‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 45 sur 64 · De janvier 1650 à février · texte numérisé non relu

De janvier 1650 à février

2. Une chanson satirique de l'époque (ms. fr. 12638, fol. 171) prétendit que Boylesve dut son évéché au soufflet que Marigny lui avait donné en février 1649 (ci-dessus, p. 93, n. 1). Retz (t. IV, p. 100) parle de r « attachement d'esclave » de Boylesve pour Mazarin.

3. Ce passage est curieux, en ce qu'il nous montre l'évêque Boylesve organisant à Paris une véritable campagne de prélats en faveur du cardinal.

4. Voyez dans Talon, p. 466-467, l'analyse de son discours, qui aboutit, dit Retz {loc. cit.), à un arrêt « sanglant » contre les évêques.

l'indignation publique et la cause de l'émotion qu'ils avoient remarquée es esprits; c'est pourquoi, ils étoient obligés de savoir grand gré à M. le duc d'Orléans de la fermeté de son esprit sur l'éloignement du cardinal Mazarin et d'avoir refusé toutes choses pour traiter avec lui. Quant à ce qu'il se disoit par la ville de l'assemblée de quelques évêques, qui demeurent ici à battre le pavé, l'on avoit juste sujet de s'en plaindre et leur ordonner de se retirer et résider dans leurs diocèses, à peine de saisie de leur temporel; même, suivant quelques exemples, faire défenses à toutes personnes de les retirer et leur fournir aucuns vivres après les trois jours de la publication de l'arrêt, et à eux de s'assembler en quelque lieu que ce soit sans la permission du Roi; et, pour ce qui regarde la lettre du Roi, y faire réflexion sérieuse et en tirer occasion de remercier Sa Majesté de sa bonté pour le Parlement et conservation de la ville de Paris, en y mêlant les remontrances contre le cardinal Mazarin et son séjour dans le royaume, sans, pour raison de ce, discontinuer celles qui ont été ordonnées être faites par écrit; mais, aussi, qu'il falloit faire une réflexion sérieuse sur ce que nous apprenons que les Espagnols entrent en France. Ici M. le duc d'Orléans l'a interrompu fort brusquement en ces mots : « Cela n'est pas vrai, ce sont les troupes de Monsieur le Prince, composées de François et d'Allemands, qui ne sont point sujets du roi d'Espagne ^. » Et sur ce que M. Talon s'est soutenu en disant : « Monsieur, il est écrit dans la lettre du Roi », M. le duc d'Orléans l'a encore interrompu en ces mots : « Ce n'est pas à dire que cela soit vrai, c'est le Cardinal qui la dictée. » Alors, M. le président Le Coigneux a fait voir trouver à redire que M. le duc d'Orléans eut ainsi interrompu les gens du Roi, mais il n'a été soutenu; au contraire, l'on s'est écrié que l'on avoit bien souffert l'armée du Cardinal composée d étrangers^. Puis, M. Talon a repris son discours : qu'il n'étoit pas assez informé de la vérité des choses, mais qu'il étoit écrit que l'on vouloit faire entrer les Espagnols en France : sur quoi le Roi, se confiant en la fidélité

1. Cette interruption du duc d'Orléans fut, d'après Retz (t. IV, p. 84-85), préméditée, à la suite d'une conversation qu'il eut avec le Coadjuteur. En réalité, ces troupes allemandes, commandées par Ulrich de Wurtemberg, étaient aux gages de l'Espagne.

2. Toute cette partie du compte-rendu de la séance est beaucoup plus détaillée que dans les Mémoires de Talon. Le duc d'Orléans fut particulièrement irrité de l'intervention de Le Coigneux, « lui qui est le dernier président, fils d'un homme lequel avoit fait toute sa fortune dans ses bonnes grâces » (Talon, p. 467).

inviolable de la compagnie pour son service et lui ordonnant d'empêcher leur passage, ils croyoient qu'il étoit de leur devoir que eux, qui étoient les gens du Roi, et qui ne pouvoient être autres, requissent qu'il soit enjoint aux communes de leur courir sus, et défenses faites à aucun François d'en prendre la conduite; que, dans leur place, ils ne pouvoient avoir d'autre pensée; et quant à l'emprisonnement du lieutenant général d'Angers, ils prioient la compagnie de faire réflexion sur l'importance de conserver l'article de la déclaration du 22 octobre 1648 pour la sûreté publique ^ et le péril qu'il y avoit de souffrir qu'un gentilhomme mette impunément la main au collet sur un lieutenant général, se rapportant au surplus à la Cour d'apporter le remède à ce qui regarde la discipline de la compagnie dans les arrêts qu'elle a rendus. Après que les gens du Roi ont ainsi conclu, il y a eu encore contestation pour commencer la délibération, M. de Bailleul la voulant remettre au demain; sur quoi M. le duc d'Orléans s'est laissé persuader par M. de Broussel, lequel a dit qu'il étoit expédient d'attendre et n'entamer pas cette délibération, qu'il seroit expédient d'achever en un jour; et, cependant, l'on n'a pu obtenir qu'il seroit sursis à la délivrance de l'arrêt de la Tournelle^, et MM. les présidents n'en ont voulu donner parole à M. d'Orléans.

Ce jourd'hui, 17 février 1652^, toutes les Chambres assemblées où étoient M. le duc d'Orléans, MM. de Brissac, de l'Hospital, d'Estampes et le Coadjuteur, M, Bignon-*, pour les gens du Roi, est entré, et, après lui, le prévôt des marchands et échevins, qui ont représenté le désordre des rentes de l'Hôtel de ville par la cessation du paiement d'icelles et divertissement des fonds desti-

1. Cette déclaration « portant règlement sur le fait de la justice, police, finances et soulagement des sujets de Sa Majesté » est notamment reproduite in-extenso dans Orner Talon, p. 293-297.

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