‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 40 sur 64 · Qui présidait la séance, Mole étant absent · texte numérisé non relu

Qui présidait la séance, Mole étant absent

2. Vallier, gui parle de cet incident entre Le Bailleul et de Hodicq, dit que la « douce réprimande » du premier ferma la bouche au second ; on voit ici qu'il nen fut rien.

3. Le Prévost de Saint-Germain, abbé de Samer (ci-dessus, p. 47).

du Roi et qu'il ne feroit jamais rien de contraire, et qu'il ne prétendoit s'unir avec M. le duc d'Orléans que pour l'exécution des déclarations et arrêts donnés contre le cardinal Mazarin.

M. Mole : qu'il falloit faire tout pour expulser l'ennemi public du royaume, puisque, sur ce point, l'on ne pouvoit plus prendre de confiance, après le manque de foi violée par tant de lettres et déclarations, mais qu'il étoit inutile d'agiter ces propositions dangereuses d'union, qu'il sufQsoit qu'elle fût en effet, et que, le Parlement demeurant ferme de son côté à l'exécution de ses arrêts, M. le duc d'Orléans fît du sien tout ce qui lui seroit possible; au surplus, outre qu'il estimoit à propos d'arrêter qu'il ne seroit procédé à la vérification d'aucunes lettres de duc et pair pour M. de la Meilleraye qu'il n'ait satisfait au Parlement de Bretagne, il seroit cependant expédient de déclarer incapables de toute dignité dans le royaume ceux qui ont assisté le cardinal Mazarin dans son passage.

M. de Thou : qu'il s'étonnoit de ce que la compagnie n'étoit plus alarmée du rétablissement du Cardinal ; qu'il étoit étranger, et d'une nation qui ne savoit pardonner; donc, pour opposer à sa justification prétendue, il seroit bon de mettre ses lettres' au greffe criminel, par lesquelles il avoue l'armée qu'il conduit par ces mots insolents : « mes troupes », et informer de leurs désordres ; « cependant il avance toujours et est sur le point de s'emparer de la personne du Roi pour en disposer à sa volonté sous le titre d'intendant de l'éducation du Roi » ; sur quoi lui ayant été répliqué par M. de Mesmes que cette qualité finissoit par la majorité, il a répondu que chacun savoit ce que c'étoit d'une majorité de quatorze ans, laquelle n'avoit été établie par une présomption de suffisance en la personne des rois de cet âge, mais afin d'affoiblir les régences et leur ôter le pouvoir d'empiéter sur la couronne ; que, au reste, il étoit visible que l'on vouloit semer la division dans la compagnie sur un mot qui se devoit prendre en bonne part, mais que ceux-là dévoient savoir que c'est être bon François que se joindre avec M. le duc d'Orléans pour empêcher l'établissement du cardinal Mazarin.

M. Potier : que le pouvoir de M. le duc d'Orléans ne lui avoit été donné par la compagnie, qu'il l'avoit par sa naissance, et,

1. Allusion aux lettres circulaires, datées des 4 et 5 janvier, que Mazarin avait lancées à son entrée en France et qui avaient été imprimées (Bibl. nat.,Lb3' 2108-2111), et à celles du 12 janvier, écrites à la reine et au prévôt des marchands et également imprimées (Ibid., Lb^" 2154).

quant au Cardinal, mettre les informations qui seroient faites des désordres de son armée es mains de M. le Nonce. N'a été reçu.

M. de Thoré : que la compagnie avoit assez autorisé la prise des armes contre le Cardinal, puisqu'elle avoit sursis à la déclaration contre Monsieur le Prince.

M. Magdeleine^ : que cette délibération avoit été suscitée pour voir si l'on abandonneroit l'exécution des arrêts ci-devant rendus.

M. Le Cocq, louant les remontrances de M. de Bellièvre, proposa de les rédiger par écrit.

M. Le Clerc de Courcelles : que l'on ne pouvoit frapper un mauvais coup contre le maréchal de la Meilleraye, lequel depuis longtemps s'étoit déclaré l'ennemi de la robe, témoin ce qu'il avoit fait en 1G48 aux barricades, le siège de Bordeaux en 1650, les dernières violences portées par la lettre du Parlement de Bretagne, ce qui le faisoit paroître pour digne successeur du cardinal de Richelieu, son oncle^, mais que, dans cette occasion, il ne suffisoit pas d'arrêter qu'il ne seroit reçu en qualité de duc et pair qu'après avoir satisfait le Parlement de Bretagne, si la compagnie ne tiroit cet avantage d'arrêter les espérances de ceux qui suivent le cardinal Mazarin pour être faits ducs et pairs et maréchaux de France et ne faisoit cette loi générale, de laquelle aucun particulier n'auroit lieu de se plaindre, qu'il ne seroit procédé à la réception d'aucun duc et pair, maréchal de France ou officier de la couronne jusques à ce que le cardinal Mazarin soit hors de France. Cette proposition ayant été faite, chacun l'a approuvée par son murmure ; puis, M. de Courcelles ayant tourné son discours contre le Cardinal et touché son crime de la piraterie, duquel l'on ne pouvoit plus douter, puisque, après avoir frété les vaisseaux du Roi et fait plusieurs courses sur les nations circonvoisines, l'on ne veut permettre aux François d'user de représailles sur ces mêmes nations qui prennent tous les jours leurs vaisseaux, il l'a représenté venant en France après s'être appauvri par des levées et rempli de vengeance, et a soutenu que l'union étoit nécessaire pour lui résister, ce qui n'étoit point si extraordinaire dans la compagnie que l'on ne puisse se souvenir, lors du

1. Jacques Magdeleine, conseiller à la deuxième des Enquêtes, reçu le 23 janvier 1615.

2. Charles de la Porte, maréchal de la Meilleraye, était fils de Charles de la Porte et de Claude de Champlais, dont la sœur d'un autre lit, Suzanne, avait épousé François du Plessis, seigneur de Richelieu, père du cardinal.

siège de Paris, des paroles de feu M. le président de Mesmes, € qu'il falloit demeurer unis entre nous pour la conservation de la ville de Paris » ; que le semblable se pouvoit donc dire en s'unissant avec M. le duc d'Orléans et MM. les Princes, lesquels faisoient partie du corps de la compagnie.

M. Fûucquet : qu'il falloit se souvenir que la compagnie avoit donné le premier branle à l'aversion générale de toute la France contre le cardinal Mazarin, qu'elle y avoit engagé M. le duc d'Orléans et MM. les Princes et que, en conséquence, les autres Parlements et les grandes villes étoient entrés dans cette correspondance pour l'éloignement de ce mauvais ministre : en sorte que l'on ne pouvoit espérer de repos tant qu'il subsisteroit en France, si bien qu'on ne devoit pas faire difficulté à le chasser par toutes voies et de se servir de ce mot àhcnion, puisque la compagnie avoit pour ainsi dire uni tout le royaume dans le dessein de le chasser ; mais que ce mot avoit été relevé pour faire leur cour à Poitiers, comme ils ont ci-devant fait avec les bruits qu'ils y ont semés que le Parlement se repentoit des arrêts qu'il avoit rendus contre le cardinal Mazarin; c'est pourquoi, il falloit négliger leurs efforts, et si l'on trouvoit inutile de faire une autre union que celle qui avoit paru jusques ici pour chasser ce ministre, il ne seroit peut-être pas hors de propos d'écrire à toutes les grandes villes du royaume pour les tenir unies dans ce dessein, parce qu'il falloit demeurer d'accord que le cardinal Mazarin ne pouvoit être chassé du royaume en peu de temps que par un concours général de toute la France.

M. Dorât : qu'il étoit hors d'apparence de croire qu'aucun de la compagnie espérât séparer son intérêt particulier de l'intérêt public et se sauver dans son naufrage, outre qu'il étoit certain que de trahir sa compagnie c'étoit trahir son honneur ; néanmoins, qu'il falloit prendre garde que ces précipices que l'on nous représentoit, les difficultés d'une guerre civile et les menaces des contributions pécuniaires, dont l'on se servoit pour retenir les esprits, ne fussent des moyens pour nous mettre dans l'impuissance d'agir et nous réduire dans la nécessité d'une négociation honteuse; que, à la vérité, l'on avoit bonne grâce en cette compagnie de soutenir l'autorité royale, mais qu'il falloit regarder si elle étoit compatible avec le cardinal Mazarin, ce qui ne se pouvoit dire en ce temps auquel nous avons besoin de grands personnages pour la relever dans son abaissement, après qu'il nous a donné par sa chute tant de témoignages de son insuffisance ; c'est pourquoi, il demeuroit pour certain que ceux-là soutenoient en effet

l'autorité royale lesquels s'opposoient à son retour; que, à la vérité, la France étoit bien malheureuse, se voyant prête à déchirer par les différents partis qui s'y formoient, mais qu'il restoit un moyen de les éviter par un concours universel contre le cardinal Mazarin ; qu'aussi bien la guerre étoit inévitable puisqu'il apprenoit que M. le duc d'Orléans s'y préparoit. A ce mot, il s'éleva un bruit, comme improuvant ce mot dit en public, duquel personne ne doutoit en particulier ; même M. le duc d'Orléans n'en dit rien*. Ce bruit l'obligea à reprendre que l'on ne pouvoit douter que la guerre ne fût ouverte, puisque Monsieur le Prince avoit les armes à la main, auxquelles nous serions bientôt obligés de nous unir avec M. le duc d'Orléans, nous étant impossible de conserver la qualité de médiateurs après le dernier arrêt, par lequel, pour ainsi dire, nous avons appelé M. le duc d'Orléans à notre secours.

M. Miron2 : qu'il n'y avoit que deux voies pour s'opposer au retour et établissement du cardinal Mazarin, la force ou la raison, et que, cette dernière étant inutile auprès du Roi, parce qu'il est prisonnier du cardinal Mazarin et de ceux de sa faction, il ne restoit plus que la première, mais qu'elle déplaisoit à quelquesuns de la compagnie, lesquels avoient été gagnés par l'argent du droit annuel. — Nota : les présidents à mortier, qui avoient été payés de leurs appointements de cet argent.

M. Goulon : qu'il falloit supprimer ce mot d'union, mais qu'il en falloit pratiquer l'effet pour chasser le Cardinal par un concours général de toute la France; néanmoins, que les interruptions que l'on avoit faites à ce mot ne se pouvoient souffrir et faisoient voir que l'on étoit encore « un petit petit mazarin » dans le cœur. Cette expresion a fait rire, comme la conclusion de son avis à ce qu'il fût sursis à la réception d'aucun duc et pair et officiers de la couronne jusques à ce que le Cardinal fût hors de France ou pendu.

M. Foucault a fort invectivé contre ceux qui s'étoient exclamés à ce mot d'union, ce qu'ils faisoient pour se faire fête en cour; « mais, s'ils veulent renoncer à leur honneur, nous leur pardonnerons volontiers, pourvu qu'ils se séparent d'avec nous autres ;

1. Il s'y préparait bien en effet : la veille même, le duc avait signé avec Condé un traité secret pour l'expulsion de Mazarin hors du royaume; ce document fut imprimé (Bibl. nat., Lh^''2\T2). D'après Vallier (t. III, p. 139) la parole hardie du conseiller Dorât fut sévèrement relevée par le président Le Coigneux.

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