‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 28 sur 64 · Ce détail ne se trouve point ailleurs · texte numérisé non relu

Ce détail ne se trouve point ailleurs

3. Jean Doujat, conseiller à la Grand'Chambre; il appartenait au Parlement depuis le 4 décembre 1617. Il avait à cette époque un illustre homonyme, plus qualifié que lui pour présider à la vente de la bibliothèque, en la personne de Jean Doujat, avocat au Parlement, l'un des 40 de l'Académie française et professeur au Collège de France (cf. l'article de Tamizey de Larroque dans la Revue de Gascogne de 1875, p. 516- 521). Un autre J. Doujat siégeait à la deuxième des Enquêtes.

4. Il est appelé Violette dans le Journal du Parlement (p. 162-166) ; et M. de Cosnac, dans son ouvrage Les richesses du palais Mazarin (Paris, 1885, in-4°), p. 141, a adopté cette orthographe; en réalité son nom était Gilbert Vialet ; ancien clerc du conseiller Ménardeau, il était sans doute l'homme de paille de Mazarin. Toute cette scène, si vivante, de la vente aux enchères, n'est rapportée nulle part avec ce luxe de détails, et on n'en peut rapprocher que le récit, plus bref, du nouvelliste du ms. fr. 25026.

qui étoient restés avoient cru être nécessaire de donner quelque satisfaction au peuple en vendant quelques livres, pour satisfaire à la patience qu'il avoit eue tout le jour et pour obvier au renouvellement des publications qu'il eût été nécessaire de faire, et, néanmoins, de ne mettre en vente que les livres doubles, dont la perte ne diminuoit en rien la beauté de la bibliothèque. Après ces récits, la compagnie ayant demandé la lecture de l'arrêt du 29 du passé et de celui donné à la Grand'Gbambre, M. Doujat a encore pris la parole et présenté une requête ou plutôt un libelle diffamatoire que Vialet avoit dressé contre M. Portait. Sur quoi M. le duc d'Orléans, avec M. le duc de Beaufort et maréchal d'Estampes^, étant survenu, ensemble les gens du Roi, qui ont dit qu'un gentilhomme s'étoit présenté au Parquet avec lettres et créance de Monsieur le Prince, lequel demandoit à la compagnie d'être entendu, l'on n'a pas laissé de commencer la délibération, tant sur la requête de Vialet que sur la proposition de vendre la bibliothèque en gros et en détail ; et d'autant que Vialet, par sa requête, se rapportoit de la vérité de l'exposé en icelle au témoignage de MM. les commissaires, ils ont tous fait récit de ce qui s'étoit passé, le jour d'hier, dans la bibliothèque du Cardinal et n'avoir aucune connoissance des faits portés par cette requête contre M. Portail. M. Doujat a été d'avis de publier encore une enchère en gros et n'en recevoir de moindre de 100,000 livres, et a seulement ajouté à ce qu'il avoit dit ci-devant que, à son arrivée, plusieurs personnes de néant, autour de son carrosse, avoient crié que eux, commissaires, étoient des mazarins, ce qui auroit donné sujet de dire qu'il falloit faire donner à l'un d'eux le fouet par la main du bourreau. Mais M. Baron 3 a dit que ces mots ne furent entendus et que l'émotion étoit telle que l'on n'eût osé les faire entendre : ce qui a donné à rire à la compagnie. M. Portail s'est fort bien défendu par un bref récit de ce qui s'étoit passé, sans s'attacher aux suppositions de la requête...*, et vendre en détail. M. de Broussel : supprimer la requête. Et M. de Champrond : la

1. Vialet accusait forinelleinent le fougueux Portail d'avoir ameuté la foule contre lui (ms. fr. 25026, fol. 5 v°).

2. Jacques d'Estampes, marquis de la Ferté-Imbault, ancien ambassadeur en Angleterre, maréchal de France depuis janvier 1651.

3. Denis Baron, l'un des six commissaires pour la vente, était conseiller depuis le 22 août 1620 et siégeait à la Grand'Chambre.

4. Il y a ici une courte lacune ; il faut comprendre que Portail conclut à la vente au détail.

communiquer au procureur général. M. Potier-Blancmesnil* : qu'il étoit important de savoir d'où venoit la calomnie. M. Charpentier2 : décréter prise de corps contre Vialet ; mais il a été remontré que les formes y résisloient. M. de Machault, de prima^ : qu'il falloit vendre en détail la bibliothèque et détruire ce beau monument, dont le Cardinal étoit indigne, quoiqu'il soit véritable de dire qu'il n'y a que trop de personnes parmi nous qui l'ont encore gravé dans leurs cœurs. M. Foucquet, parlant de la marche du Cardinal, a dit qu'il parle en souverain, disant par ses lettres qu'il « mène un secours au Roi ». M. Coulon : que ceux qui avoient reçu des lettres du Cardinal les dévoient apporter. M. le duc d'Orléans répondit sur le sujet des lettres du Cardinal : « Il y en a qui en ont reçu, qui ne sont mazarins, et ne le seront jamais », et, pour l'avenir, qu'il seroit fort à propos d'apporter celles qui seroieut reçues par qui que ce fût; cependant, qu'il falloit empêcher la publication de ces lettres, que les mazarins avoient fait débiter, ce qui ne pouvoit venir que d'eux parce qu'il savoit bien qu'il n'y avoit eu aucune copie de sa lettre. M. Le Coigneux, parlant du désordre du jour précédent, dit que la journée d'hier étoit très funeste à la compagnie et que peut-être ceux qui nous avoient conduits à ce désordre avoient intelligence avec le cardinal Mazarin.

Après ces différentes opinions, la plus grande partie convenant à communiquer la requête, il y a eu deux difficultés au surplus des avis; car Monsieur"* ayant proposé d'ajouter les défenses de retenir aucunes lettres du Cardinal, sans les apporter dans la compagnie, il lui fut remontré la conséquence d'ajouter une proposition sur laquelle il n'avoit été délibéré; la seconde vint de la différence des avis pour la vente de la bibliothèque, qui se trouvoient presque partagés à publier encore une enchère en gros, avant de procéder à la vente en détail, pourvu que cette enchère ne fût moindre de 90,000 livres. Mais l'arrêt ne put être au vrai rédigé à cause de l'accident qui est survenu : car il fut dit qu'il

1. René Potier, seigneur de Blancmesnil, président en la première des Enquêtes, conseiller depuis le 16 mai 1636; c'est lui qui avait été arrêté avec Broussel à la fameuse journée des Barricades, en août 1648.

2. Thierry Charpentier, conseiller au Parlement et commissaire aux requêtes du Palais depuis le 5 août 1645, précédemment conseiller au Parlement de Metz, puis au Grand Conseil.

3. Louis de Machault, conseiller clerc depuis le 21 juin 1642 ; il siégeait à la première des Enquêtes et ne doit pas être confondu avec Machault- Fleury, nommé plus haut.

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