‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 5 sur 64 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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fort éloquent; mais ses discours écrits ne reproduisent pas toujours exactement ceux qu'il prononçait, d'inspiration souvent et de premier jet; écrivain, il est terne, partant ennuyeux'. On ne peut cependant, quand on traite de Thistoire de cette époque, ne pas recourir à cet indigeste amas que forment ses Mémoires, car il est véridique, exact, point passionné; on n'aurait, par contre, aucune idée de ce qu'étaient les séances du Parlement si Ton s'en rapportait à son unique témoignage : comme Ta remarqué GhérueF, Omer Talon, en sa qualité d'avocat général, n'assistait à ces séances que lorsqu'il était mandé pour donner ses conclusions ou faire un rapport ; « aussi beaucoup de détails des discussions parlementaires lui ont-ils échappé; il se borne presque toujours à donner le résumé et la conclusion des délibérations; mais il nV.n retrace pas la physionomie et les incidents dramatiques ». Déplus, Talon n'assistait pas à toutes les séances, soit qu'il fût malade, soit qu'il fût remplacé par son collègue Jérôme Bignon ou par le substitut Béchefer, soit qu'il s'en abstint volontairement.

Bien supérieur comme document est le Journal d'Olivier d'Ormesson. Son auteur, maître des requêtes, ne jouait point, comme Talon, un rôle de premier plan; très assidu aux séances du Parlement, curieux, observateur, il notait avec impartialité et exactitude tout ce qu'il entendait, tout ce qu'il voyait. Malheureusement, son Journal est suspendu à la fin de janvier ■( 650 pour ne reprendre qu'en décembre 1 66^ ; sur les trois années les plus mouvementées de la Fronde, ^650 à ^652, Ormesson est muet et les Mémoires, en grande partie encore

1. Il faut bien dire aussi que la manière défectueuse dont ses Mémoires ont été publiés, même dans la dernière édition qui est de Michaud et Poujoulat, contribue peu à en rendre la lecture agréable : aucune division en chapitres, le texte souvent mal établi, des passages manifestement défigurés et, par là, obscurs, des noms propres estropiés. M. l'abbé Mailfait, auteur d'un livre important sur Omer Talon, sa vie et ses œuvres (Paris, 1902, in-8°), y a donné en appendice (p. 337-348) une liste des corrections à apporter, sans prétendre quelle fût complète. Il faudra bien quelque jour en venir à procurer une édition définitive et critique de ces Mémoires, en se reportant aux manuscrits, dont 1 original est à la bibliothèque du Palais-Bourbon et dont il existe plusieurs exemplaires.

2. Introduction au Journal d'Olivier d'Ormesson {Collection de documents inédits), t. I, p. lxxxvii.

inédits de son père, qui fut conseiller d'État, ne paraissent pas, en ce qui touche l'histoire parlementaire, pouvoir combler cette formidable lacune ^

Ormesson, Talon, Retz, voilà bien les trois grands témoins qui, de visu, nous renseignent sur les spectacles de la Grand' Chambre du Parlement et nous laissent entrevoir, à des degrés divers, la physionomie des séances-. D'autres contemporains, sans y avoir assisté, en parlent, qui ne sont point chroniqueurs méprisables : car ce qu'ils savent, ils l'ont appris de bonne source et souvent de la bouche même des acteurs des événements. Dubuisson-Aubenay, l'auteur de ce précieux /oMr;ia/ des guerres civiles^, qui tint ses notes à jour jusqu'à l'avant-veille de sa mort survenue le -1" octobre 1652, ce familier des deux Guénegaud, dont Tuu siégeait, comme président des Enquêtes, au Parlement, et l'autre était secrétaire d'État, Dubuisson- Aubenay, sec, précis, nerveux, curieux du moindre détail, ne laisse pour ainsi dire pas passer une séance du Parlement sans lui consacrer quelques lignes, ou davantage s'il en vaut la peine ; pas de soir où il ne se fasse conter, à l'hôtel de la rue des Francs-Bourgeois où il demeure, à l'hôtel de Nevers ensuite où il suivra les Guénegaud, la chronique parlementaire, que rapporte, toute chaude, le président François, l'un des muets d'ailleurs de l'assemblée : mouvements des séances, incidents, altercations, tout intéresse IJubuisson; véritable ancêtre des modernes reporters, il donne les noms, cite les mots, refait les gestes.

Jean Vallier, maître d'hôtel du roi, a laissé une œuvre considérable'*, où l'histoire du Parlement tient une grande place :

1. On sait que des fragments seuls en ont été publiés par Chéruel, dans sa préface et au t. Il de l'édition du Journal d'Olivier.

2. Il y a bien aussi Mathieu Mole; mais ce que le baron de Barante a publié sous le titre de Mémoires n'est en réalité qu'une collection de documents tirés des papiers du premier président et elle s'arrête à 1650.

3. Édité par G. Saige pour la Société de l'histoire de Paris (Paris, 1883-1885, 2 vol. in-8''). Cette édition, faite avec soin pour ce qui est de l'établissement du texte, ne comporte pas de notes; la table alphabétique précieuse, qui la termine, ne supplée qu'imparfaitement à leur absence.

4. Elle va de janvier 1648 à février 1657 et commençait même en 1643; mais tout le début en est perdu. — Trois volumes de l'édition que publie la Société de l'histoire de France ont paru ; le quatrième est sous presse et mènera le récit jusqu'au commencement de 1654.

type du bourgeois parisien cossu de l'époque de la Fronde, notable de son quartier, fervent royaliste, comme il convenait à un ancien fonctionnaire, mais nom moins fervent anti-mazarin, Vallier est la conscience même; il se donne beaucoup de mal pour être renseigné du mieux possible et il y parvient, car il a de bonnes alliances, de nombreuses et obligeantes amitiés'. De 1643 à 1657, il ne quitte point la capitale, en enregistre tous les bruits, prend des notes, consulte l'un, interroge l'autre, — car sa santé mauvaise et son âge (la soixantaine a sonné pour lui quand il écrit) ne lui permettent pas de courir les rues en badaud, — lit faclums, placards, mazarinades de toutes plumes, recopie les textes importants, et de tout cela fait son Journal. Sans atteindre au fini du détail de Dubuisson, il porte, en plus, sur toutes choses le jugement d'un homme instruit et expérimenté. Il a connu plus d'un parlementaire; par ses idées et par ses goûts, il est de ce tiers parti qu'honorent des magistrats, malheureusement devenus trop rares, tels que Henri de Mesmes et Orner Talon ; par là, il s'apparente à certains de ces membres de la Grand'Chambre, gardiens de la saine tradition parlementaire, gens d'esprit posé, qui déploraient, mais souvent, faute d'énergie, sans trop oser réagir, les violences dont ils étaient les témoins désolés. Vallier a pu, a dû recueillir de leur bouche le récit de mainte séance orageuse. Il n'est qu'un témoin du second degré, mais son honnêteté garantit son exactitude : ce qu'il dit est généralement sûr et il se trouvera que, sur ces séances du Parlement, dont beaucoup malheureusement ne sont pas représentées dans son œuvre, nous lui devions plus d'une notation nouvelle^.

1. Vallier, qui avait été intendant en Normandie en 1637, avait épousé la fille du maître des requêtes Le Normand; le conseiller au Parlement, Pierre Payen, avait été témoin à son mariage (Bibl. nat., Cabinet d'Hozier, vol. 327, dossier 9141, Vallier).

2. On trouve, bien entendu, de ci de là, dans les autres Mémoires du temps, des indications bonnes à recueillir sur telle ou telle séance du Parlement ; on n'a voulu mentionner ici que ceux qui en parlent d'une façon régulière. Il faut signaler cependant, parmi les Mémoires encore inédits, ceux d'un familier du duc d'Orléans, Mascrany, qui embrassent les années 1648 à 1652, et dont il existe au moins deux manuscrits; il y est souvent question du Parlement et de son rôle.

De toute ancienneté, les Parisiens furent avides de nouvelles; ceux du temps de la Fronde n'ont pas fait exception, et comme le Palais était alors un des principaux centres de l'animation de leur ville, tout ce qui se passait dans son enceinte était de nature à intéresser le bourgeois et à passionner la populace. On leur jetait en pâture des relations innombrables, qui ont pris place dans la bibliographie des mazarinades et ne doivent être consultées qu'avec précaution. Les arrêts du Parlement, presque aussitôt imprimés que rendus, circulaient de main en main ; mais cela ne suffisait point à la curiosité inlassable de la foule; il lui fallait le détail des délibérations qui avaient précédé ces arrêts : le rentier voulait savoir si l'on avait parlé de ses rentes, le badaud de la Grève ou du port Saint-Paul, s'il ne se préparait pas quelque bon coup de Fronde. De la, pour ne citer que quelques exemples, ce « Journal des délibérations tenues en Parlement, toutes les chambres assemblées, et à l'hôtel d'Orléans, depuis le 5® jour d'août ^650 jusques à présent^ », et ce « Journal de tout ce qui s'est fait au Parlement contre le cardinal Mazarin^ », de mars •^6D^, ou bien ce « Récit sommaire de tout ce qui s'est passé au Parlement, sur le sujet de la retraite de Monsieur le Prince à Saint-Maur, dans la dernière délibération », du mois de juillet de la même année ^, ou encore la a Relation de ce qui s'est passé en la dernière assemblée du Parlement, le 2^ jour de ce mois » (août 1651 ''), ou cette « Relation de ce qui s'est passé en Parlement, toutes les chambres assemblées, le vendredi 29 décembre ^65P », etc. Ces relations, dont certaines sont l'œuvre de spécialistes suspects, tels que cet illuminé de François Davenne, l'un des plus notoires auteurs, avec Dubosc-Montandré, de mazarinades, jointes à un grand nombre de publicatoins du même genre, factums, placards, poésies burlesques,

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