‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 39 sur 64 · C'est Potier-Blancmesnil (ci-dessus, p · texte numérisé non relu

C'est Potier-Blancmesnil (ci-dessus, p

l'avis de M. de Broussel, il y a ajouté que, pour chasser l'ennemi public de la France, il étoit nécessaire de faire une bonne union avec M. le duc d'OrU-ans^.

M. le maréchal de l'Hospital : qu'il avoit toujours cru que l'autorité royale étoit absolue en France, que le Roi y étoit son maître, et que l'on ne pouvoit prendre les armes contre lui sous quelque prétexte que ce puisse être, et qu'il vouloit mourir en cette pensée : cette déclaration ayant fait quelque bruit, comme s'il eût douté des sentiments do la compagnie.

M. Perrot^ s'est arrêté sur l'opinion de MM. de Broussel et d'Estampes, disant qu'il n'appartenoit qu'au Roi seul de donner aucun pouvoir dans le royaume, si bien qu'il étoit inutile de prier M. le duc d'Orléans d'interposer l'autorité du Roi, de laquelle la compagnie ne pouvoit pas disposer ; et quant à l'union que l'on vouloit proposer, que la compagnie n'en pouvoit avoir dans le royaume qu'avec le Roi seul, que chacun savoit assez les conséquences funestes de ce nom, que cela n'avoit dû être dit, et qu'il falloit bien prendre garde de s'unir avec M. le duc d'Orléans sous quelque prétexte que ce puisse être, puisque, aussi bien, l'on ne doit jamais rien obtenir de son maître par la force et que d'en user autrement, cela ne fut jamais d'un bon Français. Il eut une audience assez paisible 3, quoiqu'il soulevât parfois quelque bruit.

M. du Hodicq^ a soutenu ce mot d'union, qu'il n'étoit point

1. Notre auteur ne paraît pas avoir attaché à cet avis du maréchal d'Estampes grande importance; d'après Retz, il n'en fut pas de même du président de Novion, qui crut y voir une machination du maréchal et du duc d'Orléans. Vallier affirme (t. III, p. 138) que quelques membres de !a compagnie avaient projeté de proposer une union du Parlement et de la ville de Paris avec les princes et que le maréchal leur servit de truchement; mais, ajoute Vallier, a il parla si foiblement et si bas, qu'à peine fut-il entendu de ceux qui étoient auprès de lui ».

1. Charles Perrot de Malmaison, conseiller clerc à la Grand'Chambre, reçu au Parlement le 2 avril IC32, ou bien Jean Perrot de Fercourt, président à la quatrième des Enquêtes, reçu conseiller le 11 avril 1625, qui est généralement appelé le président Perrot; quoique cette qualité ne lui soit pas donnée ici, il semble cependant que c'est de lui qu'il est question.

3. C'est-à-dire qu'on l'écouta assez tranquillement. — On verra, à la séance du 24 février, le duc d'Orléans apostropher le président Perrot en des termes qui prouveront qu'il n'avait pas oublié le conseil donné ici par ce magistrat à ses collègues de refuser toute union avec les princes.

4. Pierre de Hodicq, seigneur de Marly-la-Ville, président à la cinquième des Enquêtes, reçu conseiller le 30 août 1621.

criminel, mais chrétien, personne ne pouvant pas nier qu'il ne soit avantageux de s'unir pour le bien ; qu'aussi les grandes aversions que l'on faisoit paroître pour ce mot d'union ne provenoient pas tant de son effet comme du dessein que l'on avoit d'en tirer occasion pour diviser la compagnie ; néanmoins, qu'il espéroit que ce seroit en vain, et que ces personnes perdroient leurs mesures ; qu'il estimoit donc qu'il étoit bon de s'unir avec les Princes. Ici M. Le Bailleul* l'ayant interrompu en disant que l'on ne disoit s'unir avec MM. les Princes, la compagnie l'a trouvé fort mauvais, et lui a-t-on dit qu'il ne lui appartenoit, ni à qui que ce soit, d'interrompre l'opinion d'un de la compagnie; puis, le bruit apaisé, M. du Hodicq s'est soutenu et a dit : o Je n'ai rien dit contre le devoir de ma charge et d'un bon François, et je le dirois encore en présence du Roi et de toute la France ; oui, dans le péril imminent surtout le royaume, le Roi étant assiégé, l'ennemi de l'État venant à main armée pour s'emparer de sa personne, M. le duc d'Orléans et MM. les Princes étant éloignés de lui, les Parlements et les compagnies ayant des sentiments conformes aux nôtres, enfin le cardinal Mazarin venant contre les sentiments de tout le monde, il est nécessaire de s'unir pour le service du Roi et prier M. le duc d'Orléans d'empêcher l'établissement du Cardinal, suivant ce qui avoit été proposé par M. d'Estampes 2. » Après qu'il eut ainsi fini, MM. Prévost ^ et de Reffuge sont rentrés en leurs places et ont dit, de la part de Messieurs d'Église, qu'ils avoient avis qu'il se traitoit dans les compagnies une proposition d'union à laquelle ils avoient grand intérêt d'assister, priant la compagnie de la remettre à une autre délibération. Sur quoi, M. le duc d'Orléans ayant dit qu'il n'étoit question que d'un mot et d'une façon de parler, y ayant vingt autres noms pour signifier union, mais qu'il ne s'agissoit d'aucune ligue et que ceux qui s'étoient servis de ce mot d'union n'en avoient voulu parler ainsi, qu'ils sembloient vouloir interpréter ceux qui vouloient flatter la cour et qu'il ne s'agissoit que d'une correspondance réciproque de lui avec les Parlements pour chasser le cardinal Mazarin, M. d'Estampes a dit qu'il y avoit plus de quarante ans qu'il portoit les armes pour le service

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