Paris, veuve J. Guillemot, 10-4° (Lb
dont beaucoup s'intitulent Récit ou Belation véritable pour ce que sans doute la vérité y était généralement fort malmenée, suffisaient à la curiosité du moment : c'était comme le « journal » de l'époque, car il n'y avait pas à compter sur la Gazette hebdomadaire de Renaudot, trop bon royaliste, trop bon mazariniste surtout, pour apprendre au lecteur ce qui se passait à Paris, — on ne trouve chez lui, là-dessus, que juste l'indispensable et les correspondances de l'étranger y occupent pour cette époque la plus grande place, — et la Muze historique du bon Loret n'avait pas encore eu les honneurs de l'impression : on se la passait, dans quelques salons, de main en main.
Mais aux gens rassis, qui aimaient à lire à tête reposée des comptes -rendus mieux faits, plus sérieux, officiels, deux libraires, qui tantôt associèrent leurs noms, tantôt imprimèrent chacun de son côté, eurent l'idée d'offrir, pendant cinq ans, de -1648 à -1602, une nourriture plus solide et plus substantielle : ainsi naquit le Journal du Parlement, qui est aujourd'hui considéré comme une des sources importantes de l'histoire du grand mouvement parlementaire et frondeur'. Les éditeurs Alliot et Langlois, qui commencèrent à l'imprimer en -1648, prirent évidemment pour collaborateur quelque magistrat ou quelque greffier du Parlement, lequel, au sortir des séances, en rédigeait peut-être dans leur arrière-boutique le compte-rendu, presque le procès-verbal. Précieux, ce Journal l'est sans doute, car c'est lé seul ouvrage où Ton trouve, d'affilée, l'analyse de toutes ou presque toutes^ les séances du Parlement depuis le -13 mai -1648, que fut rendu le célèbre arrêt d'union, première manifestation de la Fronde parlementaire, jusqu'au 22 octobre 4 652, que Louis XIV mit fin, par sa déclaration de
1. On en rapproche généralement l'Histoire du temps, qui parut à la même époque, en 1649, et n'est qu'un pamphlet violemment frondeur; mais il s'arrête au mois d'avril 16i9 et la chronologie en est totalement absente. Le P. Lelong lui donne comme auteur un certain « Nicolas Johannes, sieur du Portail » ; c'est le Porlail-Jouan de Dubuisson-Aubenay, l'avocat au Parlement, l'un des meneurs de la Fronde parisienne, qu'il ne faut pas confondre avec le conseiller Paul Portail.
2. Presque toutes, car, comme on le verra par la présente publication, certaines séances, même importantes, ont été passées sous silence par le rédacteur du Journal du Parlement.
ce jour, au rôle politique de la compagnie ^ Mais on est un peu déçu à la lecture : car on ne trouve là qu'un compte-rendu assez aride, sans couleur, et ne donnant qu'une bien faible idée de la physionomie et de l'animation des séances. Le rédacteur appartient bien au parti de la Fronde ; mais, de propos délibéré, il parait avoir écarté de sa rédaction tout ce qui pouvait passionner le lecteur; on dirait presque qu'il a honte de révéler au public tout ce qui se profère de violent, d'étrange, de ridicule même, dans ces interminables réunions, dont la fièvre ne Ta point gagné. S'il note quelques incidents de séances, il n'y appuie pas
I. Le Journal du Parlement se compose de plusieurs parties, dont voici les titres : 1° Journal contenant tout ce qui s'est fait et passé en la cour de Parlement de Paris, toutes les chambres assemblées, sur le sujet des affaires du temps présent (Paris, G. Alliot et J. Langlois, 1648, in-4°, et Paris, G. Alliot, 1649, iQ-4°); 2° Journal contenant tout ce qui s'est passé aux assemblées des compagnies souveraines de la cour du Parlement de Paris, en l'année 16û8 (Paris, 1649, in-4°); 3° Suite du journal contenant tout ce qui s'est fait et passé en la cour du Parlement de Paris, toutes les chambres assemblées, sur le sujet des affaires du temps présent (Paris, G. Alliot, 1649, in-4°); 4° Journal de ce qui s'est fait es assemblées du Parlement, depuis le commencement de janvier 16i9; ensemble par addition ce qui s'est passé de plus mémorable, tant en la ville de Paris qu'ailleurs (Paris, J. Langlois, 1649, in-4°, et Paris, G. Alliot et J. Langlois, 1649, in-4°); 5° Journal contenant ce qui s'est fait et passé en la cour de Parlement de Paris, toutes les chambres assemblées, et autres lieux, sur le sujet des affaires du temps présent, es années 16i8 et 16i9 (Paris, G. Alliot et J. Langlois, 1649, in-4°; réimprimé à Rouen, par les imprimeurs du roi, sur l'imprimé à Paris par J. Langlois, 1649, in-4°; réimprimé en 1652 à Paris, G. Alliot et J. Langlois, in-4''; de nouveau réimprimé en 1649 par M. Colombel et J. Bouillerot, sous le titre : Nouveau journal contenant tout ce qui s'est fait et passé aux assemblées des compagnies souveraines du Parlement de Paris, es années 16i8 et 16i9, jusques à présent, revu, corrigé et augmenté); 6° Suite du vrai journal des assemblées du Parlentent, contenant ce qui s'y est fait depuis la Saint-Martin mil six cent quarante-neuf jusques à Pâques 1651 (Paris, G. Alliot et J. Langlois, 1651, in-4°); 7° Le journal ou l'histoire du temps présent, contenant toutes les déclarations du roi vérifiées en Parlement et tous les arrêts rendus... depuis le mois d'avril 1651 jusques en juin 1652 (Paris, G. Alliot et E. Langlois, 1652, in-4°); 8° Suite et conclusion du journal finissant les assemblées du Parlement de Paris (S. 1., 1652, in-4°). — C'est de cette dernière partie qu'il a été fait usage dans l'annotation du présent travail, et nous l'avons citée sous le titre abrégé de Journal du Parlement. — Ces huit parties différentes se trouvent à la Bibliothèque nationale sous les cotes hh^'' ^ à 12.
et semble même redouter de s'y arrêter. Ghéruel remarque quelque part\ non sans raison, que ce Journal se publiait en pleine Fronde, a lorque les passions étaient encore ardentes, les acteurs des événements vivants et redoutables; ce n'étaient pas là des conditions favorables pour donner un tableau animé et complet des discussions auxquelles ils avaient pris part^ ».
Ce Journal du Parlement est cependant, pour l'information historique, l'utile complément des registres du Conseil secret reconstitués dans les copies qui nous en restent; il donne, comme eux, la correspondance reçue par la Cour ; on y trouve en plus, mais non d'une façon détaillée, le compte-rendu de certaines discussions, les noms de ceux qui y prirent part, le résumé de leur argumentation. Enfin, l'éditeur a grossi Fouvrage en y insérant les procès-verbaux, qu'on ne trouve point ailleurs, des réunions des cours souveraines, tenues à deux reprises, en ^648 et -JG52, à la chambre Saint-Louis, et en y réimprimant le texte des arrêts essentiels rendus et des déclarations royales reçues par le Parlement^.
Nul doute que des historiens consciencieux, comme Vallier, aient eu constamment sous la main ce Journal du Parlement^ qui était pour eux un guide commode; et peut-être bien Retz lui-même, qui, comme on l'a vu, dit avoir eu recours, pour la rédaction de ses Mémoires, aux registres du Conseil secret, n'a-t-il pas dédaigné d'y suppléer parfois en recourant à une publication qui devait avoir en son temps une notoriété quasiofficielle. Il y a aussi les correspondances privées; le plus grand nombre ont disparu; mais de celles qui subsistent, et dont tant sont encore inédites, les auteurs, quand ils sont