‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 46 sur 64 · Contre le duc de Rohan (ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Contre le duc de Rohan (ci-dessus, p

3. La veille, le duc d'Orléans « feignit d'être malade », dit Talon (p. 467) « et s'envoya excuser ; il étoit bien aise de tenir conseil avec les siens pour savoir quel expédient il y avoit à proposer pour éluder les propositions contenues aux conclusions ». Talon, qui n'y assista pas et fut suppléé par Bignon, ne consacre que deux lignes à la séance du samedi 17, sur laquelle on peut voir le Journal du Parlement, p. 197-199. Sur l'embarras du duc d'Orléans, voyez surtout Retz, t. IV, p. 101-129.

4. Jérôme Bignon, avocat général depuis 1625, avait démissionné de sa charge en 1640 en faveur de son gendre Briquet et l'avait reprise en 1645, à la mort de ce dernier.

nés pour icelui, et ce en conséquence de l'arrêt du 8 janvier dernier^, duquel ils avoient ci-devant donné connoissance à la compagnie : sur quoi elle avoit déjà donné son arrêt, en exécution duquel ils avoient envoyé un modèle d'arrêt au Conseil du Roi en interprétation favorable de l'arrêt rendu en icelui le 8 janvier, mais qu'ils n'avoient, du depuis, reçu aucune réponse favorable, mais seulement deux lettres de M. le surintendant, par lesquelles ils étoient conviés de députer en cour; au contraire, qu'ils apprenoient que l'on avoit envoyé dans toutes les généralités pour arrêter les deniers des recettes, en sorte qu'il n'y avoit plus qu'Orléans et Alençon^ qui envoyassent à l'Hôtel de ville; même, que les trésoriers de France à Lyon avoient arrêté une voiture prête à partir pour le paiement des rentes, et ce en conséquence de cet arrêt du 8 janvier; et que les fermiers des aides refusoient de satisfaire aux clauses de leur bail, si bien que, dans ce désordre général, n'avoit trouvé dans l'assemblée de la ville un moyen plus prompt pour le remède que de faire une assemblée des compagnies souveraines si la Cour avoit agréable de les convoquer. M. Le Fèvre, prévôt des marchands, ayant ainsi parlé et s'étant retiré 3, M. Bignon a remontré que, dans le désordre des rentes remontré par le prévôt des marchands et échevins, les remèdes étoient difficiles à trouver, mais qu'il ne falloit point révoquer en doute qu'elles ne dussent être payées exactement; que c'étoit un dépôt sacré, qui devoit être inviolable, pour l'assurance duquel le Roi en avoit

1. Cet arrêt du Conseil, qui fut imprimé, est en minute aux Archives nationales, E 1698, p. 3. Le surintendant La Vieuville, en conséquence de cet arrêt, avait « détourné des fonds affectés pour les rentes de l'Hôtel de ville et envoyé des commis de l'Épargne sur les lieux avec commission de contraindre les receveurs à leur mettre ces deniers entre leurs mains » (ms. fr. 25026, fol. 22 r°). Il y a une lacune dans les registres du bureau de la ville entre le mois d'octobre 1651 et le mois d'avril 1652 ; on peut y suppléer en partie à l'aide des minutes conservées dans les cartons H 1904 et 1905 1 des Archives nationales, que Leroux de Lincy et Douët d'Arcq, dans leur publication, n'ont pas utilisées.

2. Le nouvelliste du ms. fr. 25026 (fol. 22 v°) dit cependant que, le 5 février, le duc d'Orléans, « ayant avis qu'on conduisoit 50.000 écus que le receveur général d'Alençon envoyoit ici [à Paris] à l'Épargne, envoya six de ses gardes avec un exempt pour saisir cet argent, qu'on lui apporta dans son palais; mais il ne s'y trouva que 19,800 livres, qu'il a promis aux fermiers des gabelles de leur faire rendre demain au matin, au cas qu'ils justifient, comme ils l'ont offert, que cette somme est destinée pour payer les rentes ».

3. Les minutes du carton H 1905 ' ne contiennent rien sur cette visite du bureau de la ville au Parlement le 17 février.

chargé l'Hôtel de ville de Paris, à l'exemple de l'Allemagne, où les grandes villes sont garantes de pareils emprunts, ou plutôt fidéjusseurs; que telles dettes affectoient tellement les fonds du Roi, qu'ils ne dévoient plus être censés dans ses revenus, mais dévoient en être séparés, comme étant les premières charges de l'État, indépendants de la fonction d'un surintendant, en sorte que l'on ne tombe plus dans ce temps auquel on avoit avec indignation entendu ces mots de l'un de ceux qui exerçoient il y a peu de temps cette charge ', que, si on le fâchoit davantage, il mettroit le canif dans les rentes; cependant, qu'il ne pouvoit passer sous silence les plaintes que l'on avoit faites contre les trésoriers de France et leur ingratitude, après être redevables de leur rétablissement aux instances que le Parlement avoit faites en 1648 pour l'obtenir du Roi^; qu'il y avoit donc lieu de casser leur ordonnance et leur faire défense de récidive sous peine d'interdiction, réitérer les défenses portées par le premier arrêt sur le divertissement du fonds destiné au paiement des rentes et donner avis aux compagnies de s'assembler pour aviser à ce qui est nécessaire de faire en ce rencontre. M. Bignon retiré, M. le duc d'Orléans a pris la parole, disant qu'il voyoit bien que, par la lettre de cachet du Roi, laquelle il connoissoit être du style du cardinal Mazarin, on vouloit faire entendre qu'il fomentoit l'entrée des Espagnols en France, en ce que l'on l'imputoit à ceux dont il écoutoit les conseils : sur quoi il avoit à dire à la compagnie que les personnes de sa qualité ne pouvoient être soupçonnées de favoriser les Espagnols, ce qui étoit bon au cardinal Mazarin, et qu'il avoit d'hier nouvelles de M. de Nemours ^ qu'il ne conduisoit aucuns Espagnols, mais seulement des Allemands, dont l'emploi ordinaire étoit de faire la guerre suivant toutes sortes de partis, et desquels le Cardinal avoit déjà composé ses troupes, quoiqu'il veuille empêcher les autres de s'en servir; quant à lui, qu'il ne souffrira jamais de troupes sous sa conduite qui n'aient le serment au Roi, mais non pas lorsqu'il sera sous le Cardinal; que, partant, les conclusions des gens du Roi prises le jour précédent étoient inutiles et tout à fait extraordinaires, le semblable n'ayant pas même été pratiqué es derniers exemples de

Page 1