herbelay « qu'elle faisoit bien d'être grande et forte, car elle portoit trente procureurs au cou ; le premier président Le Jay lui avoit donné un collier, dont les perles coùtoient mille livres pièce; c'étoit la finance des offices de procureur qu'il avoit eus. »

2. Ni le Journal du Parlement, ni Talon, ni Vallier ne parlent de cette séance du 5.

3. La vente au détail de la bibliothèque de Mazarin avait commencé le 4, mais, dit Vallier (t. III, p. 117), « avec tant de désordre et de mauvais ménage que toutes les Bibles y furent presque adjugées et délivrées pour le quart de ce qu'elles valoient » : sur quoi la Grand'Chambre rendit l'arrêt dont il est ici question, ordonnant la vente en bloc. Sur la séance du 10 janvier, si mouvementée, cf. Talon, p. 460, et ms. fr. 25026, fol. 5.

4. Le 10, la Grand'Chambre rendit un arrêt fixant le cours des monnaies (Vallier, t. III, p. 119; Dubuisson-Aubenay, t. II, p. 149).

5. Paul Portail, conseiller aux Enquêtes depuis le 3 mars 1623; c'était l'un des six commissaires chargés de présider à la vente de la bibliothèque.

touchant la vente du cardinal Mazarin : ce qu'étant soutenu avec chaleur par les Enquêtes, MM. les présidents ont dit qu'ils avoient répondu aux députés des Enquêtes qui ont demandé l'assemblée des Chambres que la Grand'Chambre en alloit délibérer, et qu'un demi quart de temps auroit ôté la confusion qui paroissoit : sur quoi ayant répliqué, par un consentement universel, qu'il n'appartenoit point à la Grand'Chambre de délibérer si l'on assembleroit lorsque les Enquêtes le demandent et que l'on ne pouvoit en autoriser l'usurpation, M. deNovion^ a proposé que Messieurs se retirassent pour rentrer à l'instant, après en avoir été conviés par le greffier. Mais cet expédient ayant été rejeté et l'indignation éclatant contre la Grand'Chambre, que l'on disoit avoir donné cet arrêt pour conserver cette bibliothèque au cardinal Mazarin, la confusion des voix et la contention a été fort grande jusques à dix heures que M. Le Bailleul avec les autres présidents se sont levés, ce qui a donné lieu aux Enquêtes de dire fort haut que, en l'absence de ceux qui se retireroient, il seroit délibéré^; mais nonobstant ce, les présidents s'étant avancés, les Enquêtes se sont opposées à leur passage et l'ont empêché plus d'un demi quart d'heure, jusques à ce que M. Sevin^, s'étant mis en état de faire violence et levé la main sur quelqu'un de Messieurs pour le frapper, il a reçu quelques coups sous sa robe et s'est trouvé environné des Enquêtes'*, lesquels ont à cet effet franchi les barreaux de tous côtés : en sorte que la confusion a été grande, et M. Sevin est devenu pâle, blême et si interdit qu'il n'est possible de l'exprimer; sur quoi les présidents étant forcés de reprendre leurs places, pour éviter à une plus grande confusion dans un temps auquel l'union est si nécessaire, M. Vedeau a proposé de nommer des commissaires pour la vente de la bibliothèque avec ceux lesquels ont été déjà nommés, aviser ce soir lequel est le plus expédient de vendre la bibliothèque en gros ou en détail, et, suivant cela, passer outre à la vente d'icelle : ce qui a été agréé de toute la compagnie.

1. Nicolas Potier, seigneur de Novion, président à mortier depuis le mois d'octobre 1645.

2. Il n'y a pas trace de cet incident dans le Journal du Parlement (p. 161-162); on n'en trouve le détail que dans le présent Journal et dans le ms. fr. 25026 (fol. 5 v").

3. Jean Sevin, conseiller depuis le 19 avril 1619; il siégeait à la Grand' Chambre.

4. D'après le nouvelliste du ms. fr. 25026, Sevin fut frappé par le conseiller Camus de Pontcarré.

Nota que M. le président de Novion n'a pas plu en prenant à tout propos la parole, que l'on croyoit mieux séante dans la bouche de ses anciens < ; même l'on trouva fort mauvais ces paroles qu'il dit, se levant de sa place : « Que puisque tous les Enquêtes en usoient ainsi, il voyoit bien qu'il falloit se séparer 2. »

Ce jourd'hui, H janvier 1652, toutes les Chambres assemblées, M. Doujat^, l'ancien des commissaires à la vente de la bibliothèque du cardinal Mazarin, a dit que, le jour d'hier, s'étant trouvé dans l'hôtel dudit Cardinal avec MM. ses collègues, ils avoient fait publier l'enchère de la bibliothèque en gros, à laquelle un nommé Vialet, trésorier de France à Moulins"*, s'étoit présenté et avoit offert jusques à 36,000 livres, et, passant outre, jusques à 45,000 livres : sur quoi le peuple s'étant ému et criant avec confusion de voix qu'il falloit vendre ladite bibliothèque en détail, et se préparant à faire quelque violence à cet enchérisseur, qu'il appeloit mazarin, ils avoient été obligés le retirer de la presse en le faisant passer sur les tables et barrières dressées pour la facilité de la vente, et lui avoient donné acte de son enchère, de laquelle quelques-uns d'entre eux étant d'avis de référer à la Cour, et les autres de passer outre à la vente en détail, lui, Doujat, se seroit retiré et ne savoit ce qui s'étoit passé ensuite. Ces derniers mots ont obligé M. Portail à dire que ceux de MM. les commissaires

1. Il n'était i)résident à mortier que depuis six ans, ayant succédé à son père André en octobre 1645 et, seul, Jacques Le Coigneux était plus jeune président que lui ; bien que n'ayant succédé à son frère qu'en janvier 1651, le président de Mesmes, ancien conseiller, ancien maître des requêtes et conseiller d'État, plus âgé que Novion et Le Coigneux, était considéré comme leur ancien.

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